‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 61 sur 65 · ME TE · texte numérisé non relu

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Le db.

APOCALYPSE DE JEAN, Xx, 10-11 “il

Et un feu est descendu du ciel,

Ei les a dévorés.

“ Et le diable, leur séducteur,

Fut jeté dans le lac de feu et de soufre

Où étaient la Bête et le Pseudoprophète :

Ils (y) seront torturés jour et nuit aux siècles des siècles. “ Et je vis un trône, grand, blanc,

de faire descendre du ciel (avec CHARLes, I, 144 ss., qui place XXI,O=XXII, 2, 14-15, 17, avant xx, 4-15), pour le règne de mille ans, Ja Jérusalem éternelle, sauf à la faire remonter après l'extermination de Gog, puis redescendre sur la nouvelle terre. L'auteur ne conpait qu'une Jérusalem céleste, qui devient « nouvelle » en descendant, après le jugement dernier, sur la nouvelle terre. On ne saurait trop répéter que le règne de mille ans introduit dans la perspective une grande difficulté, à laquelle l’auteur s’est dérobé en ne la regardant pas.

«Etil descendit du ciel un feu qui les dévora ». — C: qu'annonçait Ezéchiel (xxxvir, 22 ; xxxix, 6) ; on peut croire que l'auteur ne s’est pas soucié de déranger le Messie et les élus dans leur sécurité, ou bien qu'il n’a pas voulu mobiliser une seconûe fois le Christ et l’armée céleste. Mais ce dénouement final se trouve moins étoffé que !e premier. Le sort de Satan est réglé de facon aussi sommaire que l’avait été celui déla Bête et du Pseudoprophète (x1x, 20). — «Et le diable quiles séduisait fut jeté», — on neditpoint par qui, mais ce dat être par quelque ange robuste, — « dans la mer de feu et de soufre où étaient » — depuis mille ans déjà —.« la Bête et le Pseudoprophète. — A la différence de la Bête et du Pseudoprophète, on ne dit pas:que Satan est jeté vivant dans la mer de feu, sans doute parce qu'il ne peut venir à l'idée de pérsonne que Satan meure. Les trois ainsi réunis — « seront tourmentés » - 1à — « jour et nuit aux siècles des siècles ». — Ce sont les trois grands damnés.

Mais il y en aura d’autres. Le jugement universel, que l'on n’eût pas été surpris de voir se produire après la destruction de Rome, la défaite de la Bête et de ses alliés, va se tenir enfin, et c’est Dieu qui y préside ; en fait, jusqu’à présent, le Christ n’a présidé qu’a des exécutions, el il n’y a pas de jugement par le Christ. — « Et je vis un trône ». — Le trône de Dieu cette fois,

Et celui qui y siégeait ; A son aspect s’'enfuirent la terre et le ciel, ‘ Et place ne setrouva point pour eux.

# Et je vis les morts, Les grands et les petits,

dont parle Daniel (vit, 9), à l'endroit même que notre auteur æ précédemment cxploité (xx,4) ; mais celui-cirebausse l'aspect de ce trône, en le présentant seul et en le pourvoyant d’une majesté digne de l’occupant. — « Un grand trône blanc ». — Le trône de Dieu ne peut être que grand et lumineux. Onne dit pas où pose cetrône, parce qu'il ne pose nulle part. Dureste, la tradition juive Bereschit rabba, x, ap. Cnarzes, Il, 192) le fait exister avant le monde, etil subsiste après, le siège de Dieu devant être éternel comme lui. Le prophète a vu le trône — « et celui qui y est assis », — c’est-à-dire Dieu, qu'on évite de nommer en celte accasion solennelle, — « à l'aspect de qui s’enfuirent la terre et le ciel ». — Depuis la septième coupe, il n’y avait plus d'îles ni de montagnes sur la terre (xv1, 20) ; cette fois, c’est la terre elle-même qui s’en va, suivant une image biblique (cf. Ps. cx1v, 3,7), entendue maintenant en réalité ; le ciel même a décampé aussi bien que la terre. — « Et place ne se trouva point pour eux »;-— ils disparurent tout à fait (ef. Ps. xxxvir, 36). Le grand trône blanc subsiste au milieu du vide immense, qui ne laisse pas d'être éclairé par « la spendeur de la gloire du Très. Haut », comme le dit le faux Esdras (IV, var, 13, 41-42). On a remarqué (CHARLES, Il, 193) que, dans l’Ancien Testament, le ciel et la terre sont immuables ; mais l’opinion contraire prévaut dans le judaïsme à partir du premier siècle avant notre ère, et l’apocalyptique chrétienne, aprèsl’apocalyptique juive, proclame que «le ciel et la terre passeront » (Mc. xiu, &). Il va sans’ dire que, dans les anciennes apocalypses, où le jugement précède le règne du Messie, le trône de Dieu juge est posé sur la terre en Palestine (cf. Joër, 1x, 2, 12, 14, 16 ; HéNocx, LIN, 1 : xC, 20). Et la tradition chrétienne a fini per attribuer le jugement au Christ.

