‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 19 sur 73 · bid., pl · texte numérisé non relu

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Parmi les accessoires, nous retrouvons surtout la montagne en cônes superposés, par exemple dans la Présentation de l’offrande par Noé *°.

Le fond est également composé de deux zones : en haut, un vaste champ, blanc ou vert vif, en occupe les trois quarts; en bas, la terre est en jaune et brun ou vert, avec des rayures blanches et brun foncé. Mais ce qui nous frappe surtout, c’est la bande d’arcs à fleurettes qui court au-dessous des scènes des zones inférieures, tout le long de la nef. Ce motif, que nous avons analysé en parlant des peintures de la tribune, n’est pas commun; nous ne l’avons rencontré sur aucune autre peinture murale en France.

Il nous semble évident qu’il existe un fond commun démontrant une parenté d'origine entre le maître de la tribune et les différents maîtres de la nef. Ceux-ci auraient-ils puisé une partie des éléments de leurs peintures dans l’art du maître de la tribune ?

L'examen des fresques des trois premières travées à partir de l’entrée paraît justifier cette hypothèse ?!. Les scènes du côté sud racontent l’histoire de la Création du monde et celle d'Adam et d’Eve. Leur style est sensiblement différent, comme nous le verrons, du style des scènes des zones supérieures et de celui des zones inférieures des autres travées, c’est-à-dire de la quatrième jusqu'à la neuvième travée. L'ordre des scènes de ces trois premières, au moins en ce qui concerne l’histoire de la Création du monde et l’histoire d’Adam et d’Eve, n’est pas le même que celui des autres peintures de la nef

La seconde travée nous montre, du côté nord, dans le registre supérieur, la Création des végétaux et la Création des astres, et, dans le registre inférieur, la Création de la femme, Dieu présentant Eve à Adam, Eve conversant avec le Serpent ??. La figure de Dieu plaçant le soleil et la lune dans le ciel mérite une attention

20, Ibid, pl. 18. k

21. Ibid., p. 26, pl. 8. Voir aussi Mlle Maillard, ibid., pp. 57-67.

22. Dans la première travée, la peinture a entièrement disparu. Sur le côté sud de la seconde et de la troisième, nous avons la suite de l’histoire d’A-

braham dans le style du second maître.

particulière. Son geste noble, sa tête finement dessinée rappellent les personnages de la tribune. La draperie légère aux fins plis blancs s'apparente à leur draperie. Les figures du soleil et de la lune sont également du type de la tribune, qui nous montre également, dans le médaillon contenant la main de Dieu et soutenu par deux anges, au-dessus de l’arcade, des étoiles exactement semblables à celles qui sont peintes ici, dans le demi-cercle du ciel, à côté du soleil et de la lune, avec leur huit branches longues, barrées transversalement, à leur extrémité, de deux ou trois traits courts dans le médaillon. Dans le registre inférieur, à gauche, l’image du Seigneur et sa draperie à plis fins sont bien exécutées dans le stvle de la tribune *. L’impression de ressemblance est rendue plus forte encore par la tonalité très sobre de cette peinture; l’artiste n’y emploie guère, outre le blanc, que le jaune et le brun-rouge.

Le style noble et fin de la figure du Seigneur, qui n’est pas cernée de lignes dures, la tonalité sourde de cette scène la distinguent nettement du reste des peintures de la nef et la rapprochent de celles de la tribune. Et, comme dans certaines scènes de la tribune, au-dessous du registre inférieur, nous retrouvons une bande d’arcs à fleurettes.

Ce sont là, non des signes fortuits d'identité, mais la preuve incontestable de relations étroites entre deux artistes. Nous désignerons l’auteur de cette partie de la décoration par le nom de premier maître de la nef. Son style se distingue aussi nettement des autres peintres qui ont travaillé à la voûte qu’il se rapproche, comme nous avons essayé de le montrer, de la manière et des procédés du maître de la tribune. S’il ne s’agit pas du même artiste, l’un, le peintre de la nef, peut être considéré comme le successeur ou comme l'élève de l’autre ?{.

23. Nous ne parlons pas de l’autre partie de cette scène, fortement retouchée À une époque avancée du moyen âge. Les têtes d'Adam et d’Eve, ainsi que celle du Seigneur qui se trouve entre eux, sont traitées avec une maladresse manifeste. Le peintre qui a exécuté la scène de la création du monde n'aurait jamais garni d’une barbe la figure d’Eve.

2h. Pourtant le dessin du premier maître de la nef est moins précis que celui du maître de la tribune. Par exemple, les mains et les pieds sont d’une

Cependant la décoration de la nef nous impressionne surtout par des fresques situées sous le berceau continu de la quatrième à la neuvième travée. Ces fresques nous paraissent sensiblement différentes de celles des trois premières travées que nous venons d'examiner. Nous y voyons nettement deux manières distinctes : le style des zones supérieures et le style des zones inférieures. Nous sommes fondés à supposer deux artistes différents, que nous désignerons, respectivement, comme le second et le troisième maître de la nef*ÿ.

Nous attribuons à la main du second maître une série de compositions qui commence du côté nord par la scène des « premiers hommes au travail » (presque entièrement détruite) et qui finit du côté sud par l’histoire d'Abraham *. Au nord, l’arche de Noé, la famille de Noé reçue par le Seigneur ; au sud, l'ivresse de Noé, Cham maudit, la Tour de Babel, l’apparition de Dieu à Abraham et la séparation d'Abraham et de Lot sont les scènes qui nous font comprendre le mieux la manière du second maître de la nef. C’est avant tout un art de puissant dessinateur. Des lignes très accusées, inconnues jusqu'ici, tant à la tribune que dans la Création et l’histoire d'Adam et d’Ève, cernent les figures, auxquelles elles donnent un aspect énergique et souvent sauvage. L'emploi constant des verts olive, des jaunes et des bruns-rouges vifs détermine une tonalité vigoureuse qui s’oppose à la sobriété subtile du maître de la tribune.

C’est ici que nous sentons le plus vivement la différence de style entre les deux artistes. Le dessin du visage, du corps, de la draperie, dans les scènes des registres supérieurs, montrent des éléments que le peintre de la tribune ne connaissait pas. Leur

exécution un peu molle et sommaire, si on les compare à ceux de la tribune. La tête du Seigneur est un peu stylisée et sans cette expression profonde que nous rencontrons souvent dans les peintures de la tribune. Enfin, le motif de la bande d’arcs à fleurettes de la nef est légèrement différent de celui de la tribune : chaque fleurette est séparée de sa voisine par un rang de petits trait blancs; par ailleurs, l'exécution est moins soignée.

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