‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 38 sur 73 · Neuss, op, cil., p · texte numérisé non relu

Neuss, op, cil., p

de Beatus *!. En haut, à droite, l’ange sonne de la trompette; devant lui, une étoile tombe du ciel, laissant une traînée derrière elle, vers le puits de l’abîme, dessiné en bas à gauche. Une fumée monte, indiquée par trois lignes; en même temps deux sauterelles. sortent du puits. Elles ont des corps de quadrupèdes (chevaux ?) ailés et cuirassés et une tête humaine. Leur queue, terminée par une gueule de serpent, n’est pas une queue de scorpion. Leur tête recouverte d’une épaisse chevelure porte une couronne ; avec leurs yeux exorbités et leurs dents proéminentes, elles ont un air terrible. Devant les sauterelles, au-dessous de l’ange, saint Jean se présente à mi-corps et regarde la scène. La disposition géné- : rale et certains détails offrent des points de parenté avec la scène de Saint-Savin. Le cie! et le puits sont semblables. Les sauterelles de Saint-Savin appartiennent à la même espèce monstrueuse que celles de Bamberg. Si nous plaçons l’ange à côté du puits dans la scène de Bamberg et si nous y ajoutons un groupe d'hommes torturés, nous aurons une composition analogue, dans ses traits essentiels, à celle de Saint-Savin. Pour la représentation du Fléaw des sauterelles, entre les manuscrits de Paris (Nouv. acq. lat., 1132), de Bamberg et la peinture de Saint-Savin, nous pouvons suivre l’évolution, pour ainsi dire, pas à pas. Cependant, cet enrichissement de l'illustration ne semble pas dû à l’invention de: l'artiste de Bamberg ou de Saint-Savin, car les Beatus espagnols, comme nous l’avons vu, se présentent dès le X° siècle comme un ensemble à la fois riche et varié.

Quant à l’Apocalypse de Saint-Benoît-sur-Loire, malheureusement perdue aujourd’hui et qui était presque contemporaine du manuscrit de Bamberg, elle nous est connue par la description de la Vie de l’abbé Gauzlin **. Voici le texte concernant ce passage :

Panditur atque tetri puteus pregrandis averni. In terris ex quo diffunditur ista propago,

Quae rabiem cordis cupiens implere maligni, Non datur ex toto sed partim ledere iuslos.

31. Par exemple, la scène du manuscrit de Burgo de Osma. 32. Voir p. 120.

Il peint, en quelques mots, toute l'horreur de la scène. « Le puits immense de l’horrible abime est ouvert... » Y avait-il alors une couverture ronde soulevée comme à Saint-Savin ? « De là se répand sur la terre cette engeance qui, voulant assouvir la rage d’un instinct mauvais... » Des sauterelles sortent du puits; leur aspect est menaçant et elles se précipitent sur des hommes, « … il ne leur est pas permis d’affliger les justes entièrement, mais en partie ».

Quels étaient le style, la composition et la forme de certains détails, les sauterelles, par exemple, à Saint-Benoît-sur-Loire ? Les exemples de Bamberg et de Saint-Savin nous incitent à penser que la peinture de Fleury était fortement attachée à la tradition de l’art occidental et tout à fait indépendante du style mozarabe des Beatus espagnols. Mais il est possible qu'il y ait eu là une influence des Beatus, plutôt que du type des manuscrits de Paris et de Valenciennes ou celui des manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves.

Fleury fixe déjà l’essentiel de la scène de Saint-Savin. Le texte de la vie de l’abbé Gauzlin s'applique en quelque sorte sans défaut à la scène de l’église poitevine. Le modèle de cette dernière remonte donc au premier tiers du XI siècle et à la conception de l'artiste de Saint-Benoît-sur-Loire.

L'illustration des Apocalypses anglo-normandes suit fidèlement le modèle de Saint-Savin-sur-Gartempe. Le manuscrit fr. 403 de la Bibliothèque Nationale montre la même mise en scène; à gauche, l’ange sonne de la trompette, devant lui l'étoile tombe du ciel dans le puits de l’abîme, d’où sort un groupe de sauterelles sous la forme d'animaux ailés à tête humaine. L'image des hommes tourmentés se trouve sur la page suivante. C’est là da seule différence avec Saint-Savin : elle résulte de celle qui sépare l'illustration d’un manuscrit et l'exécution d'une peinture murale. Par le style, par la composition, par les détails, c’est de la peinture de Saint-Savin que se rapproche le plus la miniature du cycle gothique, et il n’est pas d'autre exemple qui en soit plus voisin.

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