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10. La tête du Christ du tympan est exécutée avec plus de soin et offre un

sinés selon cette formule conventionnelle ont une forte qualité linéaire. Ils substituent au poids du volume et à la délicatesse du modelé une sorte de mise en place simple et puissante (PI. XI, A).

Ce style est uniforme pour toutes les figures du porche, sans distinction de sexe ni d'âge. Il y a pourtant quelques nuances. Les visages féminins, ceux des anges et des adolescents ont une forme presque ronde, tandis que ceux des hommes mûrs, barbus, sont sensiblement rectangulaires avec un menton massif. Cette graphie de la tête, que nous avons étudiée dans les peintures du porche, où nous observons d’ailleurs une formule d’atelier bien établie, se retrouve, exactement la même dans les peintures de la tribune et dans une partie des peintures de la nef. Dans la tribune, l'exécution des têtes est excellente, elle s'affirme par un dessin nerveux, avec une ampleur de grand style (PI. XI, B).

Nous trouvons un peu partout des exemples assez bien conservés de mains et de pieds qui nous permettent d’analyser leur style, particulièrement dans les anges et les apôtres du doubleau. Ils sont, comme les têtes des différents personnages, dessinés partout de la même manière d’après certaines formules. Sur le ton de chair, le contour est tracé en traits brun foncé ; ensuite le modelé est donné par des tons d'ombre en brun foncé et des tons de lumière en blanc. Le dessin des mains montre deux types principaux, la main ouverte laissant voir la paume et la main vue de dos. Dans les deux cas, ce sont des traits blancs de lumière qui caractérisent surtout leur dessin. Sur la main ouverte, nous remarquons d’abord, sur la paume, une série de traits brefs, en blanc, qui se terminent au départ du doigt par un long trait de la même couleur, traversant d’un bout à l’autre la paume; une

des meilleurs exemples de dessin de visage. L’œil droit conserve encore sa prunelle brun foncé.

Dans la peinture romane, il arrive souvent que les prunelles ne sont pas placées juste au milieu. Sur les visages tournés de trois quarts, elles sont mises à droile ou à gauche, légèrement plus qu'il n’est nécessaire. Pour les visages vus exactement de face, elles se placent assez en haut, laissant du blanc au-dessous, ce qui confère une plus grande intensité au regard. Nous observons cette particularité surtout à Vicq et dans le Sacramentaire de Limoges (Bibl. nat., latin, 9438).

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Porche de Saint-Savin

tache blanche, limitée par un trait brun foncé, marquant la saillie du pouce; les articulations de chaque doigt sont soulignées par des petits traits blancs. Sur la main du second type, nous observons une tache blanche le long du dos, qu’une tache d'ombre traverse d’un bout à l’autre au niveau du départ des doigts. Cette tache brune se prolonge parfois vers le poignet, doublant la tache blanche et prenant la forme d’un triangle effilé. Les ongles sont indiqués par des petits points blancs (PI. XI, A).

Le dessin des pieds présente également deux modèles : l’un vu de côté, l’autre vu de face. Une longue tache blanche traverse le pied vu de côté, de haut en bas, et se termine du côté du petit doigt; de chaque côté de cette tache blanche, un ton d’ombre est passé sur la chair, pour mieux donner l'impression du modelé, et des petites taches blanches marquent en avant les orteils et en arrière le saillie du talon. Sur le pied vu de face, nous voyons également une large et longue tache blanche traverser le pied de haut en bas, se terminant au pouce ; de part et d’autre, cette teinte blanche est doublée de taches d'ombre; enfin, tout comme nous l’avons vu sur le dos de la main, une tache d’ombre en triangle monte souvent du départ des orteils jusqu’à la cheville. La saillie du talon et les orteils avec les ongles sont indiqués par des petites taches blanches.

Comme pour les visages, ces formules sont constantes. C’est encore la même graphie que nous rencontrons dans les figures de la tribune. Ici le dessin est plus nerveux; dans le porche, les mains et les pieds ont un aspect plus potelé et révèlent une certaine sensibilité chez l'artiste, peut-être même celle qui est propre à un art tardif.

