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à mesurer le temple avec la règle donnée par le grand ange; la porte ouverte laisse voir l'autel; dans le bas sont groupés sept personnages (x, 1).
L’Apocalypse de Bamberg ne comporte que deux scènes; l’une réunit la première et la seconde scènes des manuscrits de Paris et de Valenciennes. L'autre représente Jean mesurant le temple. Les compositions de Bamberg, plus simples et moins riches en détails, se rapprochent des manuscrits de Paris et de Valenciennes, plutôt que de ceux de Cambrai et de Trèves.
Les Beatus du groupe de Morgan traitent généralement ce sujet en une scène unique. Nous la décrivons d’après le Beatus de Gérone reproduit dans l’ouvrage de M. Neuss #. La scène est divisée en deux registres : en haut, sous le ciel figuré par un bandeau parsemé d'étoiles, le grand ange remet à Jean le livre et la règle. En bas, à l’intérieur de l'édifice, Jean mesure le sanctuaire. Les Beatus du groupe I de M. Neuss offrent des scènes du même type, quoique, en général, plus simples. L'illustration de ce sujet dans les Beatus présente les caractères suivants : elle ne comporte qu'une scène ; Jean se trouve à l’intérieur du sanctuaire, une église vue en coupe laissant apparaître l’autel et un groupe de fidèles.
La peinture de Saint-Benoît-sur-Loire, avec ses deux scènes, aurait-elle suivi la tradition du cycle archaïque comme les manuscrits de Cambrai et de Trèves ou bien celle de l’Apocalypse de Bamberg ? Ne pourrait-on pas diviser en deux la scène représentée par les Beatus espagnols ?
D'après le texte d'André de Fleury, nous ne pouvons rien affirmer sur ce point. Nous nous contentons de donner quelques observations sur cette représentation dans le cycle gothique. En général, ce passage de l’Apocalypse y fait l’objet de deux ou trois illustrations. Cela ne signifie pas, du reste, que le cycle gothique suive exclusivement la tradition du cycle archaïque. Dans le manuscrit français 403 de la Bibliothèque Nationale, nous voyons saint Jean, debout devant le temple, s’apprêter à le mesurer, tan-
14. Neuss, op. cit., fig. 142. Le Beatus de Morgan ne possède plus celle scène.
dis qu’à l’intérieur des fidèles s’agenouillent devant l'autel, sous la voûte sacrée. Il y aurait là un mélange des deux cycles, cycle
archaïque et cycle des Beatus.
(2) et (8) Histoire des deux témoins !° Texte :
(2) Olim pro meritis intacti funere carnis,
Occumbunt membris pro celsi nomine regis
Lucida perpetui vocitati lumina regni
Quos ita dextra patris revocat super atria caeli. (8) Hi sunt vero duae regni caelestis olivae.
Le second sujet décrit par le texte est la mort et la résurrection des deux témoins (x1, 7-13). Dans l’Apocalypse, cet épisode est précédé par le passage qui, à Saint-Benoît-sur-Loire, constitue le huitième sujet (x1, 3-4).
Pour l'illustrer, les manuscrits de Paris et de Valenciennes ne donnent qu'une seule scène : Élie et Enoch à côté du Christ sur la croix.
Dans l’Apocalypse de Bamberg, la représentation est très singulière : l’unique scène est divisée en quatre compartiments disposés en deux registres; en haut, les deux témoins debout, chacun dans un compartiment. En bas, à gauche, prend place leur martyre : la bête attaque les deux témoins qui s’inclinent devant elle. Dans le compartiment de droite, ils ressuscitent. L’illustration de Bamberg se compose, en réalité, de trois éléments : portrait des deux témoins, martyre et résurrection, mais elle a un caractère tout à fait symbolique.
Les manuscrits de Cambrai et de Trèves, au contraire, traitent l’histoire avec plus de détails, en deux scènes. La première est consacrée au martyre; en haut, sous le ciel un ange est debout, les bras étendus et les mains ouvertes; à sa droite, deux personnages également debout, sans doute les deux témoins: à sa gauche, saint Jean nimbé, tenant un livre. « Au-dessous, à gauche, un monstre rouge, à tête de porc, sort à mi-corps des eaux, les
1. Omont, op. cit., pp. 12, aa et 34; WôülMlin, D cit., pl. 27; Neuss, op. cit., pp. 176 et suiv., fig. 143-153; p. 257, fig. 251, 255, a8r.
deux pattes en avant '5 », devant lui, disposés sur un double rang, six personnages debout fuient dans la direction d’un édifice. La seconde scène montre la résurrection des témoins ; ils sont déjà sur le parvis du ciel figuré dans la partie haute de la scène; à leur gauche, apparaît la main de Dieu et plus loin sept anges, tenant des trompettes. En bas, au milieu, une maison s’écroule en écrasant onze personnes ; dans la partie gauche, un groupe {x1, 13) et à droite saint Jean.
Le cycle des Beatus consacre, en général, trois scènes à cette histoire. La première représente Élie et Enoch debout, près de deux oliviers, deux candélabres suspendus au-dessus de leur tête. Le groupe de Morgan est, dans l’ensemble, conforme à ce tableau du Beatus de Gérone reproduit par Neuss. Les Beatus du groupe I de M. Neuss, moins élaborés et plus variés, omettent soit les lampes, soit les oliviers. Le Beatus le plus ancien de ce groupe, celui de la Bibliotheca Nacional (Hb 58) de Madrid, ainsi que le Beatus de Saint-Sever ne montrent que les deux témoins debout, c’est la représentation du type le plus archaïque. Dans le Beatus de Morgan, les deux témoins crachent du feu. Le Beatus de San Millan, conservé à la Real Academia de la Historia (Cod. 33) de Madrid, contient une image fort curieuse : Élie et Enoch sont debout, se tournant le dos; à côté d’Élie est suspendue une lampe et du feu sort de la bouche du prophète, ce qui fait fuir trois hommes. Du côté d’Enoch, on voit une partie du ciel parsemée d'étoiles. Cette scène présente un intérêt particulier, c’est là un des exemples les plus anciens de l'illustration détaillée de l’histoire des deux témoins dans le cycle gothique.
Revenons à Saint-Benoît-sur-Loire. Le huitième passage de la table de M. James a, sans aucun doute, des rapports étroits avec la scène du cycle des Beatus, notamment celle du groupe de Morgan que nous venons d'examiner. Comme dans les Beatus de ce dernier groupe, Élie et Enoch auraient été figurés à Saint-Benoît-
sur-Loire debout à côté des deux oliviers et probablement sous deux candélabres.