‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 6 sur 65 · ALT DATE E · texte numérisé non relu

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résurrection. — La paraphrase chrétienne a soin de noter que l'Evangile doit être prêché aux nations avant la parousie et que les croyants auront à subir mainte persécution; mais onn’insiste pas sur le rôle de l'Antichrist, qui est plutôt remplacé par de faux Christs et de faux prophètes. Quant au fond et pour le principal, ce discours ne laisse pas de présenter en raccourci le plan de l’Apocalypse johannique.

Somme toute, celte apocalypse, sous ses apparences de grande et spéciale révélation, se présente à nous comme un traité complet d'eschatologie chrétienne. C'est le thème de l'espérance évangélique, repris avec une particulière intensité de vision, avec une réelle ardeur de conviction, avec ün sentiment d’extraordinaire horreur contre Rome impériale, en un temps sans doute où l’autorité romaine avait pris une attitude décidément hostile au christianisme et la faisait particulièrement sentir; ajoutons aussi, dans un milieu où l'on ne ressentait que cette attitude et où l'on n'éprouvait pas à l'égard du pouvoir impérial le sentiment dont témoignent, par exemple, l’épitre de Clément, tel passage, probablement interpolé, de l’épitre aux Romains (x11, 1-7), ou bien la première de Pierre. De plus, notre livre, si accentué que soit son caractère mystique, n’est pas une vision loute spontanée ; c'est, dans la mesure où un tel livre peut l'être, une sorte d'étude sur le sujet, une somme apocalyptique, inspirée sans doute par une extrème surexcitalion du sentiment chrétien, ou, si l’on veut, de l'esprit apocalyptique, mais documentée, si l’on peut dire, et comme appuyée sur les prophéties antérieures, même les plus récentes, qu'avait produites le judaïsme. L'auteur polémise contre les chrétiens quine sont pas trop intransigeants, il voudrait les trouver tous dans la disposition du martyre, il finit même par ne plus voir dans les croyants que des martyrs, comme si la grande persécution qui s’annonce, ou qu'il annonce, devait les envoyer tous au ciel. On est presque tenté de se demander si son manifeste, qui paraît destiné surtout à encourager l'espérance, ne voudrait pas la raffermir, instruire une foi qui tend à s’affaiblir, à s’acclimater dans ce monde au lieu d’en attendre le bouleversement. :

Pour ce qui est du temps, les dernières années du règne de Domitien, qui sont la date assignée par Irénée, semblent devoir

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être retenues. Le christianisme. a déjà ui une assez has exis même de persécution ; l’âge apostolique est loin; les co nautés d'Asie squelsle ie est directement adressé 1

etles exigences du culte impérial se sont faites aussi ane P santes. La façon dont est présenté le rôle de Néron-Antich peut bien dépendre, à certains égards, des faux Nérons dont les + historiens nous font connaître l’existence, mais ce n’est pas telle ou telle de ces manifestations qui peut y être visée : Noa n'est pas resté vivant chez les Parthes, tout prêt à revenir avec leur concours ; c'esl une puissance démoniaque qui monte de l'abime; il est oué dans le mythe de l’Antichrist et n ’appartient plus au monde des vivants. D'autre part, une date plus récente que le règne de Domitien ne se recommande aucune ment. Au second siècle, le goût de l’apocalyptique est tombé, sans qu'on cesse d'attendré la venue du Christ : même dans ie Er = milieu asiale où a paru l’ Apocalypse, on atténue bientôt ce que le livre disait de l'Antichrist ; les éditeurs du quatrième évangile et des eee en ne semblent pas connaître d'autre EE Aniichrist que Satan ou bien les prédicateurs d’hérésie. Un certain lemps toutefois pourrait s’étre écoulé entre la publication du livre dans les communautés d'Asie par les soins de l’auteur lui-même, et l'édition définitive, la divulgation de la prophétie Fer dans toutes lescommunautés comme œuvre apostolique et due au même auteur que le quatrième évangile et les trois épîtres. Cette À identification et la constitution de la bibliothèque johannique pourraient s'être accomplies seulement entre les années 120 et 140. x . LR Le lieu ne fait pas doute. L'Apocalypse a vu le jour dans Ke les communautés d'Asie auxquelles elle a été d'abord adressée, à NE probablement à Ephèse, On vient de voir que notre livre n'au- ci TV EP rait guère pu être écrit à Rome sous le règne de Domitien. Mais de le milieu asiate était sensiblement différent. Non qu'il faille le supposer lout entier imbu de l'esprit apocalyptique : dans ce même milieu existait alors le groupe mystique d’où le quatrième évangile est sorti, et le quairième évangile est aussi étranger que ,