Le dessin de la draperie présente plusieurs variétés. En général, sur le ton local du vêtement, l’artiste en précise les grandes lignes par des traits brun foncé. Les plis sont donnés tantôt par de nombreux traits blancs, tantôt par des traits bruns ou du ton local en plus foncé. Le dessin de la draperie tend, avant tout, à mettre en relief les formes anatomiques du corps humain, notamment celles du personnage à ventre en amande. Les différen-

ces de traitement nous amènent à distinguer deux types principaux : 1° la draperie composée de simples traits foncés, peu nombreux, mais fortement accusés; 2° celle qui retombe en plis fins et blancs. La première se remarque sur quelques personnages renversés sous les pattes des sauterelles et sur les deux personnages princiers de la scène de la Jérusalem nouvelle. Un trait foncé dessine le ventre en amande; au-dessus, deux ou trois autres lignes courbes, décrivant des arcs, accentuent la rondeur du buste; entre les cuisses fortement accusées, deux ou trois plis en V complètent le dessin de la draperie; les plis en sont tantôt doubles, tantôt accompagnés de lignes plus fines en brun foncé ou en blanc. Ce premier type de draperie apparaît fréquemment dans les peintures de la nef et dans celles de la crypte. Dans la nef, le dessin est plus simple, le peintre n’y ajoutant pas les plis parallèles. Pour garnir les espaces laissés entre les plis, il y installe des motifs composés de trois points blancs. Cette draperie à plis doubles, avec motifs de trois points, se retrouve dans quantité de manuscrits au X° et au XI° siècle (PI. XII, B, C. E. F). Or, le motif à trois points apparaît dans les peintures du porche, non sur les personnages cités plus haut, mais sur quelques anges du doubleau. Les peintures de la tribune ne comportent pas le premier type. Par contre, le second type y est exclusivement employé.

Celui-ci est exécuté avec plus de finesse que l’autre. Il consiste, nous l'avons dit, en un système de nombreux plis fins et blancs qui remplissent la surface du vêtement, dont les grandes lignes sont indiquées par des traits brun foncé. Cette draperie, d’un dessin compliqué à première vue, comporte deux éléments. Nous trouvons l’un sur les apôtres assis du doubleau, l’archange saint Michel et son compagnon de la scène du Combat : ce sont des séries de plis fins et blancs en V ou en U, semblables À ceux d'une étoffe légère qui pend; ce dessin s'inspire directement de la draperie antique. Le second genre de plis apparaît sur l’ange libérateur de la scène des anges de l'Euphrate, sur les anges du doubleau et sur certains personnages du tympan : il est composé d'une série de motifs d’une forme toute particulière : « plis en

botte de joncs !! » ou « motifs en fougère *? ». L'artiste emploie des plis en V ou en U du premier genre sur la poitrine, entre les jambes, là où l’étoffe est très plissée, tandis qu'aux endroits où le vêtement forme peu de plis, par exemple sur les hanches, la partie inférieure du corps, parfois les bras, il dispose ces « motifs en fougère » comme motifs de lumière (PI. V).

Pour bien comprendre ce traitement, il nous faut examiner les peintures de la tribune. Bien qu'elles soient extrêmement dégradées, elles nous montrent encore un beau dessin de la draperie par exemple dans les scènes des apparitions du Christ à sainte Madeleine et aux pèlerins d'Emmaüs, celle du martyre de saint Denis, celle des Saintes Femmes au tombeau et surtout dans la grande Descente de Croix du tympan. Ce dessin est surtout caractérisé par des « motifs en fougère » appliqués sur les parties du vêtement qui couvrent les cuisses, les jambes et parfois les bras; ils sont composés en réalité d’une série de rectangles, ou de triangles, ou, le plus souvent, de demi-cercles; chacun de ces éléments géométriques est doublé de deux ou plusieurs traits fins et souligné en bas et en haut par un ou deux traits transversaux. Pour la commodité de notre exposé; nous désignerons cette draperie par le nom de « draperie de Saint-Savin », car elle est extrêmement développée dans les peintures de la tribune, et elle se rencontre fréquemment dans d’autres parties du monument. Quant aux trois types de motifs particuliers de cette draperie, composés soit de rectangles, soit de triangles, soit de demi-cercles, nous les numéroterons, respectivement, motifs en fougère 1, 2, 3, et leurs variantes, 1 bis, 2 bis, 3 bis !*. Par exemple, le bas de la tunique du personnage derrière saint Denis montre le type 1 le pius simple, tandis qu’un des disciples d'Emmaüs porte un manteau avec des plis du type r bis, les rectangles étant légèrement inclinés. Sainte Madeleine, à qui le Christ apparaît, ainsi qu'une des

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