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LA FORME APOCALYPTIQUE. XIX

4 connaissaient jusque-là, dans le passé, le présent, ou l'avenir; et qu'ils le dévoilenten un style qui diffère nettement de celui de l'ancienne nee ἢν: car il est essentiellement allégorique, volontairement mystérieux, et nécessite toujours des ΜΝ interprétations, souvent l'usage d'une clé. Il est toujours tendu, grandiose, 4 visant à l'effet, et constitue dans la littérature un genre à part. On appelle aujourd'hui « style apocalyptique » celui qui joint la grandiloquence : à l'obscurité des métaphores ou des tableaux.

Il faut bien reconnaître que ce genre ne convient plus guère à notre goût; il ne répondait pas davantage aux anciennes formes de la prophétie hébraïque, ni au caractère sobre et lumineux de l’art classique grec. Mais si Dieu a donné à Jean des visions à l'expression desquelles ce style était adapté, c'est que le genre }} apocalyptique était alors le plus approprié à la mentalité juive et ne répugnait® À pas non plus aux « Hellènes » de cette époque. Nous verrons d’ailleurs combien l'inspiration de Jean l’a transformé et élevé.

Ce genre était en grande faveur dans les milieux juifs, depuis le n° siècle avant notre ère, Mais on en trouve le germe dans certains prophètes, surtout postexiliens : telles sont les allégories d' Ézéchiel, surtout à la fin du livre, quelques parties de Joël, Zacharie et les visions du livre de Daniel. A partir du r° siècle avant notre ère commence une floraison d’apocryphes qui ira s'épanouissant jusqu'aux n° et τι siècles après Jésus-Christ, et laissera de nombreuses traces dans la littérature rabbinique. Beaucoup sont de vraies Apocalypses, et, presque tous, à des degrés d’ailleurs fort divers, pour le fond ou le style, méritent la qualification d’apocalyptiques. C'est le livre d’Æénockh (éthiopien), aux rr°-r° siècles, les Jubilés et les Testaments des Patriarches sous la dynastie asmonéenne, les Psaumes de Salomon, au temps de Pompée, les Secrets d’Hénoch (Hénockh slave) et l'Assomption de Moïse aux environs de notre ère. Au 1°" siècle chrétien et aux débuts du second, la ruine du peuple israélite inspire les beaux livres que sont ΠΥ Esdras et Baruch (syriaque). Ensuite paraïtront l'Apocalypse d’Abraham, probablement les sources de la Vie d'Adam et d’Eve (Apocalypse de Moïse), le Baruch grec. Tous ces ouvrages sont d'inspiration palestinienne, quoique certains aient subi des influences helléniques, ou bien des combinaisons avec des visions chrétiennes considérables, comme l’Ascension d’Isaïe. Mais à . : côté d'eux, et remontant pour ses débuts à la même époque, nous connaissons aussi la littérature sibylline, par laquelle des Juifs, qui savaient manier l’hexamètre classique, entreprirent de convaincre les Gentils que leurs légendaires Sibylles avaient prévu et confirmé la religion de Moïse. Des chrétiens ensuite vinrent les interpoler ou les imiter, sans doute parce que ces poèmes s'étaient révélés comme un utile instrument de propagande dans le monde païen. Il ne faut pas trop s’en étonner de la part des Grecs. Un peuple dont la religion était si étroitement fondue avec la mythologie, devait être naturellement porté à l’allégorisme des révélations mystérieuses. Le grand mouvement apocalyptique de Palestine confluait d’ailleurs avec un courant similaire, quoique moins prononcé, qui émanait de la Grèce même. Et il était très ancien. La philosophie elle-même. au temps de son enfance bégayante, s exprimait volontiers en tournures sibyllines; ainsi le voyage de Parménide dans les régions transcendantes où il trouve la Vérité, n'est pas sans analogie avec les ascensions d'Hénoch au ciel. Les théogonies et cosmogonies anciennes, qui avaient révélé l'origine des choses,

