XXIII. — La NOUVELLE JÉRUSALEM
Vienne maintenant le règne de Dieu sur un monde nouveau et qu'apparaisse la Jérusalem céleste (xxr-xx, 5). Cette vision finale n’est guère plus mal équilibrée que lès précédentes. Le prophète voit descendre du ciel la sainte Jérusalem, et une voix d'en haut célèbre la félicité de ses citoyens en regard du sort
Et je vis ciel nouveau et terre nouvelle.
Car le premier ciel et la première terre ont disparu, Et la mer n'est plus.
qui est fait aux damnés (xx1, 1-8). Par un changement de scène imprévu et qui semblerait inutile, un des anges des sept coupes s'offre au voyant pour lui montrer la femme de l’Agneau, et il lui montre en effet la sainte Jérusalem, dont-suit la description, assez longuement et assez régulièrement développée. Ce doublement de la mise en scène, résultant de combinaison rédactionnelle pour utilisation de source, n'autorise pas à doubler (avec CnarLes, II, 144 ss.) la descente de la Jérusalem céleste, en faisant apparaître celle-ci. une première fois, au début du règne de mille ans (après xx, 3), puis une seconde fois, au commencement du règne éternel, en la place que lui donne le texte traditionnel (après xx, 15). Le texte est incohérent; mais celui qu’on y voudrait substituer pourrait bien l'être un peu davantage.
« Et je vis ciel nouveau et terre nouvelle ». — Ge sant termes d’Isaïe (Lxv, 17; Lxvi, 22; cf. HÉNoCH, xXLV, 4-5; LXXII, 1; XCH, 14-16 ; cxv, 1-6; IV Esp. vur, 31; AP. Bar. xxxu, 6; HÉNOCEH sL. Lxv, 6-9). Sans doute convient-il qu'il y ait cieux nouveaux et terre nouvelle pour l’ordre définitif de justice et de sainteté qui doit s'établir ; l'ancien ciel et l’ancienne terre avaient été plus ou moins souillés par les égarements et les péchés de leurs habitants; peut-être aussi bien n’avaient-ils pas été institués pour l'éternité. — « Car le premier ciel et la première terre », — ceux dont la Genèse raconte la création, — « ont disparu », — comme il a été dit (xx, 11), — « et la mer n’est plus ». — Ce n’est pas à dire qu’il n’y ait plus d'eau : la Jérusalem nouvelle possédera « eau-de-vie » (xx1, 6) et « fleuve de vie » (xx11, 1-2). L'idée de la disparition de la mer dans le renouvellement du monde se rencontre ailleurs (Lier. Sibyl. V, 158-159, 447; Asc. de Moïse, x, 6; PLUTARQUE, /s. 7). Elle est souvent en rapport avec l'idée d'un embrasement général de l'univers; mais on ne voit pas qu'il en soit ainsi dans notre texte. L'auteur suit plutôt une tradition largement attestée dans les Ecritures, d’après laquelle la mer est abime, originairement chaos et ténèbres, monsire encore indompté mais seulement contenu, séjour
Et la cité sainte, Jérusalem nouvelle, Je la vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu,
nalurel de la puissance opposée à Dieu; et ce ne doit pas être uniquement parce que Rome était au delà de la mer par rapport à l’Asie, que la Bête est montée de la mer (xx, 1). Il y avait lieu de créer un autre ciel et une autre terre, mais point une autre mer. D'après le vieux mythe babylonien, reconnaissable encore dans le premier chapitre de la Genèse, la mer n'avait pas été créée, elle était le chaos primordial, d’où étaient sortis le ciel et la terre; maintenant celte survivance du chaos n'avait qu’à disparaître, Dieu produisant par sa toute-puissance le ciel et la terre qu'il fallait pour l’ordre nouveau de l'univers.
« Et je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle », — aussi nouvelle que les cieux et que la terre, et non produite par une métamorphose purifiante et glorieuse de l’ancienne ; au surplus, cette Jérusalem nouvelle, à la différence du nouveau ciel et dela nouvelle terre, existait déjà près de Dieu avant d’être manifestée dans le nouvel univers ; l’auteur la voit — « descendant du ciel », — d’auprès — « de Dieu », — qui l’envoie (cf. ox, 12 ; xx1, 10). L'emploi du mot ciel est un peu équivoque. La Jérusalem nouvelle ne descend ni du ciel ancien, qui n’est plus, ni du ciel nouveau où elle ne pouvait être avant qu'il existât ; le ciel qui vient de disparaître est le ciel visible avec ses astres, le système de ses planètes et de ses sphères ; mais le ciel de Dieu, le ciel supérieur, est censé immuable, et c’est là qu'était la Jérusalem qui apparaît maintenant et qui se trouve ainsi n'être nouvelle que par sa manifestation, ou, si l’on veut, sa réalisation dans le monde nouveau. L'idée de cette Jérusalem existait antérieurement dans l’apocalyptique juive. On s'était aisément figuré que les descriptions plus ou moins idéales de la Jérusalem future dans Ezéchiel (xL-xLvin), Isaïe (LIv, 11-14 ; Lx), Aggée (11, 7-9), Zacharie (nu, 6-17), se rapportaient à une Jérusalem typique, existant au ciel, comme les modèles du tabernacle mosaïque et de ses accessoires, et qui devait apparaître sur la terre au dernier jour ; Adam, Abraham, Moïse l'ont vue (Ap. Baruch, 1v); Esdras l’a contemplée (IV Espr. x, 44-59). Il est possible que l’idée ait pris plus de consistance après la destruction de
Prête comme épousée parée pour son époux.