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PEN DEA Tr. Ve 2 INTRODUCTION

s ” ch k ? É s = sible esprit de l’'Apocalypse. Mais l'Asie parait avoir reçu, temps de la guerre juive, quelques notables transfuges des mmunautés palestiniennes. De cé nombre étaient l’évangéliste ilippe, accompagné de ses filles prophétesses, probablement ssi Jean l'Ancien et Aristion, les disciples du Seigneur qui nt menMounés par Papias, Il est vraisemblable que ces oyants palestiniens gardaient plus vives les espérances de la oi primitive, qu'ils s'intéressaient aux plus récents produits de l’apocalyptique dans les milieux juifs et qu’ils ne dédaignaient n pas d'en faire leur profit ; on ne risque guère à prendre parmi eux ou parmi leurs disciples les plus immédiats l’auteur de lApocalypse. Du reste, l’apocalyptique a pu trouver, dans le milieu éphésien, quelques ressources du côté de la mythologie astrale et de la divination astrologique. Nous concevrions malaisément que, dans les mêmes assemblées de la même communauté éphésienne, deux prophètes aussi différents que l'au- teur des effusions lyriques sur le Logos, sur la régénération chrétienne, sur le pain de vie, sur le bon Pasteur, sur le dévouement de Jésus à sa mort salutaire, et celui qui venait décrire les fléaux de la fin, les sept sceaux, les sept trompettes el les sept coupes, la venue de l’Antichrist-Néron, la description de Rome-Babylone et le règne de mille ans, aient pu l’un après l'autre se faire entendre et agréer. Mais, outre que la chose ne serait pas aussi invraisemblable qu’elle nous parait, rien n'oblige supposer que les chrétiens d'Ephèse n’eussent qu'un centre de réunion et que nos deux prophètes aient été les animaeurs du même groupe. Comme nous voyons, vers le milieu du second siècle, harmonisés vaille que vaille dans un même recueil d’écrits vénérés,l’évangile et l’Apocalypse,nous devons supposer 4 que le courant mystique hellénochrétien et le courant apoca-, lyptique plutôt judéochrétien coexistaient auparavant dans la __ communauté éphésienne, non radicalement séparés ni mutuellement hostiles, mais non mélés encore ni atténués par des adaptations réciproques, comme nous les voyons dans les rédactions rnières et bientôt canoniques des livres dont il s'agit. Sur la personne même de l’auteur il serait superflu de déveopper les conjectures. L'apôtre Jean est hors de cause. Jean

prendre, car ce n'est pas beaucoup plus qu'un nom, el l’on a pu faire valoir contre lui quelques objections. Celle qui se tire de

ce que Jean l'Ancien serait l'auteur des petites épîtres, proba-

blement aussi de la grande et peut-être de l’évangile, est loin d'être décisive,puisque toutes ces attributions sont contestables.

Mieux vaut noter que l'attribution à Jean l'Ancien es! une pure .

hypothèse, amorcée par Denys d'Alexandrie, qui, peu soucieux d'attribuer l’Apocalypse à l’apôtre Jean, qu'il voulait garder pour l’évangile, donne l’Apocalÿpse à un autre Jean, qu'Eusèbe à son tour, suppose avoir pu être Jean l'Ancien, dont parle Papias ; mais, si Papias avait attribué l’Apocalypse à ce Jean, Eusèbe n'aurait pas manqué de le dire (cf. STANTON, The Gospels as historical documents, 111,83) L'attribution à Jean l'Ancien reste une hypothèse en l'air ; car il n’y à pas à dire que l'auteur de l’Apocalypse a dû être un personnage en autorité, et que ce doit être le Jean très autorisé dont parle Papias. Papias présente Jean l'Ancien comme un témoin aulorisé de la tradition évangélique,et le Jean qui a écrit l'Apocalypse n'est aucunement préoccupé de cette tradition ; l’on peut dire même que l’enseignement de Jésus est le dernier de ses soucis ; par ailleurs, c’est dans sa mission de prophète qu'il prend l'autorité par lui affectée pour instruire les communautés. Il n'y a donc pas la moindre chance pour que Jean l'Ancien et notre prophète Jean soient une seule et même personne.

D'autre part, s’il est possible et même probable que l'éditeur de l’'Apocalypsea voulu présenter l'auteur comme un personnage apostolique, le même qui serait l’auteur de l'évangile et l’apôtre Jean, celte fiction ne paraît pas imputable à l’auteur lui-même. La comparaison de l’apocalyptique juive, où les auteurs réels se cachent sous les noms de personnages anciens, ne permet pas de conclure qué l'attribution d’une apocalypse chrétienne doive être également fictive ; le prophétisme étant officiellement res-

suscité et pratiqué dans les communautés chrétiennes, les pro-

phètes chrétiens du premier âge n'avaient pas besoin de se cacher, et ils ne se cachaient pas. L’Apocalypse de Pierre est un faux, mais elle est moins ancienne que celle de Jean, et elle n’a pas le même caractère. Pour ce qui est de sa rédaction origi-

nale, notre livre est dans le même cas que celui d'Hermas, ayant

été présenté directement aux communautés d'Asie par celui qui l'avait écrit, comme le Pasteur a été d’abord présenté directement à la communauté romaine. L'auteur de l’Apocalypse est un certain Jean, par ailleurs inconnu, qui, venu probablement de Palestine en Asie au temps de la guerre juive, se sera fixé dans la région, peut-être à Ephèse, et aura tenu dans la communauté, peut être dans plusieurs communautés, le rôle de prophète, alors assez commun. |