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INTRODUCTION

ΧΧ devaient se compléter par la conquête du secret des fin dernières. Les écrits de ἢ l'Orphisme, les voyages aux enfers des initiés, valurent à l'antiquité des descrip- : : tions très saisissantes de l’Au-Delà, on pourrait les appeler dans un certain sens ? des Apocalypses. Platon a dù y puiser ses Mythes du X° Livre de la Réputiens et l’on suit l'influence continue de ces révélations orphiques jusqu'après notre ère, dans les mythes de Plutarque, sans parler du VI: livre de l'Énéide, dont l’auteur, Virgile, en sa IV° églogue, entrevoit de plus une sorte d’eschatologie universelle, de messianisme et de retour à l’âge d’or. Si nous sortons de la littérature classique pour examiner les produits du syncrétisme gréco-oriental, en particulier les livres « hermétiques », dont la sagesse encadrait de traditions égyptiennes la spéculation grecque, nous trouverons des écrits comme les Poimandres qui n’ont presque rien à envier, pour le ton et le caractère vision-. nel, aux Apocalypses les plus caractérisées. j ἢ] faut donc croire qu’à cette époque les imaginations étaient très portées à - scruter les secrets mystérieux du monde, et d’au delà du monde ; comme c'était * ]à affaire d'initiés, l’allégorie était très appropriée à ces demi-révélations. Les ᾿ Juifs avaient une raison particulière de se plonger dans ces recherches, à cause de l'antique attente du Messie qui semblait à la fin du 1°’ siècle si brutalement démentie par la ruine de leur temple et de leur nation. Ils se raccrochèrent à l'espérance que les derniers temps de l'Univers ne sauraient plus tarder, et que la catastrophe finale, horrible pour les impies, allait enfin amener le règne de Jéhovah et du peuple juste. Quant aux chrétiens, ils savaient que l'apparition du vrai Messie, le leur, avait déjà ouvert la période de ces derniers temps. Leur impatience, excitée par l'hostilité de la société profane, entrainait les uns et les autres à en deviner et à en décrire par avance la consommation. Dieu donna une Apocalypse inspirée; mais tous les chrétiens ne s’en contentèrent pas, car on en vit paraitre d’autres après elle; les unes, orthodoxes ou à peu près, comme certains livres sibyllins et l’Ascension d’Isaïe, d’autres gnostiques, qui offraient un mélange confus d'idées païennes et chrétiennes. Même des ouvrages qui ne sont pas eschatologiques, comme le Pasteur d’Hermas chez les catholiques, ou, chez les Gnostiques, la Pistis Sophia, rentrent dans le même courant par leur visions et leur style. Les mêmes tendances apocalyptiques se prolongèrent après la fin du‘monde ancien, dans nombre d’haggadas rabbiniques (1), dans certains poèmes chrétiens, germaniques ou autres, du Haut Moyen Age, et il n'est pas jusqu’à un chef-d'œuvre comme la Divine Comédie de Dante qui ne s’y rattache par des liens oubliés. Du christianisme elles s’étendirent même — du moins la chose est fort probable — à des peuples encore païens, mais étrangers aussi bien aux Juifs qu'à l’hellénisme : aux Scandinaves dans le « Crépuscule des dieux » de la Vieille Edda, aux Persans Zoroastriens qui, voyant leur religion et leur nationalité menacées par l'Islam, écrivirent en pehlvi de véritables Apocavpses comme le Bahman Yasht etle Bundehesh.

Toute cette littérature apocalyptique est utile à connaître dans l’ensemble; elle apprend, par contraste, à estimer l’Apocalypse inspirée; ses produits, depuis l'Hénoch éthiopien jusqu’au Bundehesh, présentent aussi des concep-

(1) L'Apocalypse de Daniel et la Révélation de Siméon ben Jochaï apparaissent en plein. Moyen Age,

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