* Et j'entendis grande voix Qui, (venant) du trône, disait :
Jérusalem en l'an 70. Mais auparavant le christianisme se l'était appropriée : déjà Paul (Ga. 1v, 25) parle de la Jérusalem d’en haut, vraie patrie des croyants, el l’auteur de l'épitre aux Hébreux (x1r, 22) proclame aussi que les chrétiens ont accès à la Jérusalem céleste, cité du Dieu vivant. On la concoit aménagée pour le règne de Dieu, et il est à noter que l’auteur ne l’a point fait descendre pour le règne de mille ans :il ne le pouvait pas, la réalisation terrestre de la cité divine n'étant concevable que dans l’économie d'un monde entièrement nouveau. C'est cependant par rapport au Christ qu’on la dit — « prête comme fiancée parée pour son époux » — le jour de ses noces (cf. x1x, 5-8). Nonobstant le règne de mille ans, le mariage de l’Agneau serait encore à célébrer. Ce flottement résulte du double emploi que fait le règne de mille ans à côté du règne de Dieu. Dans le mysticisme chrétien, la Jérusalem nouvelle devient épouse de Jésus en tant qu’elle est identifiée à l'Eglise, corps ou épouse du Christ. La réunion de l'Eglise au Christ se fait en l'avènement de celui-ci, et le festin des élus dans le royaume de Dieu est le repas des noces du Christ. Mais l’idée mystique de l'Eglise épouse est ici subordonnée à la conception théocratique de la cité de Dieu qui doit se manifester à la fin des temps. Du reste, la description de cette cité ne viendra que plus loin, l’auteur s’arrètant d'abord à expliquer le bonheur et la qualité de ses citoyens, é
« Et j'entendis grande voix qui venait du trône ». — Plusieurs témoins lisent : « du ciel », mais une détermination plus précise convient mieux ici (cf. xx1, 5), et il n’y a pas lieu d’écarter les deux variantes comme gloses, l’une ou l’autre étant indispensable pour le rythme et, jusqu’à un certain point, pour le sens. La voix qui vient du trône n’est pas celle de Dieu; mais il n'est pas autrement certain que ce soit celle d’un des quatre Vivants (CxarLes, Il, 205), ou bien celle du Christ (cf. supr. XVI, 7), Car il ne paraît pas impossible qu’une voix soit attribuée au trône, ou bien, ce qui revient au même, qu'une voix sorte du
« Voici le tabernacle de Dieu parmi les hommes ; Il habitera parmi eux,
Et ils seront son peuple ;
Et lui-même, Dieu, parmi eux sera ;
trône sans être attribuée à une personnalité tout à fait distincte du trône, Dieu, Christ ou ange. Que ce trône soit le grand trône blanc du Dieu juge (CHarLes IT, 205),il est permis d’en douter, car ce trône blanc paraît être de circonstance. La voix — « disait» — de la Jérusalem céleste : — « Voici la tente de Dieu chez les hommes ». — Littéralement : « avec les hommes ». Aïnsi la nouvelle Jérusalem, où l’on verra qu’il n’y a pas de temple (xx, 22), remplace l’ancien tabernacle. Cependant l'auteur lui-même nous a montré un temple dans le ciel, où est l’arche d'alliance (xx, 19), et aussi le Labernacle (xx, 6 ; xv, 5) ; il connaît là-haut un autel; et l’auteur aux Hébreux connaît aussi au ciel « le vrai tabernacle », « non fait de main d'homme » (HÉBR. VIIx, 2 ; 1X, 11) ; mais il ne faut pas chercher trop de logique en ces conceptions, souvent d'origine diverse, et qu'il n'est pas urgent d'accorder, puisqu'elles échappent à tout contrôle d’expérience. « L'habitation » (sxnvi) ne paraît pas signifier autre chose que la présence de Dieu parmi les bienheureux (cf. CHEYNE, IE, 206, qui rend ici vraisemblable le rapport de la sxnvd de Dieu avec la shekinä de la tradition rabbinique), ainsi qu'il va être expliqué. — « Il habitera avec eux, et ils seront son peuple ».
La leçon: « son peuple », est recommandée par le sens et par les passages bibliques dont s’est inspiré l’auteur (Ez. xxxvur, 27 ; ZACH. VIN, 8 ; JÉR. xxx1, 33) ; dans la Jérusalem nouvelle, Dieu ne peut avoir qu'un seül peuple (Cuarces, IL, 359) ; la variante : « ses peuples », peut avoir été introduite par distraction sous l'influence du pronom qui précède (aèrot Awol), au lieu de (adrot À40:).— « Et Dieu lui-même, avec eux, sera leur Dieu ».— Plusieurs témoins (dont S) lisent simplement : « Et Dieu luimême sera avec eux ». Cette leçon plus courte répète ce qui vient d’être dit, et le parallélisme, conformément aux textes dont s'inspire notre passage, paraîtrait exiger l’assertion réciproque : « et il sera leur Dieu ». La leçon plus complète est lourde pour le rythme et paraît avoir combiné deux variantes :
: * ILessuiera toute larme de leurs ses
Et la mort ne sera plus,
Ni deuil, ni cri, ni souffrance ne seront plus ; ” Car les choses premières ont disparu.
* Et celui qui siégeait au trône dit :
« Voici que je fais tout nouveau. »
$ Et il dit :
« Ecris
« Et Dieu lui-même sera avec eux »; « Et lui-même sera leur Dieu » ; à moins que la dernière ne soit une simple addition sugtérée par les passages de l’Ancien Testament. Après tout, l’auteur a pu négliger un peu le parallélisme et revenir sur l’idée de la présence divine, afin de mieux préparer ce qui suit; ila pu même trouver que la formule : « et il sera leur Dieu », devenait insignifiante par rapport aux élus, dans ce monde nouveau où il n'y a plus d’autre dieu que Dieu. — « Et il essuiera toute larme de leurs yeux ». — Ce trait est d'Isaïe (xxv, 8), et il a déjà été utilisé plus haut (vrx, 17). — « Et la mort ne sera plus. » — L'idée paraît venir aussi d’Isaïe (loc. cit.; | Cor. xv, 54, s’inspireprobablementdu mème passage, en endonnantunetraduetion inéxacte). On ne verra plus la mort, on n’aura plus à la craindre, . puisqu'elle-même est morte, reléguée à jamais dans l'étang de feu (xx, 14). — « Ni deuil ni cri ni souffrance il n'y aura plus ».— Ceci encore s'inspire d’Isaïe (xxxV, 10 ; Cf. LXV, 19). — « Parce que les choses premières », — encore un terme d'Isaïe (xLur, 18 ; cf. Lxv, 17), — « ont disparu ». — L'ancien ordre de l'univers a fait place à un ordre nouveau et meilleur (référence à xxt, 1) « Et celui qui était assis sur le trône », — Dieu lui-même, confirmant ce qu'a énoncé la voix sortie de ce même trône, — « dit : « Voici que je fais tout nouveau ». — Tiré d’Isaïe dans le passage (xLIIT, 19) que visait déjà la fin du verset précédent (cf. IH, Cor. v, 17, une utilisation plus mystique du mème passage). L'idée est familière aux apocalypses (cf. CHarLes, IT, 205). — « Et il dit ». — Dieu lui-même, après avoir formulé le principe de la nouvelle création, la volonté qu'il a de la réaliser, ajoute, à l'intention spéciale du prophète: — « Ecris que ces paroles sont sûres et véridiques ». — On pourrait traduire : « Ecris » —
Que ces paroles sont sûres et véridiques. »
Etil me dit:,
ce que tu viens d'entendre, — « parceque ce sont paroles sûres », etc. Mais le cas est le même qu'après l’oracle sur Babylone, où l'ange garantit simplement à l’auteur, ou plutôt aux lecteurs par son intermédiaire, la vérité de ce que celui-ci vient de voir et d'entendre (xx, 9), et que, plus bas ({xx11, 6), après la description de la nouvelle Jérusalem et de sa félicité, pour affirmer la réalité de cette description. Il est déjà quelque peu singulier que Dieu prenne la peine de faire savoir aux lecteurs que ses propos méritent créance ; mais il serait bien plus étrange encore qu’on lui fit justifier devant l’auteur l’ordre de les écrire, par la raison que ce sont des vérités. Dans les deux passages parallèles, c'est un ange qui garantit la vérité de l’oracle; l’on ne peut guère supposer ici qu'un ange interviendrait pour confirmer ce que Dieu lui-même vient de dire. Mais cette déelaration, comme celle qui est insérée (x1x, 9) entre le châtiment de Babylone et la manifestation du Christ, paraît être de remplissage rédactionnel.
