‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 46 sur 73 · CI · texte numérisé non relu

CI

(D’après le relevé du S. M. H.)

(CI. Arch. Ph.)

(D’après Jerphanion)

LE LPO ARS Er

BR CrAt Cavon

Porche.

À. Saint-Savin.

Le

d’entre eux, s’avance vers le Dragon. Celui-ci a deux ailes, une grande tête et six autres plus petites. Il occupe le côté gauche de la composition dans l'attitude de la chute. Au-dessous de lui, cinq personnages ailés sont, comme lui, précipités vers le sol, la tête en bas. Jean, debout sur le sol, contemple le combat. Cette scène offre une certaine affinité avec la représentation du Combat dans la scène-type du cycle des Beatus. L’Apocalypse de Bamberg retrace cette histoire d’une manière toute particulière. Deux anges tenant un bouclier rond et une lance attaquent chacun un Dragon ailé et à tête unique; les deux anges et les deux Dragons sont exactement symétriques. Dans l’Apocalypse de Saint-Benoîtsur-Loire, comme nous l'avons dit, le combat des anges et du Dragon était soit incorporé à la scène de la Femme attaquée par le Dragon, soit traité indépendamment. Sa représentation aurait été proche de celle que nous trouvons dans des Beatus espagnols ou dans les manuscrits de Cambrai et de Trèves.

Il faut remarquer que l’archange saint Michel n’apparaît dans aucune des scènes dont nous venons de nous occuper. La composition de Saint-Savin est très intéressante à bien des titres. Elle fournit un des premiers exemples de saint Michel combattant le Dragon dans l'illustration de l’Apocalypse. Faut-il voir là l’influence de l’image de culte de l’archange? C’est bien probable, mais les différences ne sont pas moins catégoriques. On sait qu'au moyen âge, le centre de ce culte en Occident se trouvait au Mont-Gargano en Italie méridionale, dont la grotte possédait une image vénérée de saint Michel. De là le cuite passa en France : la chapelle du Mont-Saint-Michel et la chapelle Saint- Michel d’Aiguilhe en sont des témoignages. Le culte propagea vraisemblablement le type iconographique. Nous le connaissons par M. Mâle : saint Michel debout foule le Dragon et le transperce de sa lance. Par la suite, on ajoute un bouclier. C’est l’image que nous rencontrons un peu partout sur les bas-reliefs de l’époque romane *’. Nous pensons que la scène singulière du

55. E. Mâle : L’art religieux du XIIIe siècle en France, Paris, 1928, 3° éd., pp. 257 et suiv.

Combat dans l’Apocalypse de Bamberg est obtenue en réunissant symétriquement deux figures de ce type. À Saint-Savin, saint Michel est représenté tout autrement. Il est monté sur un cheval et s’éience, avec un autre ange également à cheval, contre le Dragon. Cette représentation équestre semble unique dans l'iconographie de saint Michel. Il est intéressant de remarquer que l'image des saints cavaliers est très fréquente en Égypte chrétienne. Probablement créée dans le milieu copte, elle s’est répandue en Orient chrétien **. Saint Georges en cavalier, terrassant le Dragon, se trouve fréquemment dans les sanctuaires de Cappadoce et sur les fresques de l'Italie méridionale. C’est de ces sources que provient certainement l’image des saints cavaliers poitevins.

L'artiste de Saint-Savin a pris cette image de saint cavalier, assez fréquente en Poitou, pour représenter saint Michel combattant le Dragon.

Cette figuration semble être restée sans postérité. On ne la retrouve plus dans les Apocalypses gothiques. C’est le type de l'image vénérée au Mont-Gargano qui prédomine. Saint Michel, debout et de haute taille, attaque avec ses compagnons le Dragon.

La confrontation des peintures de Saint-Savin avec les différentes Apocalypses illustrées, dans les quatre scènes que nous venons d'étudier, nous amène à des conclusions qui, sans élucider complètement la question de la source iconographique de Saint- Savin, nous permettent de limiter le problème. Il nous paraît certain, en effet, que les peintures du porche ont été exécutées d’après un modèle qui représenterait un des prototypes immédiats de la famille gothique.

D'autre part, elles offrent en maints endroits, pour certains détails d’iconographie, une parenté étroite avec l’Apocalypse de Bamberg. Cependant, il convient de noter une différence fondamentale : le manuscrit de Bamberg suit dans les grandes lignes le cycle archaïque. La peinture de Saint-Savin-sur-Gartempe suit

56. Voir Clédat : Le monastère et la nécropole de Baouit, Le Caire, 1904- 1906, pl. Lin.

un modèle plus riche en éléments narratifs. Il est impossible de déterminer exactement ce modèle. Il se rapproche, tantôt du groupe Cambrai-Trèves, tantôt des Beatus. Cependant, la peinture poitevine est tout à fait indépendante par le style et se présente comme un intermédiaire entre eux et le cycle gothique.

Quant aux rapports entre la peinture de Saint-Savin et l’Apocalvpse de Saint-Benoît-sur-Loire, nous les avons signalés. Mais l’Apocalypse de Saint-Benoît-sur-Loire mérite une étude particulière. Nous allons l’étudier d’après le texte qui nous a été conservé dans la Vie de l'abbé Gauzlin *?.

Page 1