La plupart de ces prophètes, il est vrai, n’ont pas laissé d’écrits ; mais on conçoit que tel ou tel d'entre eux ait été: amené à écrire, si l’objet de son inspiration semblait réclamer une communication plus étendue que la communication orale faite pat lui-même à là communauté dont il était membre. L'objet de cette inspiration pouvait être, en effet, aussi varié que les préoccupations, soit ordinaires soit occasionnelles, des croyants. Cependant, il y ;a lieu de le remarquer, une œuvre comme l’Apocalypse n’a pas été conçue dans les mêmes conditions que les improvisations oraculaires dont parle la première aux Corinthiens (xrv, 29-33), suggestions subites de l'Esprit, aussitôt énoncées dans la réunion où elles se produisent et qui contribuent simplement à l'édification de ceux qui les entendent ; de telles prophéties, bien que données au nom de Jésus, n'étaient pas ordinairement retenues ni mises par écrit, bien que probablement une bonne partie des discours attribués au Christ, surtout dans le quatrième évangile, n’ait pas d'autre origine. Mais ces oracles particuliers, s'ils pouvaient avoir forme de vision symbolique avec interprétation, n’affectaicnt pas nécessairement ni ordinairement cette forme. L’Apocalypse n’est pas un oracle ni même un recueil d’oracles qui auraient été ainsi prononcés, par inspiration subite dans les réunions de la communauté éphésienne ; elle n’est pas un oracle dans le sens propre du mot : elle est, du moins elle prétend ètre une vision que celui qui l'avait! reçue a consignée par écrit. Mais il se trouve que, littérairement parlant, elle ressemble fort à une compilation ; c'est un livre mal composé, mais c’est d'abord un livre, et composé ; ce n'est pas une vision qui se serait déroulée tout entière dans les conditions qu'on nous dit et que l’auteur aurait élé en mesure de reproduire exactement telle

À. Lorsy, — L’Apocalypse de Jean. , | 4

Cent

qu'elle s’était passée dans son esprit. La rédaction suppose .

autre chose que des visions; elle suppose un travail prélimipaire, des lectures, l’adaptation réfléchie des sources juives au point de vue chrétien. Si l’auteur avait été rationaliste, nous devrions dire que son livre est une édition nouvelle, et très frauduleuse, de prophéties antérieures qui n'étaient point arrivées à leur échéance ; seulement l’auteur n’était point rationaliste, il était croyant et même ardemment visionnaire ; c’est

‘dans une atmosphère de vision qu'il a composé son livre : tout

comme Paul et les évangélistes ont vu danslestextes de l'Ancien Testament les images de la foi qu’ils portaient en eux, notre auteur a ou, dans les prophéties anciennes et les apocalypses plus récentes, la grande persécution que devait subir le christianisme et le grand triomphe qui devait suivre la grande persécution ; c’est dans une sorte de vision à lui personnelle qu'il a transposé les visions des autres. Si cette vision comporte une part très considérable d'illusion, l'auteur ne l'a pointsoupçonnée, il l’a lui-même accueillie, il l'a vécue, tout en la construisant lui-même. Il est superflu de se demander s’il n'aurait pas eu de visions originales ; ce qui est à dire,c’est que les thèmes de ses visions, —les sept lettres aux sept communautés sont aussi une vision,— n’ont pas tous été empruntés à des écrits antérieurs qu'il a exploités en composant le sien ; et pour mesurer exactement son originalité de prophète et d'écrivain, il PL posséder les sources dont il s’est servi.

Ce qui constitue pour nous l'originalité de l’Apocalypse est l'adaptation qui s’y fait, dans les conditions les meilleures pour la facilité de l'observation, à Jésus Agneau de Dieu et à la fortune du christianisme, de toute l’apocalyptique juive, ainsi transformée en croyance chrétienne. L’artifice de l'adaptation nous paraît sensible, presque mécanique, parce que notre auteur l’a ainsi pratiqué sur des textes, dans sa rédaction. De cet artifice la foi vivante n'avait pas conscience, et l’auteur lui-même ne s’en aperçoit pas. Cependant l'on a pu soutenir, avec quelque apparence de raison, que l’Apocalypse était un livre juif où l’auteur n'avait guère fait qu'interpoler le Christ Agneau de Dieu. Il est vrai seulement que le fond juif du livre se distingue très nettement sous le revêtement chrétien qui

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