« Etil me dit : « C’est fait ». — On ne voit pas bien la portée de cette assertion, puisqu'il s'agirait encore de garantir la certitude de choses qui, dans la réalité ne sont point encore accomplies. Des témoins autorisés (notamment S) lisent, au lieu de la troisième personne : «ce sont choses arrivées » (yéyovay, y=v6vas1y), la première personne du singulier (yéyov2), qui serait ici employée, comme cette forme verbale l’est souvent dans la grécité récenle, au sens de « je suis », ce verbe devant se rattacher à ce qui suit, de sorte qu’on obtient une lecture facile pour le sens et pour la construction: « Je suis, moi, l'alpha et l’oméga ». On a rencontré plus haut (xvr, 9), il est vrai, le même mot en forme régulière, employé absolument au sens de : « C’est arrivé ». Mais on n’avait pas la juxtaposition singulière : « C'est arrivé. Moi, je suis l'alpha », ete. La leçon: « c’est fait », double assez. inutilement l'assertion précédente touchant la vérité de l’oracle, puisqu'il ne s'agirait toujours que de présenter comme réalisé, c’est-à-dire prophétiquement certain ou actuel, ce qui n'est point encore existant en fait, Et la tradition a pu s’offus-
« Je suis, moi, l'alpha et l’'oméga,
Le commencement et la fin.
Moi, à qui est altéré je donnerai
De la Source de l'eau de la vie pour rien.
* Le vainqueur héritera cela ;
quer d’un mot qui se prêtait au sens de : «Je suis devenu ».
La déclaration touchant l'être éternel de Dieu, déjà rencontrée (1, 8), paraît venir ici pour supporter les déclarations solennelles concernant le bonheur futur des élus et le supplice des réprouvés. — « Je suis l'alpha et l’'oméga» — est expliqué par : — « Le commencement et la fin », — probablement au sens de « premier et dernier » (cf. x, 19 ; xx, 13 ; Is. XLIV, 6). — « Moi, à qui est altéré je donnerai» — à boire — « de la source de l’eau de la vie pour rien » — C’est paraphrase d'Isaïe (Lv, 1), qui sera répétée ultérieurement (xx11, 19). Il n’y a pas lieu de presser chaque mot pour en extraire un sens mystique. L’eau de la vie est un sacrement de l'immortalité sur lequel la description suivante fournira des indications explicites. En dernière analyse, eau de vie, aliment de vie, arbre de vie procèdentde la plus vieille tradition mythologique; tout cela subsiste comme symbole sacramentel, non comme simple figure de langage dans la tradition apocalyptique. Le langage d'Isaïe était métaphorique, celui de notre Jean ne l’est pas, Qui aura soif dans la cité de Dieu s’abreuvera d'une eau qui donne ou entre-. tient l’immortalité, et chacun en pourra boire à son gré. Il doit y avoir trop de subtilité à distinguer le sens qui appartient à l’arbre de celui qui appartient à l’eau, comme si l’eau était une sorte de grâce générale qui permettrait de « vaincre » dans le combat de la vie et d'acquérir le droit à l’arbre de vie, c’est-àdire à l'immortalité (CHARLES, I, 55), symbolisme qui rendrait d’ailleurs caduc l'argument qu’on prétend tirer de la présence de l’arbre de vie (xx11, 2) dans la grande description de la Jérusalem céleste, pour attribuer cette description au règne de mille ans (CHARLES, IL, 158).
« Le vainqueur ». — C’est le terme mystique qui revient si souvent dans les sept lettres (cf. 11, 9, 11, 17, 26 ; ni, 5, 12, 21) Ici le vainqueur s'oppose aux « lâches » dont il va être parlé (xxt,
A. Lorsy, — L'Apocalypse de Jean, ” ! 24,
Je lui serai Dieu, Et il me sera fils.
* Quant aux lâches, aux incroyants et aux souillés, Aux meurtriers, aux fornicateurs et aux sorciers, Aux idolâtres et à tous les menteurs,
8). — Il « aura cet héritage », — les biens dont l'eau de la vie est un échantillon. — « Et je lui serai Dieu, et lui me sera fils ». — C'est formule biblique (II Sam. vir, 14, à propos de Salomon), entendue au sens mystique de la communion intime entre le Dieu qui donne la vie éternelle et celui qui la reçoit. — « Quant aux lâches ». — Ceux qui auront fait le contraire du vainqueur, ceux qui auront honteusement renié le Christ dans la persécution. — « Aux incrédules ».-— On pourrait traduire (2ristots) : « aux apostats » ; car, dans cette énumération qui se présente comme un catalogue général des réprouvés, l’auteur vise en première ligne les mauvais chrétiens, ceux qui n'auront pas résisté à la contagion du polythéisme idolâtrique et immoral (cf. CHARLES, Il, 216). — « Aux souillés ». — Ceux quise sont plongés dans les abominations de l’idolâtrie, adonnés au service de la Bête (ef. xvir, 4, 5). Ainsi les trois premières qualifications visent, au delà des chrétiens tombés, la masse des païens idolâtres et corrompus. Les dernières (à distribuer pour le rythme en trois et deux) visent indistinclement tous les grands pécheurs.— « Aux meurtriers, aux impudiques, aux sorciers »,— ceux qui usent de maléfices (gasuaxois). On retrouvera encore (xxIt, 15) ces trois catégories de pécheurs. — « Aux idolâtlres et à tous les menteurs ». — « Ceux qui aiment et pratiquent le mensonge », lirons-nous dans l’énumération parallèle à celle-ci (loc. cit.). Ce dernier trait et le précédent pourraient s'appliquer à des chrétiens plus ou moins apostats, à ces nicolaïtes qui hantaient la pensée de l’auteur dans les sept lettres, et qu'il pourrait bien viser ici de préférence à tous les damnés. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant qu’un certain nombre de croyants éclectiques et de faible courage aient pensé pouvoir concilier la profession de la foi ou d’une certaine foi chrétienne avec les pratiques du culte officiel et qu'ils aient trouvé çà et là auprès des autres croyants tolérance ou crédit. L'énumération est apparentée
Leur part est au lac brûlant de feu et soufre : Ce qui est la seconde mort. »
* Et vint un des sept anges, Ceux qui avaient les sept coupes Remplies des sept derniers fléaux,
à celle qu'on a rencontrée plus haut (1x, 21) des quatre crimes du monde idolâtrique, meurtres, maléfices, impudicité, larcins, et ce n'est point par hasard qu’elle comprend huit membres
(ef. Bozr, 62, 145). — « Leur part », — le sort qui leur appartient éternellement, — « est en la mer brûlante de feu et de soufre, ce qui est », — comme on l’a déjà dit (xx, 14) par anticipation dans une glose, — « la seconde mort », — celle dont
on ne revient jamais.
L'auteur pourrait conclure, et il semblerait même avoir déjà conclu. Mais il lui reste encore beaucoup à dire sur la Jérusalem céleste ; il ajoute ici une description qu'est censée lui avoir proeurée l'intervention d’un des anges porteurs des sept coupes. Ce trait montre que, dans sa pensée, la vision des sept coupes domine toute la dernière partie du livre. Mais, dans l’économie des visions, l'intervention de cet ange n'est pas attendue. Depuis les sept fléaux, on a vu se dérouler la ruine de Babylone, le triomphe du Christ, le règne de mille ans. Les sept anges et leurs coupes sont déjà bien loin. La source où notre auteur a pris la vision des sept coupes n’en était pas moins à sa disposition. Quand même l'ange ne serait qu’un artifice de transition, la description qu'on va voir n’a pu être prise dans la tradition ou dans la source d'où vient le règne de mille ans ; et on ne réussit pas à la faire rentrer dans la perspective de ce règne. La raison doit en être qu'elle provient d’une tradition ou d’une source qui ne connaissait pas ce règne provisoire et qui présentait comme définitive une économie dont, par ailleurs, certains aspects conviendraient mieux au règne de mille ans, esquissé dans notre livre, qu'au règne éternel de Dieu et du Christ.
