LES ANGES DÉLIÉS DE L'EUPHRATE ET LE FLÉAU DES CAVALIERS
(La sixième trompette. Apoc. 1x, 13-21.)
Pour figurer la scène de la sixième trompette, les manuscrits du cycle archaïque de Paris et de Valenciennes se bornent à représenter la main de Dieu, un ange et deux cavaliers. Ceux-ci, armés de lances, montent sur des chevaux à tête de lion et à queue de serpent **.
Les manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves traitent ce passage en deux épisodes. Tout d’abord, la Délivrance des anges de l’Euphrate. En haut, séparés par l’autel en deux groupes de trois, se trouvent six anges avec leurs trompettes; au-dessus de l’autel on voit la main de Dieu sortant du ciel. En bas, à droite, les quatre anges enchaînés sur le fleuve qui parcourt la scène d’un bout à l’autre en une longue bande ondulée. En face d'eux, l’ange libérateur tient de sa main droite le bout de la chaîne qui lie les mains du premier d’entre eux. Derrière lui se trouve Jean. Le dessin est une traduction fidèle du passage de l’Apocalypse (x, 13-15). Plus loin, la scène du Fléau des cavaliers est traitée de la manière suivante : trois cavaliers sont placés l’un en haut, les deux autres en bas; saint Jean, derrière le premier cavalier, regarde la scène. Les trois cavaliers sont coiffés d’un casque en forme de mitre terminé par une petite boule ; seul, celui d’en haut, porte un glaive. Ils montent des chevaux à tête de lion et à queue de serpent. Sous leurs pieds gisent plusieurs êtres humains, les uns déjà morts, les autres encore vivants. Par sa composition plus monotone, comme par son style, cette scène diffère légèrement des autres. Les figures assez grandes, juxtaposées, occupent toute la surface sans être distribuées en registres. Cette représentation paraît avoir des rapports avec celle de Bamberg et
SSH AVOIT ID, 10, pl. 17.
34. Le Beatus de Berkn répète deux fois l’image des cavaliers foulant les cadavres.
de Saint-Savin-sur-Gartempe. D'autre part, elle présenterait aussi des points de contact avec certains Beatus espagnols.
Dans le cycle des Beatus *, le groupe de Morgan traite ce passage sur deux pages, comme les manuscrits de Cambrai et de Trèvés. La première, en général : en haut, à gauche, Dieu est assis dans un quart de cercle; à droite, deux anges, séparés l’un de l’autre par un autel, sonnent de la trompette. En bas, les quatre anges de l’Euphrate, déjà déliés, se dressent sur le fleuve, qui décrit une boucle et non pas une longue ondulation comme dans les manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves *$. D'autre part, dans le cycle des Beatus, le geste de déliement n'est pas représenté.
La seconde scène, le Fléau des cavaliers, est traitée, dans les Beatus du groupe de Morgan, dans le même style que le Fléau des sauterelles. Quatre cavaliers, montés sur des chevaux à tête de lion et à queue de serpent, écrasent des hommes sous les pieds de leurs montures. C’est la scène-type de ce groupe *’.
Dans l'illustration de la sixième trompette, nous trouvons beaucoup d'éléments iconographiques communs au groupe de Morgan et à celui des manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves. Pour la seconde scène, surtout, ils paraissent s'être inspirés d’un même modèle.
L'autre groupe de Beatus, le groupe I de M. Neuss, diffère du groupe de Morgan. La représentation du Fléau des sauterelles présente, comme nous l'avons vu, certains rapports avec les manuscrits de Paris et de Valenciennes. De même pour celle de la sixième trompette. En effet, les quatre anges délivrés de l’Euphrate ne figurent pas dans les Beatus de ce groupe, sauf dans des manus-