XXII : | INTRODUCTIONe
\tils parlent de cet avenir-là pour agir d’abord pratiquement sur l'âme de leurs \ contemporains. Presque toutes les prophéties messianiques, et même les échappées qu'ont les Voyants sur la consommation de toutes choses, et sur l’Autre Monde, ont pour occasion des circonstances historiques déterminées, quelque œuvre religieuse ou morale à entreprendre sur-le-champ, quelque situation critique à laquelle il faut parer. Aussi leur langage est-il la plupart du temps direct comme celui des prédicateurs. Généralement ils ne font que juger les événements visibles et leurs conséquences, avec l'assurance infaillible que leur donne la conscience d’une illumination divine. Souvent aussi ils redisent des paroles intérieures de Dieu. Quand ils racontent des visions (ce qui est d’aileurs rare, sauf chez Amos, avant l'exil) ce n’est que pour justifier leur mission, icomme Îsaïe, ou pour fixer l'attention des auditeurs sur leurs exhortations praitiques. Et ces visions ont lieu sur terre et non au ciel, où ils ne prétendent pas monter. Bref, le prophète a toujours un but précis, d’une importance spéciale pour les hommes de son temps. Ce n’est que sur le fondement d’exhortations particulières concernant des objets qui lui tiennent à cœur, et en partant de la prédiction d'événements particuliers, qu'il s’élèvera à des vues messianiques ou eschatologiques universelles, et celles-ci seront toujours plus confuses, plus symboliques, comme dans une pénombre ou un lointain peu défini. La prophétie pourtant, malgré l'obscurité des perspectives éloignées, où elle abstrait souvent du temps et de la réalisation contingente des desseins de Dieu, malgré . le grand nombre de ses métaphores, et les « machals » et visions qui y trouvent parfois place, est le plus ordinairement à prendre au sens obvie. Comme elle doit être comprise des foules, ce style, si grandiose et imagé qu'il soit, est généralement clair.
Tout autre est l'impression que nous produisent les plus connues des Apocalypses apocryphes. On dirait qu’elles sont plutôt destinées à satisfaire la curiosité d’un petit nombre, et une curiosité parfois fort inutile au point de vue religieux, qu’à détourner le peuple du péché ou à le porter à l’action que Dieu exige de lui. Sans s’interdire toute prédiction particulière, elles transportent immanquablement leurs lecteurs à la fin des temps, sur laquelle 115 ne peuvent avoir aucune action; on dirait que l'intervalle n'existe pas, ou que dans l'intervalle il n’y a rien à faire. Mais ce n’est pas toujours l’avenir humain qui les intéresse:
\ elles peuvent scruter avec autant d’ardeur les mystères du Cosmos, qui ne con- \tribuent guère au salut. De là vient la distinction assez fondée apportée par les
, critiques entre l’Apocalypse historique et l'Apocalypse cosmique, quoique les deux soient souvent mêlées ἐπ concreto.
Les auteurs d’apocalypses, quand ils traitent d’eschatologie, ce qui est le cas le plus ordinaire, ne s’en tiennent pas aux vues larges, ni à la perspective indéfinie des authentiques prophètes. Ce sont des calculateurs, qui aiment la précision des chiffres, et pensent par là, sans doute, mieux faire que l’Ancien Testament, donner des espérances plus nettes et plus efficaces. Ils apportent à supputer les temps qui s’écouleront jusqu'à la réalisation de leurs rêves la même minutie qu’à compter et à décrire les régions du monde invisible. La durée qui reste, ils la divisent en périodes, en compartiments bien alignés. Leurs sept, leurs douze, leurs quatorze périodes permettront ainsi aux initiés qui en noteront le déroulement, de calculer à peu près l'heure finale. Dans l’ensemble, ils met-