Neuss, op. cil., p. 210, fig
Une série de documents nous montre l'importance de la pensée du Jugement dernier en Occident dès l’époque carolingienne. Certaines peintures murales de la Rhénanie, conservées jusqu’à nos jours, comme celle d'Oberzell de Reichenau ou de Burgfelden, nous font entrevoir l’élaboration de ce thème sous les Ottoniens #!, L’Apocalypse de Bamberg offre un Jugement dernier inspiré directement par une fresque contemporaine et qui se présente de la manière suivante *? :
En haut, au centre, le Seigneur, de taille gigantesque, assis sur son trône, une grande croix dans la main droite, fait de la main gauche le geste du Jugement. De chaque côté, quatre anges figurés à mi-corps et un groupe d’apôtres, assis, six par Six, assistent à la scène. Conformément au passage de l'Évangile selon saint Matthieu (xxiv, 31) le quatrième ange de chaque groupe sonne de la trompette pour annoncer la résurrection. Au-dessous des apôtres à droite et à gauche, nous voyons deux autres anges à mi-corps sonnant de la trompette. Sous les pieds du Juge, au milieu de la scène, deux grand anges, placés symétriquement, tiennent une banderole où est inscrit un passage de l'Évangile selon saint Matthieu (xxv, 34 et 41); ils séparent les élus et les damnés. Tout à fait en bas, à droite, sous les élus, apparaît la figure de saint Jean et, à gauche, sous les damnés, l'enfer où se trouvent Satan enchaîné et un démon qui tire par les mains un des damnés. Au milieu, sous les deux grands anges, la résurrection : les ressuscités sortent de leurs cercueils.
La scène s’écarte entièrement du texte de saint Jean. C’est bien la composition du Jugement dernier ottonien dont nous trouvons un exemple remarquable à Sant Angelo in Formis, où il fut exécuté, au début du XIT° siècle, d’après le programme germanique. À celui-ci, Bertaux oppose le programme byzantin du Jugement dernier. Pour bien comprendre la particularité de la composition de Saint-Benoît-sur-Loire, il nous faudrait jeter un coup d'œil sur le type byzantin du Jugement dernier.
31. Mâle : L'Art religieux du XII siècle en France, pp. ho7 et suiv. 32. WôlfMin, op. cil., pl. 53.
33. Bertaux : L'Art dans l'Italie méridionale, pp. 258 et suiv.
« Dès le IV° siècle, Ephrem ie Syrien avait décrit les éléments essentiels de cette scène redoutable, telle que l’art byzantin, plus tard, la concevra. Pourtant, ce n’est, semble-t-il, qu’au VIII et au IX° siècle que ces éléments se groupèrent en une composition picturale, à laquelle fait allusion un passage du pseudo Jean Damascène, et que les peintres monastiques de la seconde moitié du IX° siècle reproduisent volontiers pour l'éducation des fidèles °#, »
Une miniature de l’Évangéliaire grec de la Bibliothèque Nationale (ms. grec 74, f° 51°) %, datant du XI° siècle, la mosaïque de Torcello, exécutée sur le mur occidental de l’église vers la fin du XI° siècle *, pourraient être citées comme exemples de ce Jugement dernier byzantin.
La différence entre le Jugement dernier germanique et le Jugement dernier byzantin est facile à noter. Les éléments essentiels — le Juge, le tribunal des apôtres, la résurrection des morts, le Paradis et l'Enfer — sont communs aux deux représentations. Mais ces éléments sont figurés souvent d’une manière différente. En outre, il y a des détails qui ne se retrouvent pas. Dans la scène grecque, les instrument de la Passion portés par les anges font défaut ; il n’y a pas de croix gigantesque comme en Occident. Par contre, à gauche et à droite du Christ se tiennent debout la Vierge et le Précurseur représentant le thème de la Déisis dans la composition byzantine. Il y a aussi, au-dessous du Christ, le thème de l’Hétimasie : le trône vide préparé pour le Jour du Jugement et la figure d’un ange qui enroule une bande représentant le ciel parsemé d'étoiles, détails inspirés par l’Apocalypse, et enfin la colonne de feu. D'autre part, le Christ, dans la scène byzantine, n’a pas des proportions colossales, il a la même taille que les apôtres. Les ressuscités n’y sortent point des sarcophages en soulevant les couvercles ; mais les animaux de la terre et de l’eau vomissent des corps humains : la terre et l’eau rendent ainsi leurs morts. Enfin, au-dessous, nous y voyons les
34. Diehl : Manuel d'art byzantin, t. II, p. 514. 35. Bertaux, op. cit., fig. 100.