« Et il wint un des sept anges qui avaient les sept coupes remplies des sept derniers fléaux. » — L'artifice est le mème que celui qui sert à introduire les révélations concernant le châtiment
dela grande Babylone (xvur, 2). On peut supposer que c'est le
Et il me parla, disant :
« Viens, que je te montre la fiancée, La femme de l’Agneau. »
‘ Etilm'emporta en esprit Sur une montagne grande et haute,
même ange qui intervient, mais l’auteur ne le dit pas. La négligence avec laquelle il procède pourrait faire soupçonner que ces
interventions d'anges sont, au moins pour une bonne part, un
expédient littéraire, un moyen d'animer le récit de ménager les transitions, de couper la monotonie des descriptions et des discours prophétiques. — « Et il m’adressa la parole, disant : « Viens, que je te montre la fiancée, la femme de l’Agneau. » . — Et cette fiancée n'est pas autre que la Jérusalem qui descend du ciel (cf. xxr. 2). La place des mots « fiancée » et « femme» varie dans les manuscrits. Les deux mots ont été déjà employés (yuv, xIx, 7; vouwn, xx1,2). Les deux peuvent se justitier, et ils semblent venir ensemble, tant pour satisfaire à la complexité de l’idée, ou, si l’on veut, à son incohérence, dans un équilibre. apparent, que pour lerythme de la phrase. Il serait hardi de supprimer le mot « femme », sous prétexte que les noces n’ont pas encore eu lieu: cela est vrai en un sens ; mais, pour cette raison même, le mot n’a pas dû être ajouté. Il semble que, pour son propre compte, le rédacteur eût dit plus volontiers : « la fenmune de l’Agneau » (comme x1ix, 7), et quil garde « la fiancée » pour l'avoir trouvée dans la source. La contemplation de cette femme, fiancée de l’Agneau, va faire pendant à la vision de l’autre femme, la grande Prostituée, et de son châtiment. Déjà pour celle-ci l’ange avait dit : « Viens, que je te montre, etc. », puis il avait emporté le voyant en esprit dans un lieu désert (xvux, 1-3). Cette fois l’ange, comme il convient, l'emporte vers les hauteurs.
« Et il m’emporta en esprit sur une montagne grande et haute. » — Sans doute la terre nouvelle aura-t-elle aussi des montagnes. Celle-ci est empruntée à Ezéchiel (x1, 2), au début de la vision concernant la future Jérusalem, vision dont celle qu'on va lire s’est inspirée assez largement. Dans Ezéchiel, c’est Iahvé qui transporte le prophète, en sa vision, au pays d'Is-
Et il me montra la ville sainte,
Jérusalem,
Qui descendait du ciel, (d’auprès) de Dieu, # Ayant la splendeur de Dieu.
Son éclat
Est semblable à celui de pierre très précieuse,
raël, sur une grande montagne où est située la ville qui va lui être montrée. Notre auteur, qui a parlé de terre nouvelle, ne pouvait guère dire que la Jérusalem céleste s’installerait à la place de l’ancienne ; mais il a dù vouloir signifier aussi que la ville était située se la montagne où l’ange l’a transporté. Sa pensée à cet égard manque de clarté, parce qu'il a voulu montrer la nouvelle Jérusalem descendant du ciel ; le prophète ne l'en contemple pas moins de tout près, et comme si la ville était installée déjà sur la haute montagne où l’ange l’a transporté en esprit (cf. x, 10 ; xvir, 3). Les anciennes prophéties (par exemple, Is.11, 2; Ez. xvix, 22) pouvaient suggérer que Jérusalem serait ainsi . placée. Quand même le passage s’entendrait plus facilement de la terre actuelle, il n’en faudrait pas conclure (comme CHARLES, IT, 156) à une transposition opérée par un rédacteur maladroit,
mais admettre simplement que la description avait été conçue
d'abord dans une autre perspective que celle de la présente rédac- tion. Encore est-il que la vision prête à l'endroit où va s'installer la cité de Dieu un tout autre aspect que celui de la Palestine. « Etil me montra la ville sainte, Jérusalem ». — « Jérusalem, ville sainte », est formule d’Isaïe (Lu, 1), déjà employée ci-dessus (XXI, 2). — « Qui descendait du ciel d’auprès de Dieu ». — Déjà dit (ibid). Ces reprises et répétitions peuvent être la marque de combinaisons rédactionnelles, mais elles sont aussi bien dans Ja manière du rédacteur, et les précédents chapitres n’en sont point exempts. — « Ayant la splendeur de Dieu », — comme l’annonçait [ssïie (Lx, 1-2). On verra plus loin (xx1, 23) que la nouvelle Jérusalem est éclairée uniquement par la gloire de Dieu : c’est cette clarté divine qui, dès d’abord, frappe le voyant et lui fait dire que cette ville a l'éclat de Dieu même. Cette splendeur divine, l’auteur ne craint pas de la décrire en faisant appel aux pierres précieuses. — « Son éclat est semblable
Comme pierre de jaspe cristallin.
* Elle a mur grand et haut;
Elle a douze portes,
Et sur les portes douze anges,
Et des noms gravés,
Qui sont ceux des douze tribus des fils d'Israël : ‘ A l'orient, trois portes;
Au nord, trois portes ;
Au sud, trois portes;
à pierre très précieuse »; — par exemple — « à pierre de jaspe cristallin ». — L'auteur parle de pierres précieuses parce que ces pierres sont brillantes ; ce qu’il veut mettre en relief, c’est surtout le rayonnement merveilleux de la cité divine où tout est lumière étincelante. — « Elle a un mur grand et haut », — pour la délimitation sans doute et pour l’ornement, puisque la ville n’a pas besoin d’être défendue; et puis lelmur permettra d’avoir douze portes dénommées d’après les tribus d'Israël, et orientées trois par trois, comme dans Ezéchiel (xLzvrx, 31-35). — « Elle a douze portes, et sur les portes douze anges. » — Probablement comme gardiens, parce que la coutume est de mettre des gardiens aux portes, surtout parce que la tradition immémoriale de l'antiquité réclamait des esprits gardiens pour toutes les constructions, principalement pour les grands édifices, et parce qu'Isaïe (Lx1x, 6) semblait parler de tels gardiens à propos de la future Jérusalem. À vrai dire, ils ne seraient pas plus indispensables que le mur d'enceinte. — « Et des noms écrits dessus », — sur les portes, ces portes ayant, comme dans les villes de ce monde, des noms, — « qui sont ceux des douze tribus des fils d'Israël». — L'auteur retient ici la donnée d’Ezéchiel, et l’on n’a pas lieu d’en être surpris, puisqu'il a classé mystiquement les élus sous la rubrique des douze tribus (vx, 4-8). D'ailleurs on trouvera bien-
tôt sur les fondations les noms des douze apôtres. Ilest peut-être , risqué de supposer qu'il y a une porte affectée au service de chacune des douze sections. Lors même que le sectionnement ne serait pas purement symbolique, on imagine malaisément qu'un élu affecté à la section de Juda n'ait pas le droit de sortir par la porte de Zabulon ; ou bien la cité céleste connaîtrait des gènes que nos villes ignorent. — « A l’est, trois portes; au nord, trois
À l'occident, trois portes.
