EXCURSUS I. — LES SEPT ESPRITS
Ce premier septénaire pourrait désigner soit des Anges (Archanges, Anges de la Face dans les Apocryphes, cfr. Apoc. les sept Anges des Églises, des trompettes, des coupes), soit le Saint-Esprit (Tu septiformis munere), soit les forces et activités de Dieu opérant ad extra personnifiées, comme « les sept yeux de Jahweh qui par courent toute la terre » Zach. 1v, 10, οἷν. Apoc. v, 6, les yeux de l'Agneau. Ce ne peuvent être des Anges, puisqu'ils sont mis sur le même rang que Dieu et Jésus-Christ, et même nommés avant celui-ci (contre André, qui d'ailleurs donne une autre interprétation, par les sept énergies de l’Esprit- Saint, et Aréthas, Bousset, Calmes ?); du reste, πνεύματα ne désigne pas ordinairement les Anges, au moins les bons, dans le N. T. excepté Ποῦ. τ, 7, 14. Ce n'est pas non plus une'simple personnification de l’activité divine; puisque les Eglises sont saluées en leur nom comme en celui de Dieu et de Jésus, leur caractère est décidément trop personnel pour cela. C'est le Saint-Esprit, le Saint-Esprit du dogme catholique, et non pas l’ « Esprit de Dieu » de saint Paul qui eût été identifié aux sept Anges principaux, comme le voudrait Joh. Weiss, qui invente une confusion dont il n’y a trâce chez aucun écrivain néotestamentaire (André, avec doute, Vict., Prim., Apringius, Beatus, etc.; Hort, Swete). La troisième personne de la Sainte Trinité est représentée d'après sa multiplicité d'opérations (Denys bar Salibi, al.), peut-être à cause des sept Églises, ou plutôt de l'universalité de son action dans l’ordre de la grâce (1). Beatus : « unus in nomine, virtutibus septiformis ». Nous ne nions pas que la tradition des « Anges de la Face » ait pu influer sur cette manière de s'exprimer, mais le sens, comme maintes autres fois, a été profondément transformé. Le plus probable est que l'expression tire son origine des esprits sanctificateurs qui reposeront sur le Messie, dans /saïe x1, 2, dont les LXX, par l'addition de πνεῦμα φόδου au v. 3, avaient élevé le nombre de 6 à 7, chiffre sacré. Ailleurs du reste (fin des Lettres) le Saint-Esprit sera nommé au singulier.
Si cependant on voulait y voir des Anges, cela n'aurait pas de conséquence dogmatique; l’ordre résulterait d’une formule juive stéréotypée « Dieu et les sept
(1) Et ainsi on pourrait concilier la 2° interprétation avec la troisième; comme saint Irénée (Démonstration, c. 9), pour qui les « 7 Esprits » sont les dons de l'unique Saint-Esprit, qui se répartissent dans les sept cieux spirituels, de sagesse, ne etc., d’après Isaïe ΧΙ.
APOCALYPSE DE SAINT JEAN. 9 esprits » (suivant une supposition de Bousset); et Calmes dit très justement qu'il « n’a pas de signification hiérarchique; il est déterminé par ce fait que les esprits sont considérés dans leurs rapports avec Dieu, tandis que J.-C est considéré dans ses rapports avec les hommes », comme le montre le contexte. On peut, avec Bousset, comparer la formule trinitaire de Justin Apol. 1, 6, dans laquelle ce Père introduit l'armée des Anges qui suivent le Fils de Dieu, avant de nommer l'Esprit. L'écrivain, qui, dans son Évangile, a distingué dans le monde surnaturel les ἐπουράνια et les ἐπίγεια, nomme les personnes purement célestes avant celle qui, s’étant faite homme parmi les hommes, est de la terre comme elle est du ciel.
L'origine première de ce caractère du nombre 7 est fort incertaine (Inrro». ch. v, ὃ II). Vient-il des sept planètes, et des sept dieux planétaires de la théologie babylonienne, qui auraient été groupés à Babylone seulement au temps des Diadoques, οἷν. les « Ameshas-Spentas » avestiques? (Bousset). C'est assez peu probable, et en tout cas Jean n’a pas directement emprunté ce chiffre au paganisme, les textes de Zacharie et les sept Archanges traditionnels le prouvent. Sont-ce les sept étoiles de la Petite-Ourse (Gunkel, Verst. p. 40) autour de laquelle le ciel tourne, ou toute autre figure cosmologique ou astronomique? (voir Bol, p. 22). Peu importe, car l'Apôtre ne pensait certainement plus à cette origine. Plus hasardeux encore sont les rapprochements avec les sept Archontes, les sept Eons, les conceptions tardives des mithriastes ou des gnostiques.
(Voir Swere, The Holy Spirit in the New Testament, 1910, p. 272-275. — Cf. LEBRETON, Origines du dogme de la Trinité, 1910, p. 507-510.)