Ibid., pl
ho. Ibid., p. 25.
représentation des personnages et des accessoires, à la composition des fonds et de l’ornement. L'ensemble est dominé par les graphies du second maître qui a su y faire intervenir certains éléments de la tribune avec une force très expressive. Mais les caractères propres à chacun de ces artistes ne valent pas seulement en eux-mêmes; ils ne servent pas seulement à les distinguer. Îls permettent aussi d'établir entre eux certains rapports dans le temps et d’esquisser l’ordre selon lequel se sont succédé leurs travaux respectifs.
L'art du premier maître rappelle de très près celui du maître de la tribune, dont il peut être considéré comme le successeur direct. Les fresques de la tribune sont antérieures à toutes celles de la nef. Elles sont sans doute les plus anciennes de Saint-Savin.
L'art du troisième maître est à comparer à celui du maître du porche par son caractère éclectique, par la manière dont il combine des éléments empruntés à l’art de la tribune et à celui des zones supérieures de la nef. C’est surtout par le dessin des figures, par le sens de la couleur, par le souci de la composition et de la mise en scène décoratives qu'il se rapproche du maître du porche, mais avec une différence très sensible : l’art du troisième maître conserve une grandeur monumentale, il n’a rien de cette vivacité alerte, de ce style de figurines qui caractérisent les peintures du porche. La décoration de Saint-Savin nous offre d’autres points de comparaison avec celles-ci. Dans la chapelle axiale subsistent quelques restes de peintures, d’ailleurs fort retouchées plus tard, qui représentaient des épisodes de la vie de la Vierge. Quelques têtes des anges ont un dessin très proche de celui des têtes des anges du porche. Mais ces peintures sont manifestement postérieures à l’œuvre du troisième maître de la nef. Il y a là un sérieux indice qui nous permet de placer également les fresques du porche à une période postérieure à celle de l’activité du troisième maître. 4
Telle est, à notre sens, la succession des travaux dans lestrois parties de l’église. Les différences qui les séparent ne nous dissimulent pourtant pas qu'elles ont en commun un certain nombre de formules élémentaires. L'art du maître de la tribune est ho-
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DATE DES PEINTURES DE SAINT-SAVIN ph
mogène; il dispose d’une seule formule pour les personnages et la draperie. Le maître du porche la reprend, non seulement pour les graphies du visage, du corps et de la draperie, mais aussi pour la décoration ornementale et pour le fond; cependant il dispose d’une autre formule pour le dessin de la figure humaine et surtout pour la draperie; de plus, il montre un sens de la couleur que le maître de la tribune ne possède pas. Sur ces deux points, il rejoint les maîtres de la nef, notamment le troisième. Le premier maître de la nef est un fidèle continuateur de l’art de la tribune. Le second maître fait intervenir un dessin d’une vigueur étrange, dont nous retrouvons l’accent dans différents manuscrits du XI° siècle; la graphie des personnages et de la draperie est toute différente de celle de la tribune. De cette dernière, il ne se sépare pourtant pas d’une façon radicale, il en emploie également les procédés, notamment dans certains plis, dans certains gestes, dans la figuration du sol strié de rayures, dans la bande d’arcs à fleurettes. C’est sans doute chez le troisième maître que nous voyons se fondre complètement les deux styles, mais avec un sens nouveau de la couleur, avec une sensibilité plus affinée, et nous avons en lui un type parfait, achevé, de peintre roman.
Il nous reste à examiner la question des dates de ces peintures. Nous ne possédons aucun renseignement qui permette de savoir à quel moment précis elles furent exécutées. Nous n'avons même aucun document historique, aucune inscription qui aide à préciser l’époque à laquelle fut construite l’église actuelle. Cependant les dates proposées par Mile Maillard pour les diverses campagnes nous semblent justifiées; elles peuvent servir de base pour résoudre le problème chronologique de la décoration peinte.
Les six travées de la nef couvertes d’une voûte en berceau continu datent vraisemblablement du début du XIT° siècle; les pein-
g2 L'APOCALYPSE DE SAINT-SAVIN
tures de ces travées, celles du second et du troisième maîtres de la nef, sont donc postérieures à cette époque.
D'autre part, certains auteurs sont d’accord sur ce point qu'une partie des peintures de Saint-Savin remonterait à la fin du XI° siècle où au début du XI° siècle. Cette supposition, généralement admise, semble confirmée par la comparaison de ces fresques avec d’autres peintures murales de la région “, et avec certains manuscrits romans. La tradition carolingienne est encore très puissante dans les fresques de la tribune; alors que n’y apparaissent pas les procédés de composition ornementale et le sens de la couleur qui existent chez le troisième maître de la nef et qui, sous l'influence des émaux et des vitraux, se développeront pleinement dans la seconde moitié du XIT° siècle.
Nous pouvons placer le commencement du travail de la décoration peinte peu après l’achèvement de la nouvelle partie de la nef, c’est-à-dire vers le début du XII° siècle. Les peintures de la tribune dateraient de cette époque au plus tard; et vraisemblablement les scènes de la Genèse des trois premières travées de la nef lui ont immédiatement succédé. Après quoi, il y aurait eu une légère interruption, marquée par le changement dans l’ordre des scènes et dans le style. Ensuite la seconde partie de la nef a suc-
h1. Pour Mérimée, les fresques de la nef, de la crypte, du vestibule (porche) et de la tribune dateraient de 1050 à 1150 au plus tard (voir Mérimée : Notices, p. 58).
Pour Gélis-Didot et Laffillée, les peintures de la nef, du porche et de la tribune seraient de la seconde moitié du XIe siècle ou de la fin du même siècle. Seule, la décoration de la crypte est un peu postérieure et date du XIIe siècle.
M. Mâle place l’exécution de la plupart des fresques au début du XII siècle (voir Histoire de l’Art d'André Michel, tome I, 2 partie, p. 758).
Pour Lasteyrie, elles sont plus tardives et notamment les peintures du porche seraient d’une période avancée du XII siècle (voir Lasteyrie : L'Architecture. religieuse en France à l’époque romane, Paris, 1929, p. 550).
Pour Mie Maillard, les peintures du porche datent de la première moitié du XII siècle, celles de la nef et de la crypte du milieu ou de la seconde moitié du XIIe siècle, el celles de la tribune, qui viennent à la fin de la sérié, dateraient de la seconde moitié du même siècle.
Pour M. Focillon, les plus anciennes des fresques remontent aux dernières années du XI siècle et la plupart datent du XIE, les peintures du porche sont visiblement postérieures à celles de la tribune et celles de la crypte sont les plus tardives parmi les quatre groupes de Saint-Savin.
ha. Par exemple les fresques anciennes du baptistère Saint-Jean de Poitiers Voir Focillon : Peintures, p. 36, fig. 6, 13, pl. 4o-4.
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DATE DES PEINTURES DA SAINT-SAVIN ve)
cessivement reçu les peintures du second maître et celles du troisième; elles se placeraient vers le milieu du XII° siècle. C’est après cette date, dans la seconde moitié du siècle, que les fres ques du porche auraient été exécutées. Telles sont les dates que nous proposons d’assigner aux peintures des trois parties de l’église “.
43. Il y a une autre hypothèse : on peut faire remonter les peintures de la tribune et celles des trois premières travées de la nef peu après l’achèvement de la construction de cette partie, vers 1075-1100; celles du second et du troisième maîtres de la nef, peu après la construction de la seconde partie de la nef, vers 1100-1125. Les peintures du porche dateraient approximativement de la seconde moitié du XIX siècle.