“ Et le mur de la ville A douze pierres de fondation, Sur lesquelles sont douze noms, (Ceux) des douze apôtres de l’Agneau.
portes; au midi, trois portes; à l’orient, trois portes ». — Ainsi la ville est censée former un carré parfait, comme dans Ezéchiel ; et on va nous le dire expressément. Mais pour relever, si l’on peut dire, le caractère chrétien de la cité éternelle, l’auteur ajoute de lui-même uneindication relative aux fondations. — « Et le mur de la ville a douze pierres de fondation ». — Il est singulier que ces pierres soient en rapport avec le mur et non avec les portés et qu'on en parle comme si elles étaient visibles, l’incription qui les caractérise étant censée faite pour être lue ; mais c’est que les portesétaient données par Ezéchiel avec les noms ; notre auteur, voulant parler des apôtres, disposait des douze sections de la muraille ; il leur attribue douze pierres de fondation, pour y graver les noms des apôtres ; on ne doit pas pousser l’indiscrétion jusqu’à lui demander où il veut mettre ces pierres et .comment ils’arrange pour que l'inscription de pierres qu’on croirait sous le mur puisse être en même temps lisible par les passants. La pierre de fondation serait-elle toute la première assise visible d’une section de mur, et faut-il attribuer à chacune des douze pierres plus de cent soixante kilomètres de long, si ce n’est plus
de six cent soixante ? Les douze pierres et les douze apôtres sont une surcharge mal venue dans la description que la source avait empruntée à Ezéchiel. — « Sur ces » pierres « sont les douze noms des apôtres de l’Agneau ». — Un tel énoncé montre bien et que les Douze sont maintenant une donnée mystique, si toutefois ils ne l'ont pas toujours été, et que, dans tous lés cas, notre prophète non seulement n’a aucune prétention au litre d’apôtre, mais qu’il ne doit pas être un homme de la génération apostolique, un ancien disciple qui aurait connu Jésus ou tout au moins la première communauté de Jérusalem. Aussi bien ne s’est-il pas demandé si ces pierres de fondation, ces noms dés apôtres seraient enterrés ou non, visibles où non — tout peut être visible dans cette cité translucide ; — il a voulu
376 ee APOCALYPSE DE JEAN, XXI, 15-16
# Et celui qui me parlait Avait comme mesure un jonc d’or, Pour mesurer la ville en Et ses portes Et son mur. | | de ‘ La ville est en carré, e Sa longueur est égale à sa largeur. |
donner une expression symbolique à l’idée, qu’on trouve ailleurs, | des apôtres, fondement de l'Eglise (cf. Erx. 17, 20). Er. Pour préciser sa description, l'auteur parle d’un métrage as dont l’idée générale et les détails principaux ont été fournis par Ezéchiel. — « Et celui qui me parlait », — l'ange à la coupe, — «avait comme règle à mesurer un jonc d'or ». —L'or ne vient point d’'Ezéchiel (xz,3:5), où l’ange de Iahvé se sert bonnement d’un long roseau ou d’une perche, et d’un cordeau, —« Pour mesurer la ville, ses portes et son mur ». — Dans Ezéchiel, c’est d'abord le temple qui est mesuré, mais notre ville, où il n’y a pas de temple, est, à sa manière, un temple. Il s’agit d’en mésurer bien exactement l'enceinte. Et ce n’est point pour construire la cité ou pour la garantir (cf. vr,2), mais pour donner une idée de cette ville merveilleuse jusqu’en ses dimensions. — «Et la ville forme carré».— Nous nous en doutions ; il le faut pour l'orientation et pour la correspondance avec les quatre coinsdu monde (Bozz,39) ; dans Ezéchiel (xLvux, 16), la ville est au carré, mais avec quatre mille cinq cents coudées de côté. Babylone aussi, à ce que raconte Hérodote (1,178), était un carré, mais dont le côté était seulement de cent vingt stades, simple bourgade en comparaison de la nouvelle Jérusalem. — « Sa , longueur est égale à sa largeur ». — Assertion explicative de la précédente et qui nous dit la nature de ce tétragone. Mais voici venir une assertion plus déconcertante. — « Et il mesura la ville avec le jonc : douze mille stades ». — Que représente ce chiffre ? Le pourtour total de la ville, dont chaque section de mur correspondrait à mille stades, ou bien un côté seulement, ce qui donnerait quarante-huit mille stades pour le pourtour ? La dernière hypothèse est peut-être celle qui s'accorde le mieux avec ce qu'on lit ensuite. — « La longueur, la largeur, la hau-
re DCR Le lee Pa
Et il mesura la ville avec le jonc :
Douze mille stades ;
Sa longueur, sa largeur, sa hauteur sont égales. * Etil mesura son mur;
teur sont égales ».— Embarras des commentateurs : est-ce que la . Jérusalem éternelle serait un eube de douze mille stades de côté? Si l'on raisonne d’après les vraisemblances, on supposera que la troisième dimension, la hauteur, vientici par « un écart d’ima- ‘gination ou une inadvertance de la rédaction »(Renan,451); mais \ on ne doit pas spéculer sur les convenances d'une cité divine __ d’après les exigences de nos villes humaines.Ilest vrai que l’au- & teur aparlé d'abord d’un carré,maisiln’a peut-être pas voulu se répéter pour rien, et il entend signifier que la ville avait douze mille stades dans tous les sens, chacune de ses façades ayant ainsi cent quarante-quatre mille stades carrés, comme on va voir que le mur a cent quarante-quatre coudées en hauteur, et probablement aussi en largeur. Il est vrai encore que le mur, dans ces conditions, aurait plutôt l’air d’un simple degré placé autour du cube de la cité, qui serait bien plus haut ; mais, encore une, fois il ne s’agit ni d'esthétique ni de commodité. L'auteur jongle avec des chiffres et multiplie les douze, non par considération pour les signes du zodiaque avec lesquels la sainteté du nombre douze a dû être originairement en rapport, mais parce que douze est le chiffre de l'Israël mystique. C’est pour cela que tout va par douze dans la Jérusalem éternelle, que chaque côté de la ville a douze mille stades,que la ville a douze portes, que le mur a cent quarante-quatre coudées, et même qu'il y a cent quarante-quatre mille élus. Iln'est pas autrement certain que l’auteur considère comme réalités matérielles toutes ces définitions mathématiques, et ses chiffres sont plus ou moins des figures. Après tout, on lit dans le Talmud (Baba bathra, 95 b ; voir d’autres textes dans CHARLES, 11,164) que la nouvelle Jérusalem aura douze milles stades de hauteur ; ce doit être pour toucher au ciel. Et il n’y a pas à dire que dans l’économie du . nouveau ciel et de la nouvelle terre, la nouvelle Jérusalem ne sera point assez haute pourtoucher à l’un et à l’autre. « Et il en mesura le mur : cent quarante-quatre coudées », —
Cent quarante-quatre coudées, :
En mesure d'homme, | Qui est d'ange.
