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vieillards. Quant aux « cesos », ils seraient sans doute des élus, vêtus de blanc et portant les palmes, dont il a été question tout à l'heure. .
M. James pense que les deux derniers vers décrivent l’image de saint Jean « stellifer », regardant les âmes des martyrs. Les passages de l’Apocalypse correspondant à cette scène, cités par M. James, chapitre v, 9, ou le chapitre xx, 4 ne suffisent peut-être pas pour expliquer cette interprétation *. Il paraît plus naturel que Jean regarde la foule des martyrs, car dès le début le texte parle des vainqueurs qui remportent des triomphes sur la mort. Les douze lignes seraient donc la description d’une seule composition très développée illustrant le passage du chapitre vir, 4-17. La répartition de chaque élément est presque désignée par le texte. Il semble donc que la scène de Saint-Benoît-sur-Loire ait pu apparaître de la manière suivante :
Il y avait sans doute deux régions distinctes, région céleste et région terrestre; en haut, dans le ciel indiqué soit par un bandeau étoilé, soit par un fond parsemé d'étoiles, la figure du Seigneur, assis sur un trône, entouré d’une foule, occupe le centre. En bas, sur la terre, un groupe de personnages terrestres et Jean dans un coin contemplant cette scène grandiose.
Ce passage de l’Apocalypse a-t-il été l’objet d’une interprétation aussi solennelle dans les Apocalypses illustrées ?
Les manuscrits de Paris et de Valenciennes représentent simplement dans la partie supérieure un groupe d'élus : dix-huit personnages debout disposés sur deux rangs et tenant des livres à la main, et en bas Jean regardant cette foule. L’Apocalypse de Bamberg montre une scène à peine plus compliquée. En haut, les élus devant l’Agneau, sur la montagne de Sion, portant des palmes à la main; en bas, Jean en conversation avec un ange.
21. Il est pourtant possible que ces deux derniers vers décrivent la scène du chapitre vi, 9-11, telle que nous la voyons dans les manuscrits de Cambrai, de Trèves ou de Bamberg : Jean regarde sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés pour la cause de Dieu. Cette scène est figurée sur un des chapiteaux du porche de Saint-Benoît-sur-Loire.
Cependant, dans le manuscrit de Trèves 22 (PI. XIV, A), la scène est conçue sur un plan monumental : en haut, une rangée de quatre anges vus à mi-corps; au-dessous, les quatre symboles évangéliques avec, au centre, l’Agneau. Ces symboles ne sont figurés que par leurs têtes, on ne voit pas les corps, entièrement cachés par six grandes ailes. En bas, les vieillards sur deux rangs: au-dessous, à gauche, six personnages tenant des palmes; à droite, en face d'eux, Jean. Nous constatons ici que, quoique très simple, la scène du manuscrit de Trèves possède les éléments essentiels de la grande composition de Fleury. Nous ferons la même remarque pour le Jugement dernier.
Dans quelques manuscrits du groupe I de M. Neuss, ce passage n’est pas illustré; « le peintre du Beatus de San Millan, conservé à la Real Academia de la Historia (C. 33), a laissé vide l’espace qui lui avait été réservé; celui du manuscrit de la Biblioteca Corsini de Rome, après avoir tracé le cadre et dessiné l’Agneau, a renoncé à le traiter ». Dans le Beatus de Burgo de Osma, ce sujet est traité de façon très curieuse et très simple. L’Agneau apparaît sous une arcade en fer à cheval, debout sur une colline. Une grande croix se dresse derrière lui. Les symboles des Évangélistes manquent. Par contre, on trouve à droite et à gauche, distribués sur trois rangs, les (55) bustes de saints. Plus bas, à gauche, se tenant debout, une foule de saints figurés entièrement, dont le premier tend une palme. Vi-à-vis d'eux, trois autres saints, portant des palmes, fléchissent les genoux *. Le Beatus de Lisbonne représente une scène non moins curieuse, qui s'étend sur deux pages. « Au folio 119°°, il y a, sur six rangs superposés, les bustes des saints, serrés les uns contre les autres en un dessin très schématique et au folio 120 on voit en haut, dans un cadre rectangulaire surmonté d’un triangle, l'Agneau qui est porté par les quatre animaux, deux ailés et deux autres non ailès. Plus bas, il y à à gauche un lion, un porteur de palmes, puis le Christ sur un âne, suivi d'un ânon, et, encore plus bas, il y a cinq
22. M. R. James : Apocalypse in Art, Londres, 1931, p. 86. Le manuscrit de Cambrai n’en possède plus la représentation complète. 23. Neuss, op. cit., p. 161
porteurs de palmes... Le peintre s’est manifestement souvenu de l’Entrée du Christ à Jérusalem; la présence du lion reste inexpticable ?{. »
La variété des scènes nous montre les hésitations des peintres dans leur tentative d'illustrer ce passage du chapitre vu, 4-17. Cependant, dans les Beatus du groupe de Morgan, il existe une scène qui peut être considérée comme type et qui a certains caractères communs avec celle du manuscrit de Trèves.
La scène du Beatus de Gérone, reproduite par M. Neuss, se présente ainsi : elle comporte trois zones superposées *. Dans la zone supérieure, l’Agneau avec la Croix apparaît au centre, dans un médaillon; de chaque côté, deux anges à genoux. Au-dessous, les quatre symboles des Évangélistes, dont la partie inférieure se termine par une roue de feu. Dans la zone médiane se trouvent six personnages avec des palmes. Dans la zone inférieure, dixsept figures serrées, tournées vers un personnage isolé, sans: doute Jean, représentent la foule des 144.000 enfants d'Israël. Le Beatus de Morgan, avec quelques autres manuscrits du même: groupe, montre, dans la zone supérieure de la composition, semblable à celle que nous venons de décrire, saint Jean avec um ange.
Les manuscrits de Paris et de Valenciennes ne possèdent que: l’image de la foule des élus et saint Jean. Quant à l’Apocalypse de Bamberg, l'artiste a ajouté l’image de l’Agneau à la foule des élus et en bas celle d’un ange qui s’entretient avec saint Jean. Mais ce ne sont pas les scènes simples de ce cycle archaïque qui ont pu servir de modèle à l’artiste de Saint-Benoît-sur-Loire. La scène que nous imaginons, d’après le texte d'André de Fleury, comme celle du cycle gothique, illustrant le passage du chapitre vu, 4-17, appelle le modèle plus complexe que nous trouvons dans les Beatus de Morgan.
Cependant, la composition de Saint-Benoît-sur-Loire, ainsi que celle de certains manuscrits du XIII° siècle dont nous allons par-
2h. Ibid.