‹ L'ApocalypseChapitre 10 sur 239 · LA FORME APOCALYPTIQUE. 5 ΧΧΙ · texte numérisé non relu

LA FORME APOCALYPTIQUE. 5 ΧΧΙ

tions ou des images qui peuvent servir dans la discussion critique de tel ou tel texte de saint Jean. Mais il va sans dire que ce sera surtout l'Apocalyptique : 4 juive antérieure ou contemporaine, des deux siècles avant et des deux siècles | 4 après J.-C., qui fournira le plus de comparaisons aptes à nous faire bien | à situer l’ A nodelypse johannique, et trouver les clés de ses énigmes. à 14 Ces écrits entendaient continuer les prophéties de l'Ancien Testament, sans solution de continuité, du moins avouée. Leurs auteurs n'avaient peut-être pas conscience de créer un genre littéraire nouveau, puisqu'ils trouvaient déjà des modèles dans les visions d'Ezéchiel et de quelques autres prophètes. Ils ne savaient peut-être pas non plus, en Palestine, qu'ils empruntaient aux Gentils., Mais comme la qualité et l'esprit avaient changé depuis les Prophètes! | Le genre apocalyptique n'était qu'un produit calculé de l'époque, d'une époque d'épigones, où, l'inspiration faisant défaut, on cherchait à y suppléer par de vieilles traditions remises à neuf, des mythes pris un peu partout et présentés | sous une forme mystérieuse; on les chargeait de sens plus ou moins profonds} qu’ils n'avaient pas à leurs origines, pour leur faire représenter le monde in- ; visible ou le monde futur, tels que des monothéistes pouvaient les concevoir. À ces nouveaux prophètes, non seulement l'inspiration d'en haut, mais la per-| sonnalité — de ce jugement exceptons-en seulement quelques-uns, surtout l'auteur de l’apocryphe d'Esdras — fait presque totalement défaut. Le P. Lagrange a raison de dire qu'ils sont « les plus livresques des hommes (1) » L'Apocalypse du Nouveau Testament tranche tout à fait sur cette cohue < d'anonymes. Cependant, par sa forme et par ses images, elle appartient bien au même genre littéraire. Avant de voir en quoi elle s'en distingue, essayons + donc de définir le genre apocalyptique. Le plus commode, à cet effet, sera de | comparer l’ensemble des apocryphes à l’ensemble des prophéties de l'Ancien Testament, surtout des plus antiques, au triple point de vue de leur forme, de leur objet et de leur but. | ὲ PROPHÉTIE ET APocaLypse. — Puisque l’Apocalyptique prétend continuer la à prophétie, il faut bien que l’une et l’autre présentent un certain nombre de Ἷ caractères communs. Elles dévoilent toutes deux l’œuvre secrète ou la conduite

future de Dieu, pour affermir l'espérance des bons, et remplir de crainte les ne

᾿ méchants. Elles peuvent prédire des destinées TE τν comme le destin général de l'humanité, la fin d’un empire come la fin du monde. Aucun mode de révélation, songe, vision, illumination intellectuelle par des paroles intérieurés, n’est exclu à priori ni de l’une ni de l’autre. Mais les similitudes, pure-. ment génériques, s'arrêtent à peu près là. | U C’est que leurs buts spécifiques sont tout à fait différents. La prophétie ap- À partient essentiellement au genre oratoire, θὰ - 6116, par exception, été commu niquée pour la première fois sous forme d'écrit. Quand Isaïe détourne Juda de l'alliance égyptienne on annonce que Sennachérib ne pourra prendre Jérusalem, quand Jérémie s'attache à rectifier la politique de Sédécias, quand Ezéchiel s’acharne à détruire les illusions nationales des captifs de Babylone, tous ces puissants hommes d’action visent un résultat immédiat pour le bien de leur peuple. Quand même leur inspiration les transporterait totalement dans l'avenir,

{1) Le Messianisme chez les les Juifs, p. 46.

Page 1