‘“ Etle soubassement de son mur est de jaspe,
soit environ soixante-dix mètres, ce qui n’est pas trop eu égard aux proportions énormes de la cité, dont chaque dimension . mesure plus de deux mille kilomètres (plus de cinq cents, si le côté n’est que de trois mille stades). La dimension indiquée vise directement la hauteur du mur ; mais si la mesure de la largeur était différente, l'auteur aurait eu soin de le dire. Il a pensé devoir faire une autre remarque, — « Mesure d'homme », —ditil à propos des cent quarante-quatre coudées, — « qui est mesure d'ange ». — La naïveté de la réflexion n’est peut-être pas un motif suffisant pour y voir une glose (avec WELLHAU- SEN, 23). Cela signifie que les anges se servent de la même mesure que les hommes, et que les dimensions indiquées sont à prendre comme elles sont données. Malgré tout le symbolisme qui y entre, l’auteur tient à dire que les mesures indiquées sont réelles et exactes. Mais on ne voit pas bien le rapport de ce mur avec le cube de la ville ; le mur ne peut pas être la façade de la ville, qui est beaucoup plus haute ; si c’est un mur adossé à cette façade, on n'en voit pas la raison d’être et il cachera les fondations de la ville ; s’il enserre la ville à quelque distance, on pourra imaginer qu'il sert de protection, ce qui paraît bien inutile, et il faudra de plus admettre que le mur est plus large encore que la ville, tout en ayant des portes qui correspondent à celles de la ville et dont la description ne parle pas. Tous les éléments de cette description peu cohérente pourraient ne pas venir de la même source. Le mur dont il a été parlé d’abord, et qui a été qualifié « grand et élevé », semblerait être la façade de la ville, avec ses douze portes (xx1, 12), et ne pouvoir pas être identifié au mur relativement très bas, dont il A parlé ensuite. On dirait néanmoins que l’auteur ne pense qu’à un seul mur, dont il donne deux signalements contradictoires.
« Et le soubassement de son mur », —l’assise placée au-dessus des pierres de fondatian, et qui supporte le mur, — «est de jaspe,
Et la ville est d’or pur, , Semblable à cristal pur.
* Les dalles de fondation du mur de la ville Sont ornés de toute pierre précieuse :
La première est jaspe ;
La deuxième, saphir ; La troisième, calcédoine ; La quatrième, émeraude ;
"La cinquième, sardoine ; La sixième, sardion La septième, chrysolithe ; La huitième, béryl ; La neuvième, topaze, La dixième, chrysoprase ; La onzième, hyacinthe, La douzième, améthyste.
et la ville est d’or pur comme pur cristal ».— La ville,qu’on abien l’air de considérer comme un unique et immense bloc, ou plutôt un cadre, est en or translucide. Comme on lisait en Isaïe (Lrv, 11- 12; Cf. Tog. xux, 16-18) que la nouvelle Jérusalem serait fondée sur des saphirs, que ses portes seraient en escarboucle, ‘et son enceinte en pierres précieuses, l’auteur va mettre de ces pierres partout. — « Les fondations du mur de la ville sont ornées de pierres précieuses : la premièreest jaspe, etc. » — Ici la description manque un peu de netteté : on croirait d’abord que l’auteur parlé de joyaux incrustés dans les pierres de construction et les assises de fondation ; mais, dans l’énumération, la pierre précieuse est le tout de la « fondation » (5eu£hux), qui est une seule pierre d’assise correspondani à une section du mur, en sorte qu'il n’y a pas lieu de songer à douze assises en retrait qui supporteraient le mur proprement dit et qui seraient toutes en pierres précieuses. La difficulté soulevée plus haut à propos des douze pierres. de fondation (xx1, 14) revient ici : comment supposer que ces joyaux splendides seront enterrés ? Mais les fondations d'unévilleen or translucidesont-elles à supposer enfouies en terre? Tonte la construction serait-elle à fleur de sol, et y a-t-il un sol? Dans l'énoncé général, l’auteur s'inspire d’'Isaïe ; quand il vient au détail, il pense plutôt à douze pierres distinctes. L’énuméra-
"“ Et les douze portes sont douze perles ; | Chacune des portes est une seule perle, Et la rue de la ville est or pur, Comme cristal transparent.
* Et je n’y vis pas de temple ; Car le Seigneur, Dieu maître de tout, Est son temple, Ainsi que l’Agneau.
tion des pierres précieuses est en rapport avec celle qui se lit dans l'Exode (xxvII, 17-20 ; XXXIX, 10-13), à propos des rangées de pierres qui ornaient le pectoral du grand-prêtre, et subsidiairement avec celle que fait Ezéchiel (xxvur, 13) dans son oracle contre Tyr ; toutefois, l'ordre d'énumération n'est pas celui de l'Exode, et comine les anciens mettaient les douze signes du zodiaque en rapport avec douze pierres précieuses, il se pourrait que notre liste füt en rapport avec celte attribution (cf. Cuarces, IL 167-168 ; Bozr, 40. hésite à se prononcer). — « Et les douze portes sont douze perles ». — A la rigueur, on aurait pu se passer de portes, puisqu'elles ne sont jamais fermées (xx1, 25); mais — « chacune des portes est d’une seule perle ». — Et ces perles-portes sont d'un brillant effet dans la description. Elles ne sont pas ignorées de la tradition rabbinique (Sanh. 100 a ; cité Cuares, IT, 170). — « Et la rue de la ville est d'or pur, transparent comme verre ». — La rue peut s'entendre de tout ce qu'il y a de rues dans la cité; mais il ne faut pas trop chercher à se représenter la rue ou le système de rues d’or qui s'étendent dans celte ville d'or, où il n’est pas dit que se trouvent des habitations distinctes.
« Et je n’y vis pas de temple ; car le Séicious Dieu maître de tout est son temple, ainsi que l’Agneau ». — On ne peut pas se dissimuler que l’Agneau vient en supplément, comme si l’auteur avait trouvé la phrase ou au moins l’idée de Dieu temple, et qu'il eût de son chef ajouté l’Agneau. Plusieurs estiment que l’idée d'une Jérusalem sans temple ne serait point juive ; mais la cité nouvelle n'est-elle pas un temple où Dieu est visible, et comment veut-on qu’on y ail supposé, à l'intérieur, une petite chapelle qui ferait sanctuaire ? Il parait plus que téméraire de lire
“ Et la ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune Pour qu'ils l’éclairent ; Car la gloire de Dieu l'illumine, Et son flambeau est l'Agneau, * Et les nations marcheront à sa lumière ; Les rois de la terre ÿ apporteront leur magnificence;
(avec CHARLES, IL, 19) : « Et l’Agneauestl'arche de son alliance». Ni la mention de l’arche d'alliance dans un précédent passage (x1, 19), ni l’oracle de Jérémie (117, 16) annonçant qu'un temps viendra où l'on se passera volontiers de l'arche, ni les croyances du judaïsme postérieur touchant la conservation miraculeuse de l'arche et sa réapparition dans le règne du Messie ne justifient pareille restitution. L'équilibre rythmique de la phrase ne la demande pas davantage.