«Et je vis les morts », — tous Les morts de l'humanité, exception faite de ceux qui ont eu part au règne de mille ans, — «les

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-. Qui se tenaient devant le trône ; Et les livres furent ouverts, Et un autre livre fut ouvert,

grands et les petits », — locution stéréolypée qui ne signifie guère autre chose ici que l'humanité entière ; — « qui se tenaient devant le trône », — c’est-à-dire devant Dieu, pour être jugés par lui. L'opération, du reste, ne présente pas de difficultés, car l'enquête judiciaire est toute préparée. — « Et des livres furent ouverts ». — Trait de Daniel (vir, 10). Sur ces livres étaient écrites toutes les œuvres des hommes, bonnes et mauvaises, en sorte que le bilan de chacun était facile à établir. — « Et un autre livre fut ouvert, qui est celui dela vie ». — L'auteur nous en a déjà parlé (1x, 5; xx, 8; xvu, 8), Ce livre fait double emploi avec les précédents et il procède d'une autre conception religieuse. Le livre de vie est le livre des prédestinés, de ceux que Dieu appelle à la vie éternelle, la question des mérites n'entrant pas en considéralion, parce que le salut n’est pas donné au mérite mais attribué par grâce; le livre de vie est en rapport avec la notion mystique du salut et non pas avec la notion morale de la rétribution selon les œuvres. Avec le livre de vie, l'examen des « livres » n’est point nécessaire ; il n’y a qu'à faire l'appel des prédestinés et à damner les autres ; l’auteur lui-même le dira (xx, 15), tout en ayant commencé par affirmer (xx, 12-13) que les hommes avaient élé jugés d’après leurs œuvres selon qu'elles étaient consignées dans « les livres ». Les deux courants de pensée religieuse sont comme juxlaposés et entre-croisés dans notre texte, sans qu'un effort ait été tenté pour les accorder. La donnée juive ancienne est célle du jugement d'après les œuvres consignées dans les livres, et la donnée mystique du salut éternel par prédestination inscrite au livre de vie pourrait être plus récente et empruntée aux cultes mystiques. En tous cas, elle apparaît iei comme une sorte de surcharge rédactionnelle, émanant de l’auteur chrétien (cf. WELLHAUSEN, 32). On peut maintenant,avec un peu de bonne volonté, prendre « les livres » comme doubles justificatifs du « livre de vie », mais ce n'est pas ainsi que celui-ci et ceux-là ont été d’abord conçus; ce n'est même pas ainsi qu'ils sont présentés. Notre « livre de vie » est

. Quiest celui de la vie. + Et les morts furent jugés D'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres. ‘3 La mer donna les morts qu’elle avait |

tout autre chose que « le livre des vivants » dont parle l'Ancien Testament (Ps. Lxrx, 28; cf. Ex. xxxx1, 32 ; mais « le livre des vivants », dans HÉNocx, x1 vux, 3, paraît être le livre des élus). — « Etles morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres ». — Nul doute par conséquent touchant le contenu des livres, et ceci est en rapport avec la conceplion juive du salut accordé comme récompense à ceux qui l’ont mérité,

« Et la mer donna les morts qu'elle contenait ». — Le renseignement arrive un peu tard, puisque l’on pourrait croire les morts déjà jugés ; mais il ne faut probablement voir, dans cette incohérence et dans la répétition qui en résulte, qu’une maladresse du rédacteur. occasionnée par l’adjonction du livre de vie (dans la source, xx, 13: « Et la mer donna », etc., suivait la notice, xx, 12: « et les livres furent ouverts »). Il subsiste néanmoins une difficulté, parce que, la terre ayant disparu avec le ciel, on ne voit pas bien où peuvent être maintenant la mer et même l'enfer. Mais il convient de noter que l’auteur attribue à la mer une sorte d'existence indépendante ; il va nous présenter bientôt le nouveau ciel et la nouvelle terre (Xx1, 1), et alors seulement il expliquera qu’il n'y a plus de mer. La mer n’est pas très loin d’être une puissance démoniaque, analogue à la mort et à l'enfer, qui lui sont ici associés, mais qui ont une personnification plus accentuée ; car la mer disparaît simplement comme le ciel et la terre, tandis que Mort et Enfer sont jetés dans l'étang de feu. Mer, d’un côté, Mort et Enfer, de l’autre, sont gardiens ou réceptacles de morts, d'individus morts et dont on ne dit pas qu’ils revivent, comme on l’a dit des martyrs admis au règne de mille ans : il n’est done pas cerlain, il n’est même pas très probable que l’auteur les fasse ressusciter en chair et en os; de son point de vue, une telle résurrection n’est point nécessaire pour qu'ils soient jugés : les méchants peuvent

bien être jetés à l’état de morts « nus » dans l'étang de feu, et

La Mort et l'Enfer donnèrentles morts qu'ils avaient ; Et ils furent jugés chacun selon leurs œuvres. “ La Mort et l'Enfer furent jetés dans le lac du feu.

