EXC. 11. — LE CHOIX DES SEPT ÉGLISES
Les sept villes nommées au v. 11 étaient toutes situées à l’ouest et au centre
de la province proconsulaire d'Asie, ancien royaume de Pergame. Les Actes
(χνπι, 19-21; xrx) nous font connaître l’évangélisation d'Éphèse par saint Paul. De là, l'Évangile s'était répandu dans les vallées du Méandre et du Lycus, et il s'était fondé des chrétientés importantes dans les trois villes phrygiennes contiguëés de Colosses, Hiérapolis et Laodicée (Col. 11, 1; 1v, 13-16; Eph.; cfr. Act. x1x, 10). Smyrne, Pergame, Thyatire et Philadelphie durent recevoir la Bonne Nouvelle vers la même époque. Mais il y avait d’autres centres chrétiens dans la
16 ἢ APOCALYPSE DE SAINT JEAN.
province : Troas (Act. xx, 5-6); probablement à en juger d'après 1 Pet. τ, 1, Cyzique, au N., port très important entre l'Asie et la Bithynie ; Tralles et Magnésie également, dans la région même d'Ephèse, car les lettres de saint Ignace d'Antioche, écrites vingt ans au plus après l'Apocalypse, nous y montrent des communautés florissantes, qui ne devaient pas dater seulement de la veille. Pourquoi Jean a-t-il négligé toutes ces villes, ainsi que Colosses et Hiérapolis, sans parler de Milet, où il semblerait aussi y avoir eu une église, d'après Act. xx, 17-suiv. ?
Nous résumons Ramsay (Letters, ch. x1v), qui a bien étudié cette question, et y a apporté la réponse qui paraît la plus plausible. Les sept cités prises ensemble, à cause du sens de plénitude qu’a le nombre sacré sept, représentaient toute la province, et celle-ci toute l'Eglise; elles répondaient, par leurs caractères respectifs, à sept groupes d’attributs du Fils de l'Homme. Mais comment s'est faite la sélection? Pour faire sept, l’auteur aurait bien pu en choisir d’autres que celles-là. On comprend qu'il n'ait pas laissé de côté des centres extrêmement importants comme Éphèse, Smyrne et Pergame, ni encore Sardes et Laodicée, chefs-lieux administratifs de districts (conventus). Mais Thyatire et Philadelphie n'étaient que des villes secondaires des conventus de Pergame et de Sardes. Est-ce que leurs chrétientés étaient plus nombreuses, ou que le Prophète les connaissait mieux ? C’est possible, mais conjectural.
Le choix ne répond pas non plus à une division géographique de la province : le Sud, l'Est et le Nord sont complètement négligés, et même toutes les villes de l'Ouest ne sont pas nommées. Mais il faut remarquer que les sept cités se trouvent toutes situées sur la grande route circulaire qui joignait les parties de la province les plus riches, les plus influentes et les plus populeuses. De même que I Pet.1, 1 énumère les pays dans l’ordre où les rencontrerait un messager débarquant au point le plus éloigné de Rome, dans le Pont, ainsi les Sept Églises sont nommées dans l’ordre suivant lequel pouvait les atteindre, au long de cette route, un messager parti de Patmos pour le continent. Il débarquait naturellement au grand port d'Éphèse, pour aller au nord, par Smyrne, jusqu'à Pergame, le long de la voie la première construite par les Romains, lors de l’organisation de la
province. De là, tournant au 5. E., par le chemin des Postes impériales, il pas-
sait successivement par Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée, d’où, par la
grande route centrale de l'Empire, le long des vallées du Méandre et du Caïstre, |
il pouvait rejoindre Éphèse, laissant à chaque église une copie du message johannique, et le soin de le divulguer dans les églises avoisinantes. Mais d’où vient alors l’omission de Hiérapolis, Tralles et Magnésie, ces deux-ci plus considérables que Philadelphie ou Thyatire? Ramsay recourt à l’hypothèse que l'Asie aurait été divisée, dès avant la composition de l’Apocalypse, en sept districts postaux, où les émissaires des grandes compagnies commerciales, imitant le service postal officiel (qui ne servait qu’à l'Administration), auraient déposé leurs messages. Très vraisemblablement alors, chaque district devait avoir pour centre une de nos sept cités : Pérgame, pour tout le Nord, Troas, Adrumète peut-être et Cyzique; Thyatire pour un district intérieur, au N. E.; Sardes, pour le reste de la vallée moyenne de l'Hermus; Philadelphie, pour la Lydie supérieure et la Phrygie nord, dont elle était « une porte » (Apoc. τι, 8); Laodicée, pour la vallée du Lycus et la Phrygie centrale, dont elle devint la métropole chrétienne;
Éphèse, pour le bassin du (αϊβίγθ, les rives et les côtes du bas Méandre Smyrne, pour la vallée du bas Hermus, et les côtes ioniennes du Nord. Le messager n'aurait pu aller lui-même à Troas, par exemple, sans allonger considéra= blement son chemin; mais Troas était sur la route impériale de Pergame à Lampsaque. Magnésie et Tralles pouvaient recevoir la lettre d'Ephèse directement, longtemps avant que le messager supposé les traversät; quant à Colosses et à Hiérapolis, leur voisinage de Laodicée rendait suffisant de communiquer l’Apocalypse à cette dernière. Ainsi, l’on aurait eu tellement l'habitude de penser à ces sept villes pour le circuit, que Jean eût tout naturellement nommé celles-là, et dans cet ordre. Cela n'exclut pas, du reste, qu’il y ait eu plus de sept districts, et que Jean ait exclu tel ou tel nom moins important pour faire juste le nombre sept. L'hypothèse, séduisante, et admise aussi de Swete, doit être nécessairement complétée par la supposition que l’ « Ange » de chaque église respective pouvait être considéré comme résumant le caractère commun de toutes les églises de moindre importance qui s’y rattachaient dans la même région.