« Et la ville n'a pas besoin du soleil ni dela lune pour qu'ils l'éclairent ». — Nous savons que ces astres ont disparu avec l’ancien ciel (xx1, 1) ; mais la présente description semblerait les supposer encore existants,inutiles seulement pour la cité de Dieu Il en résulterait simplement que la présente description ne vient pas de la même source que celle du grand jugement (xx, 11), — « Car la gloire de Dieu l'illumine ». — Tout cela selit, un peu plus au long, dans Isaïe (LX, 19-20) ; mais l’auteur y ajoute de lui-même : — « et son flambeau est l’Agneau ».-— Addition assez bien venue, mais addition sensible, car on aurait pu croire, d’après le commencement de la phrase, que la gloire de Dieu suffisait à l’illumipation de la cité sainte. Comme la chose est dite, on pourrait supposer néanmoins que la gloire de Dieu remplace le soleil, et l'Agneau la lune ; mais la combinaison trahit quelque peu son caractère artificiel.
« Et les nations marcheront à sa lumière », — à la lumière de la ville, la lumière divine dont elle est éclairée, — « et les rois de la terre y apporteront leur magnificence ». — Ce passage est pris librement d'Isaïe (Lx, 3; ef. Ps. Lxx11, 10 ; To. x1n, 11). Le trait ne s'accorde pas avec l’ensemble de la description, et il conviendrait mieux au règne de mille ans, puisqu'il n’y a plus de Gentils ni de rois sur la nouvelle terre. Mais c'est que l’auteur de cette description ne fait pas anéantir la terre et le ciel
* Et ses portes ne se fermeront point de jour , Car il n'y aura pas*là de nuit.
# Et l'on y apportera la magnificence et l'honneur des nations ; * Jln'y entrera rien d’impur, Ni quiconque commet abomination et mensonge, Mais seulement Les inscrits au livre de vie de l'Agneau.
et qu'il fait seulement resplendir la terre sainte pour le règne de Dieu. Il paraît assez clair, d'autre part, que la cité bienheureuse n’a plus à craindre aucun ennemi ; on ne voit pas très bien comment Gog et Magog pourraient investir l'immense cube de gloire où Dieu rayonne. Et si l’on veut que le cube remonte provisoirement au ciel après lerègne de mille ans (hypothèsede CHARLES, supra. cit.), Gog et Magog n’auront plus rien à assiéger. — « Et ses portes ne se fermeront pas de jour, parce qu'il n’y aura pas là de nuit ». — Retouche maladroite de la même assertion dans Isaïe (Lx, 11): « Ni de jour ni de nuit (ses portes) ne seront fermées ». L'auteur chrétien paraît avoir voulu dire que, n’y ayant pas de nuit, mais un jour interminable, il n'y aura pas lieu de fermer les portes le soir (cf. Zaca. x1v, 9). Mais la source reproduisait probablement l'indication d'Isaïe, parce que, dans l'économie originale de la description, il y avait encore jour et nuit en dehors de la cité sainte. — « Et on y apportera la magnificence et l’honneur », — le tribut honorifique, — « des nations ». — Encore un trait d’Isaïe (Lx, 5). C'est le cas de répéter ; d’où viendront ces nations, puisqu'il n’y en a plus ? L’auteur n’a pas fait attention que ce trait etle suivant n'étaient plus de mise après sa description du jugement dernier. — « Il n'y entrerarien d’impur »,— aucun être impur, aucun homme souillé comme l’a dit Isaïe (rx, 1; cf. xxxv, 8). Evidemment, rien d’impur ne pourrait subsister sur une terre entièrement renouvelée, où il n'y aurait plus que les élus de Dieu. L'auteur n’en continue pas moins : — « Ni quiconque fait abomination et mensonge »,-— parce qu'il n’est pas fâché, pour son propre compte, d’exclure encore une fois de l’immortalité bienheureuse idolâtres et nicolaïtes. Toutce monde-là est présentement dans l'étang de feu (xx1, 8), et n’en reviendra pas, puisque l'étang de feu, c’est la mort éternelle. Ont seuls accès dans la cité de Dieu —« ceux qui
xx Et il me montra un fleuve d'eau de vie, -Brilant comme cristal, Qui sortait du trône de Dieu et de l’Agneau, * Au milieu de sa rue.
Et de chaque côté du fleuve, Arbre de vie portant douze fruits,
sont écrits au livre de la vie de l’Agneau ». — Nous le savons déjà. Même la locution étrange: «le livre dela vie de l'Agneau», où l’Agneau vient si visiblement en surcharge, s’est déjà rencontrée (x, 8): Si artificielle qu'elle soit, la formule est devenue familière à l’auteur, et la mention de l’Agneau dans notre passage n'est pas nécessairement une interpolation rédactionnelle. C’est plutôt toute la finale : « sauf les inscrits au livre de vie de l’Agneau », qui est de l’auteur chrétien.
« Et il me montra ». — C'est toujours l’ange qui montre ; mais les longueurs de la description précédente l'avaient fait un peu oublier. — « Un fleuve d’eau de vie brillant comme cristal ». — Ce fleuve d’eau de vie dans la cité nouvelle y serait-il par dédoublement ou transposition de la Voie lactée (Bozz, 40), il est permis d’en douter ; il vient en droite ligne d'Ezéchiel (xLvir, 1-2 ; cf. Zac. x1v, 8), et il rappelle d’autant plus naturellement le fleuve d'Eden, que nous allons voir apparaître aussitôt l’arbre de vie. Des sources ou de la source d’eau de la vie, dont les élus auront faculté de boire, l’auteur nous a déjà parlé (vn, 17 ; xxi, 6), et il nous en parlera encore (xxr1, 19). Ce fleuve si limpide — « sort du trône de Dieu et de l’Agneau ». — Ici et plus bas (xxn, 3), l’'Agneau vient en supplément ou en surcharge dans les mêmes conditions que précédemment. Au point de vue rythmique, les mots: «et de l'Agneau », alourdissent fâcheusement le membre de phrase : « sortant du trône de Dieu ». Mais nous savons depuis longtemps que l’Agneau partage le trône divin (x, 6 ; x11, 5). Peutêtre faut-il lire (avec J. Weiss-HEITMUELLER, 304, CHARLES, II, 176) + « sortant du trône de Dieu, au milieu de sa rue ». Entendons : la rue de la ville.