les bons être revêtus de la robe blanche, du corps spirituel qui est attribué aux esprits immortels (cf. CHarces, IL, 193 ss. Cet auteur suspecte l’authenticité de ñ Ü&hussa,qui aurait été substituée à To raucia, les réservoirs d'âmes dont parlent IV Espr. 1v; 41-42, et Ap. de Baruch, xxx, 2, pour signifier une résurrection corporelle, la mer ayant rendu les corps, et l'enfer les âmes. Cetteinterprétation du texte actuel, que Charles trouve évidente, paraît contredite par le texte même, la formule roù: ysxo00: ne pouvant s’entendre en deux-sens différents dans la même phrase, xx, 13, et «la mer » étant solidement garantie par la référence qu'y fait xx1,1).

« Et la Mort et l'Enfer donnèrent les morts qu'ils avaient ». — La Mort et l'Enfer sont si étroilement associés que leurs domaines ne doivent pas être différents; leurs morts forment un seul groupe, qui pourrait bien être celui des morts de la terre, dont, pour ce motif même, il n’est point parlé, tandis que les morts de la mer sont mentionnés à part, précisément parce qu’ils n'ont pas élé enterrés. Il n’est pas possible de soutenir (avec CHARLES, II, 199) que l'Enfer ne contiendrait que des méchants, parce qu'il est jeté lui-mème dans l'étang de feu. L'Enfer personnifié est une puissance de mort, ennemie de Dieu. et il doit être jeté là où sont les grands damnés; mais il n'en a pas moins retenu captives toutes les âmes qui n'avaient pas été marquées du « sceau de Dieu », et non seulement les âmes des méchants mais aussi bien celles des justes (que Charles voudrait loger dans les ruucis). Si l'enfer ne contenait que des méchants, si la séparation des morts non chrétiens en bons et méchants était faite d'avance, pas ne serait besoin d'ouvrir les livres, il n'y aurait qu'à vider l’enfer dans l'étang de feu. Or, le texte dit expressément que tous les morts furent jugés, et il laisse entendre que plusieurs de ces morts étaient inscrits au livre de vie. — « Et » — tous ces morts — « furent jugés chacun selon ses œuvres ». — Trail anticipé ci-dessus (xx, 12) et dont l’auteur a déjà utilisé la formule (11, 23).

« Et la Mort et l'Enfer », — personnifiés en puissances de

C'est la seconde mort, Le lac du feu.

# Et quiconque ne fut point trouvé au livre de la vie inscrit Fut jeté dans le lac du feu.

destruction, comme ils l'étaient déjà dans la vision des sceaux

(vx, 8), — « furent jetés dans la mer du feu », — où les attendaient le Dragon et ses deux acolytes. — Remarque inattendue : — « C’est la seconde mort, la mer du feu ». — Ceux qui sont

jetés dans celte mer sont pour toujours en dehors des conditions de la vie; à l'égard de la mort commune des hommes, qui est suivie de résurrection, ceux qui sont jetés dans lamer du feu tombent dans une. seconde mort, celle dont on ne revient pas, la mort éternelle. Seulement la réflexion ne convient pas à l'Enfer, et elle devrait venir après ce qu'on va lire des autres damnés ; la formule est d’ailleurs mal équilibrée, et ce doit être une glose anticipée d’un passage où l’explication est donnée en forme correcte (xx1, 8. Cf. CHaRLes, II, 199). — « Et quiconque », — parmi les humains non chrétiens, —« ne fut pas trouvé inscrit . aulivre de vie, futjeté dans l'étang du feu ».— Cetrait, nonobstant les apparences, n'est point précisément une surcharge, puisque l’auteur n'avait pas dit encore ce qui était advenu des hommes jugés : ceux qui furent trouvés inscrits au livre de vie, sans doute les justes de l'Ancien Testament, et probablement aussi d’autres justes recrutés parmi les nations, furent adjoints à la société des premiers élus; ceux qui ne furent pas trouvés inscrits furent précipités dans le lieu de damnation. L'auteur opère donc avec ses deux notions, des livres de comptabilité morale et du livre de vie éternelle, adaptant l’une à l'autre comme ik peut.

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