Groupe II8 el groupe Ib de M. Neuss
13. Pour la question du prototype des Beatus, voir Bordona : Exposiciôn de Côdices Miniados Españoles. Catälogo, Madrid, 1929, pp. 20-23; Neuss, op. cit., pp. 237-246, 264-267.
comme intermédiaires entre les Apocalypses du haut moyen âge et celles de l’époque gothique “.
La France à subi fortement l'influence des Apocalypses venues d'Espagne !* et a suivi leur évolution. Le modèle dont l'artiste de Saint-Benoît-sur-Loire, comme celui de Saint-Savin, se sont inspirés est sans doute un de ces Beatus : c’est ce que nous nous proposons d'étudier en détail. Cependant, les artistes romans en France n’ont pas suivi servilement ces modèles espagnols ; ils les ont interprétés dans un style qui leur est propre et ils ont ajouté, à leur tour, des nouveautés iconographiquess.
Les visions apocalyptiques se mêlent, dès le début, à d’autres visions, en particulier à celles d’Isaïe et d'Ézéchiel. D'autre part, les artistes carolingiens et ottoniens ont multiplié les compositions monumentales du Jugement dernier selon l'Évangile de saint Matthieu. Cette tradition des représentations monumentales des visions se continue et se développe dans la décoration des églises romanes. C’est là que s'opère le mélange des visions tirées des différentes sources !. Les artistes contemporains, en illustrant le texte de saint Jean, insèrent, dans les manuscrits, des images extraites de ces compositions murales. Les deux Apocalypses, celle de Saint-Benoît-sur-Loire et celle de Saint-Savin, présentent un intérêt particulier : elles nous font entrevoir clairement les nouveautés apportées par les artistes romans ”.
L'’Apocalypse a été maintes fois illustrée aux XIIT° et XIV° siècles en Angleterre et en France '*. Le type de l’Apocalypse anglo-
14. Ph. Lauer : Les enluminures romanes..…., p.146; les manuscrits cotés « Nouv. acq. lat., 1366 » (pp. 145 et suiv.) et « Nouv. acq. lat., 2290 » (pp. 154 et suiv.).
15. Lauer : L’enluminure romane..., p.27; E. Mâle : L’Art religieux du
XIIe siècle en France, 3° éd., 1928, pp. 1 et suiv.
16. Dans l’abside de Vicq, M. Focillon signale le cas de la fusion de trois visions, celle de saint Jean, celle d'’Isaïe et celle d’Ézéchiel (H. Focillon : Peintures romanes des églises de France, Paris, 1938, p. 48).
17. L’Apocalypse de Bamberg est presque contemporaine de celle de Saint- Benoît-sur-Loire; elle s’est inspirée d’un modèle très archaïque (type des manuscrits Paris-Valenciennes). Son Jugement dernier est composé uniquement d’après le texte de saint Matthieu, sous l'influence des compositions murales des églises rhénanes.
18. L. Delisle et P. Meyer : L’Apocalypse en français au XIIIe siècle, Paris,
française est préparé par des Beatus tardifs. D’autre part, les particularités que nous observons à Saint-Benoît-sur-Loire et à Saint- Savin semblent avoir joué un rôle non moins important dans la formation de l’Apocalypse gothique.
Telle est, rapidement résumée, l’histoire de l'illustration apocalyptique au cours du moyen âge. Nous allons aborder maintenant l'analyse iconographique des peintures de Saint-Savin et de Saint-Benoît-sur-Loire. Nous les comparerons avec les scènes correspondantes des différentes Apocalypses illustrées, telles que M. Neuss les présente dans son ouvrage !° : 1° cycle archaïque italien, comprenant les manuscrits de Paris et de Valenciennes; 2° cycle archaïque français, comprenant les manuscrits de Cambrai et de Trèves; 3° cycle des Beatus subdivisé lui-même en trois groupes, groupe I, groupe I[° et groupe Il°. Cependant, la méthode de classement d’après un prototype, qui a donné d'’excellents résultats pour les anciens manuscrits grecs ou latins, ne peut être appliquée ici sans réserve, en particulier pour les Apocalypses du haut moyen âge *”. En effet, si le scribe copie fidèlement le texte qu'il a sous les yeux avec l'intention de n'y point changer un mot, l’artiste qui illustre ce texte est généralement moins asservi à son modèle : il peut et cherche peut-être même à y laisser à chaque instant sa marque personnelle *'. Cette liberté est d'autant plus grande pour une illustration comme celle de
1890; M. R. James : The Trinity College Apocalypse, 1900; The Apocalypse in Latin and French (Bodeleian Ms. Douce 180), Oxford, 1922; The Apocalypse in Art, Londres, 1931; À, Firmin-Didot : Des Apocalypses figurées, manuscrites et xylographiques, Paris, 1870.