‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 32 sur 73 · Neuss, op. cit., p · texte numérisé non relu

Neuss, op. cit., p

Valenciennes. L'esprit narratif du manuscrit de Cambrai s’oppose à l'esprit symbolique de celui de Paris (Nouv. acq. lat., 1132) : c’est cette même opposition que nous offrent les deux courants de l’art chrétien primitif. La tentative d'illustrer l’Apocalypse « en suivant le texte » est en elle-même diamétralement opposée à la représentation de visions isolées. La première tendance vers le « narratif » apparaît dans les enluminures de Paris et de Valenciennes et se précise dans celles de Cambrai et de Trèves, exemples plus évolués d’Apocalypse illustrée. On pense généralement que ces manuscrits ont été exécutés dans le territoire compris entre la Loire et le Rhin, le manuscrit de Cambrai serait vraisemblablement un produit de l’école de Tours et celui de Trèves une copie de ce dernier, ou d’un modèle semblable, exécuté en pays rhénan.

Où faut-il chercher les sources de ces manuscrits du IX° et du X° siècle ? L'Italie, l'Espagne, les Iles britanniques ont été citées par différents auteurs *. Ces régions comptent parmi les principaux foyers artistiques d'Occident dans le haut moyen âge. Différents thèmes venus de là ont passé dans l’Empire carolingien. D'autre part, les premières Apocalypses illustrées montrent des liens certains avec l’art chrétien primitif; or, l'Italie était le centre par excellence de cet art et les représentations des visions apocalyptiques y abondent. Enfin l'Espagne a pu, elle aussi, être considérée comme un de ces points de départ; le Pentateuque de Saint-Gatien de Tours en témoigne. La Bible catalane de Roda, exécutée au X° ou au XI° siècle!°, et qui appartient, comme nous l'avons vu, avec les quatre manuscrits cités, au groupe archaïque, représentent bien cette tradition hispanique. Les scènes apocalyptiques ou bibliques y sont traitées selon les habitu-

9. Pour les Iles Britanniques ou la région alemanique, voir H. Omont, op. cit., p. 2; pour l'Italie, voir Neuss, op. cil., pp. 247 et suiv.; pour l'Espagne, voir Pijoan : Les Miniatures de l’Octateuch a les Biblies romaniques catalanes, dans l’Anuari, MCMXI-XII, p. 507, de l’Institut d’Estudis Catalans.

10. « Une des manifestations les plus caractéristiques de l’activité des moines espagnols de la première période du moyen âge. » P. Lauer : Les enluminures romanes des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1927, p. 23.

des du premier art chrétien. L'Espagne entretenait, par ailleurs, des relations constantes avec l'Orient; le contact avec le monde oriental devint direct après l’installation des Arabes dans la Péninsule. Déjà sensible dans le manuscrit de Paris, l’influence orientale devient prépondérante dans les commentaires de Beatus. On peut donc se demander s’il n’existe pas des liens plus ou moins nets entre le groupe archaïque et celui des Beatus.

Ce groupe des Beatus !!, dans lequel on peut discerner du reste des courants divers, demande à être étudié à part : il est constitué, en effet, par des manuscrits illustrés qui donnent, non pas le texte même de saint Jean, mais le fameux commentaire de Beatus, composé dans la seconde moitié du VIII siècle. Ce livre eut alors une vogue extraordinaire dont témoignent tous les manuscrits abondamment illustrés, datant du X° au XIII° siècle. Il semble que, pour la première fois, l’Apocalypse trouve son illustration définitive avec le Beatus de Morgan, le plus ancien de ce groupe. Autour de lui se forme un groupe homogène comprenant plusieurs manuscrits du X° et du XI° siècle !?, que rapprochent l’analogie frappante des thèmes iconographiques et ce style si particulier que l’on nomme le « style de Beatus ». Cependant, il ne faut pas oublier qu’à côté de ce « groupe de Morgan », il existe d’autres Beatus qui, datant également du X° et du XI° siècle, conservent plus ou moins les traces de l'illustration du cycle archaïque (groupe Paris-Valenciennes), soit dans l’iconographie, soit dans l’exécution !*.

Si le Beatus de Saint-Sever se rapproche du groupe de Morgan par l’iconographie, il en diffère sensiblement par le style. D'ailleurs, l'illustration de l'Apocalypse en Espagne ne se fige pas dans le type de Morgan. Elle évolue et se transforme. Ainsi les deux Beatus tardifs de la Bibliothèque Nationale se présentent

11. L. Delisle : Mélanges de paléographie et de bibliographie, Paris, 188o, pp. 117 el suiv.; Ph. Lauer, dans La Catalogne à l’époque romane, Paris, 1932, pp. 106 el suiv.; Ph. Lauer, Les enluminures romanes... , PP: 24, 27, 94, 145, 154; Neuss, op. cit.

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