On litcommunément : « Au milieu de sa rue et du fleuve, de part et d'autre, arbre de vie ». — Phrase difficile à découper
Pour chaque mois donnant son fruit, ,» < « : ?
rythmiquement ; et non moins difficile est-il de se figurer la place de l’arbre ou des arbres de vie à l’égard de la rue et du
fleuve. Ce qui est certain, et ce dont, à ce qu’il semble, il con
vient de partir pour expliquer cette assertion confusé, est que l’auteur a utilisé ici le fleuve qu'Ezéchiel (xLvit, 12) représente comme garni, sur ses deux rives, d'arbres qui portent incessamment des feuilles et des fruits. Aussi bien, dans notre passage, c'est de chaque côté du fleuve de vie que sont plantés les arbres de vie, el l’on n’imagine guère qu'ils puissent être plantés en bordure dela route d'or translucide, puisque ces arbres nesont point en métal. Grammaticalement, le texte (à uéow rñç Thavelag .aùrñe xal ro morauoÿ évreülley xot éxeiley EUloy Cwñs) se peut construire : «au milieu de la rue et de chaque côté du fleuve », ou bien : « entre la rue et le fleuve, de chaque côté » ; mais la seconde combinaison est purement inintelligible, vu qu'une seule rangée d'arbres entre la rue et le fleuve ne peut pas être dite située de chaque côté de l’un ou de l’autre, ni de l’un ni de l'autre, ou bien que, si la rue et le fleuve sont parallèles, une double rangée d’arbres qui encadrera l’un n'encadrera pas l’autre. L’inconvénient de la première combinaison est qu'on ne voit pas d'abord comment les arbres peuvent être au milieu de la rue et de chaque côté du fleuve ; mais, comme les arbres ne ‘sont pas sur la chaussée d’or et que « la rue » ne représente peut-être pas une voie unique, il est permis, — à moins qu'on ne préfère admettre que l’auteur n’a pas su ce qu'il disait, — de supposer que le fleuve coule entre deux rangées d’arbres, et que la rue s’allonge aussi de part et d’autre du fleuve. Seulement, si l’on adopte ce sens, il est préférable, tant pour la clarté que pour le rythme, de rattacher les mots : « dans le milieu de la rue », à ce qui précède, et de lire ensuite : « Et de ci et de là du fleuve, arbre de vie», — « portant douze fruits », — différents, c’està-dire, — « donnant chaque mois son fruit », — un fruit spécial au mois. C'est ce que paraît vouloir dire Ezéchiel (xzvm, 12; dans l'hébreu). L'idée de ce fruit mensuel a quelque chance d’être originairement en rapport avec l'astrologie zodiacale (Bozr, 49). Dès la première lettre (xx, 7) l’auteur nous a parlé de
Et les feuilles de l'arbre sont pour guérison des Gentils. * Plus rien ne sera désormais anathème.
l'arbre de vie, qui tient une grande place dans la littérature apocalyptique (cf. Hénoc, xxv, 4-6 ; IV Espr. vu, 52), tout en gardant son rapport avec la légende de la Genèse (11, 9-10), où déjà il voisine plus ou moins avec le fleuve. — « Et les feuilles de l'arbre sont pour guérison des Gentils ». — Toujours même anachronisme, puisqué, si tous les élus sont israélites selon l'esprit et dans la gloire, il ne subsiste pas un seul païen qui ait encore besoin d'une guérison quelconque. Ezéchiel (Loc. cit., dans l’hébreu) dit bien que « les feuilles seront pour guérison », el il n’ajoute rien, parce que, dans sa Jérusalem idéale, on pourra avoir encore besoin de médicaments. L'auteur de notre description, qui a voulu retenir ce trait el qui ne pouvait l'appliquer aux élus, s’est rejeté sur les païens ; et l’auteur chrétien n’a pas songé qu'il ne les avait plus à sa disposition. La confusion qu'il s’obstine à faire ainsi entre le règne éternel et le règne de mille ans ne laisse pas d’être assez significative. Rappelons-nous qu'elle s'est rencontrée en plusieurs endroits du livre, avant la description spéciale du règne de mille ans, l’auteur ayant sans doute utilisé aussi bien dans ces chapitres une source ou des sources qui ne faisaient pas la distinction des deux règnes.
Ainsi que l'avait prédit Zacharie (x1v, 11) — « aucun anathème ne subsiste ». — Membre de phrase isolé, dont le sens est malaisé à déterminer, parce que, probablement, il a été coupé de son contexte primitif. On peut croire que la description se continuait en des termes qui décidément juraient par trop avec l’économie de la Jérusalem éternelle ; ce qui suit s’y rapporte et vient de l’auteur chrétien. Changer de place cette ligne pour l'insérer dans un contexte plus approprié (comme fait CHARLES, IT, 209, qui la transporte, avec la suite de xxn, 3 et 4-5, entre xx1, 4 et 5) est un coup de désespoir, car l'infortuné membre de pbrase ne trouve point de parallèle explicatif. Le mot « anathème » (xaxäleux) parait signifier ici « chose maudite », et il peut s'entendre par rapport aux interdits alimentaires. Rien, dans la Jérusalem nouvelle, ne se rencontre qui puisse fournir
A. Lorsy. — L'Aporalypse de Jean. 20
Et le trône de Dieu et de l’Agneau y sera, Et ses serviteurs lui feront service ; 4 Ils verront sa face, Et son nom sera sur leurs fronts.
5 Il n’y aura plus de nuit, Et ils n'auront besoin ni de lumière de flambeau ni de lumière de Parce que Seigneur Dieu luira sur eux, | [soleil, Et ils régneront aux siècles des siècles.
matière à interdiction : pas d'autre boisson que l’eau de la vie, pas d’autre aliment que les fruits de l'arbre de vie; mais le texte de Zacharie paraît concerner l’anathème contre les personnes (cf. Is. xLrri, 28).
« Et le trône de Dieu et de l’Agneau », — puisqu'il n’y en a qu’un pour les deux, — «sera en elle ». — Iciencore «l'Agneau » pourrait avoir été introduit par le rédacteur, quoique le rapport des pronoms à Dieu seul dans la suite du discours ne soit pas un argument décisif en faveur de cette hypothèse (cf. m1, 21). — « Etses serviteurs », — les serviteurs de Dieu, — « lui feront service ». — Cette façon de parler met l’Agneau comme en suspens dans la phrase, mais l’auteur trouve encore tout naturel que l’on serve Dieu et non l’Agneau. — « Etils verront sa face », — comme l'ont annoncé les Psaumes (xvit, 15; xLI1, 3). — « Et son nom sera sur leurs fronts ». — On nous l’a déja dit (tu, 12 ; VI, 9-4; XIV, 1).— « Et il n’y aura plus de nuit ». — Nous le savons déjà (xx1, 25). — « Et ils n'auront pas besoin de lumière de flambeau, ni de lumière du soleil ». — On oublie ici la lune, comme on va oublier que le Christ est flambeau (xx1, 23) : ou bien l’auteur n’a pas pensé à l’Agneau, ou bien, ce qui “est plus probable, il a cru avoir parlé assez clairement du rôle de l'Agneau pour que la répétition ne fût point indispensable ; elle l'était d'autant moins que ce passage est, dans son ensemble, une répétition (de xx1, 25), — « Parce quele Seigneur Dieu luira sur eux ». — Plus haut c'était sa « gloire » qui éclairait la nouvelle Jérusalem. — « Et ils régneront aux siècles des siècles », — ainsi qu'il est écrit en Daniel (vrr, 18, 25). Pour les chrétiens élus, ces siècles indéfinis s'ajoutent au règne de mille ans (xx, 6). Sur cette promesse s'achève le rêve brillant de la Jérusalem
* Et il me dit :
éternelle, qui n’est que l’ancien monde métamorphosé et adapté au règne des élus avec Dieu et l’Agneau.