‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 41 sur 73 · Neuss, op. cit., p · texte numérisé non relu

Neuss, op. cit., p

ho. Ibid., p. 174.

montrent le geste de la délivrance par l’ange tandis qu'il n’est pas donné dans les Beatus du groupe Morgan où les anges sont déjà déliés. L’Euphrate, représenté dans les manuscrits du Nord comme un long ruban ondulé parcourant toute la scène, est dessiné dans les manuscrits du groupe Morgan comme une nappe d’eau décrivant une boucle au centre du tableau ‘*. L'Apocalypse de Bamberg se rapproche donc tantôt des Beatus du groupe Morgan, tantôt des manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves. La ressemblance des coiffures des cavaliers de Bamberg et de Cambrai vient renforcer l'impression de filiation avec ces derniers.

La scène de Saint-Savin appartient à la même lignée que celle de Bamberg. Seulement, au lieu d'être étagés en deux registres, les épisodes de la sixième trompette se développent de gauche à droite. L'ange de la sixième trompette délie les mains des anges de l’Euphrate comme dans les manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves. Cependant, l’Euphrate ne forme pas une bande continue, mais une sorte d’étang ?.

Le troisième exemple se trouvait à Saint-Benoît-sur-Loire. Le texte décrit ainsi la scène :

Euphrates flumen, quos furvo vortice cingit.

Nutlu divino mittit pro saecla solutos,

Armis insignes, vultu pariterque feroces.

Disperdunt populos, flammis ac denique ferro, Istud, summe pater, te permittente potenter, Qui nos pro nostris sic censes tondier actis.

D'après ces vers et en tenant compte des autres illustrations de ce passage, la peinture de Fleury pourrait se présenter de la manière suivante : en haut, l’image de Dieu ou la main divine; au-dessous les quatre anges de l’Euphrate seraient délivrés. Le texte ne précise pas si l’ange de la sixième trompette délie qu non

leurs mains. [l semble que ce soit plutôt le fleuve qui les dénoue. “=

h1. Le Beatus de Saint-Sever s'accorde avec les Beatus du groupe Morgan, pour celte scène, sauf dans la représentation du fleuve figuré par une bande ondulée.

ha. Ces deux types de l’Euphrate seront reportés dans les Apocalypses de la famille gothique.

Tribune de Saint-Savin.

(D’après les relevés du Service des Mon. Hist.)

Parois de la travée orientale.

Ils se tiendraient debout, les pieds entourés « d’un tourbillon noir » en forme de cercle. À côté, sans doute à droite comme à Saint-Savin, apparaîtrait le groupe des cavaliers. « Ils sont remarquables par leurs armes et également terribles par le visage. Ils anéantissent les peuples par le feu et ensuite par le fer. » Les hommes s’enfuient devant eux, quelques-uns tombent sous les pieds de leurs chevaux.

Telle serait la scène de Saint-Benoît-sur-Loire. Nous remarquons, en lisant le texte, combien elle devait être proche de la peinture de Saint-Savin. Dans celle-ci, plus fidèle au texte de saint Jean, l’image de Dieu (ou la main de Dieu) est remplacée par la figure d’un personnage symbolisant la voix (Apoc., 1x, 13) et l’ange de la sixième trompette délie les mains des anges de l’Euphrate. Toutefois, l'essentiel de la scène de Saint-Savin est bien établi au début du IX° siècle avec l’Apocalypse de Bamberg et surtout avec celle de Fleury.

Les manuscrits du cycle gothique suivent de très près la peinture de Saint-Savin ; ils en diffèrent cependant sur quelques points. En général, dans ces manuscrits comme dans le cycle de Beatus et dans le groupe Cambrai-Trèves, la Délivrance des anges de l’Euphrate et le Fléau des cavaliers constituent chacun une scène indépendante. Cependant, si l’on considère le style et la disposition des éléments iconographiques, on constate des rapports très étroits entre les deux représentations. Aucune illustration n’est plus proche des peintures de Saint-Savin que celle de la famille anglo-normande. D'autre part, la description de la scène de Fleury : « Ils sont remarquables par leurs armes et également terribles par le visage » concorde parfaitement avec l’aspect des anges de l’Euphrate et des cavaliers de l’Apocalypse en français 4o3 de la Bibliothèque Nationale.

Un autre document est plus intéressant encore. L’Apocalypse Bodeléienne Douce 180 représente les deux épisodes à la fois dans la même scène; celle-ci se déroule de gauche à droite, comme à Saint-Savin. Sur la fresque de cette église, nous voyons un homme à mi-corps sortant d’un autel placé dans un demi-cercle qui figure le ciel. Dans le manuscrit anglais, le même personnage

symbolisant la voix, dont parle l’Apocalypse (1x, 13) sort de l’autel. L'Euphrate est représenté dans les deux cas, non pas par des lignes ondulées courant d’un bout à l’autre de la scène, mais par une nappe d’eau de forme ronde figurant une boucle qui se trouve au milieu de la scène. Autre détail semblable dans le manuscrit et dans la peinture : le groupe de cavaliers se compose de petits personnages massés dans l’angle de gauche. La seule différence est celle-ci : dans le manuscrit anglais, l’ange qui sonne de la trompette est figuré à mi-corps en haut, à gauche, tandis qu’un autre ange, sans trompette, placé au-dessous, délie les anges de l’Euphrate; dans la peinture de Saint-Savin, le même ange délie lui-même les anges de l’Euphrate. Cette confrontation nous amène à une conclusion qui s’impose avec évidence : les enlumineurs de certains manuscrits gothiques ont eu certainement un modèle semblable à celui qui a inspiré le peintre de Saint-Savin (PI. XV, A).

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