‹ L'ApocalypseChapitre 128 sur 239 · EXC. IV. — ÉPHÈSE ET L'ÉGLISE D'ÉPHÈSE · texte numérisé non relu

EXC. IV. — ÉPHÈSE ET L'ÉGLISE D'ÉPHÈSE

Il ne reste plus d'Éphèse que le village d'Aya-Soluk (ἁγίος θεόλογος), avec de considérables ruines déblayées par l’Institut archéologique autrichien, au milieu desquelles Wood, en 1869, a découvert le fameux temple d’Artémis. C'était pourtant alors la ville principale de l'Asie Mineure, située au bord d’un golfe, avec un port considérable qui en faisait « le principal marché de l'Asie en deçà du Taurus » (Srrason xiv, 24). Mais les alluvions du Caïstre ensablaient continuellement ce golfe, en sorte que la cité, qui, depuis sa fondation par des colons ioniens ou attiques, vers 1100 av. J.-C., s'était déjà déplacée plusieurs fois, et courait après la mer, a fini par s'arrêter au milieu de la plaine grandissante, et disparaître. Au 1° siècle, elle formait le centre des grandes communications internationales entre l'Italie, Marseille, la Grèce, l'Égypte d’une part, l'Euphrate et l'Orient de l’autre. Ses industries étaient florissantes, sa civilisation raffinée. Patrie du philosophe Héraclite, qui, le premier dans l’histoire, a parlé du λόγος divin, elle comptait encore nombre de philosophes et de rhéteurs, des écoles de

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peinture et de sculpture. La politique municipale y était très vivante; et la présence d’ « Asiarques », au temps où saint Paul l'évangélisa (Act. x1x, 31) montre l'importance qu’elle avait pour le Kotvév, ou « Commune » d'Asie, donc son influence sur le gouvernement de toute la province. S'il n’est pas sûr que le proconsul y résidât régulièrement avant le règne d'Hadrien, du moins elle était la ville la plus importante, la capitale de fait, et pouvait disputer à Pergame le titre de « métropole ».

Mais sa célébrité religieuse était plus grande encore. De toute antiquité, et malgré l'introduction d’Athènè par les Grecs, Éphèse avait été la cité d'Artémis — une Artémis barbare, anatolienne ou hittite, qui n'était qu'une forme de la « Grande Déesse » commune à tous ces pays, et dont les images, avec leurs multiples rangs de mamelles et la gaîne qui entourait les membres inférieurs, n'étaient pas du tout helléniques. Les relations commerciales en avaient répandu le culte jusqu’au pays de la Méditerranée occidentale: elle était celle « que toute l'Asie et le monde civilisé adorent » (Act. x1x, 27). Éphèse était donc une vraie métropole religieuse; son Artémision, une des « 7 merveilles du monde »; de plus, la magie y florissait, comme l'indiquent les Actes eux-mêmes (ch. xrx, 19), et les formules incantatoires, dites ἐφέσια γράμματα, si célèbres dans toute l’antiquité. Le culte impérial y avait été établi dès les premières années d'Auguste, par un autel érigé à l'empereur dans l'enceinte même du temple d'Artémis, fait qui prouve que cette nouvelle religion, loin de se poser en rivale, tendait, là comme ailleurs, à s'appuyer sur les cultes locaux. Mais ce n’était encore qu’un culte municipal; plus tard seulement, sous Claude ou Néron, puis sous Hadrien, et sous Septime-Sévère, Éphèse eut ses temples provinciaux à l'Empereur, ce qui la fit trois fois Νεώχορος.

Saint Paul évangélisa Éphèse, on sait avec quel retentissant succès. Saint Jean dut s’y établir après la mort de l'Apôtre ét le départ de Timothée. Dans la vision de Patmos, le Christ se révèle à cette métropole, tant administrative que chrétienne, comme Celui qui est le vrai et l’unique Chef de toutes les églises. Il la loue de son orthodoxie, qui est attestée aussi par la lettre d’Ignace; en effet, Ephèse avait dû être particulièrement tentée, car sa situation faisait que beaucoup de prédicateurs itinérants, « apôtres » suspects, passaient par là, pour combattre l’œuvre de Paul ou prétendre la perfectionner; mais les Ephésiens avaient su les juger à leur juste valeur. D’un autre côté, si la ferveur diminue, si l'enthousiasme se refroidit, comme on en a déjà l'indice dans les lettres à Timothée, l'influence d'Éphèse, comme église-mère de l'Asie, disparaîtra; le « flambeau » ne brillera plus au premier rang. Il vaut beaucoup mieux interpréter ainsi la menace, que de la traduire avec Grotius et Ramsay : « Je déplacerai encore ton site, je ferai ta population s’en aller ailleurs », malgré la possibilité qui subsiste d’une allusion ingénieuse aux déplacements successifs de la ville; car ce n'est pas là une peine spirituelle qui eût atteint directement l'Eglise. Le texte ne parle pas non plus d'extinction du flambeau, d’apostasie ou de réprobation, ce qui paraîtrait disproportionné à la faute. Quant à la promesse des fruits de Τ᾿ « arbre de vie », elle est doublement bien appropriée; de même que l'humanité sauvée trouvera le bonheur, symbolisé par le retour au Paradis de la Genèse, ainsi ceux qui ne laisseront pas glacer leur ferveur primitive, qui « vaincront » la roideur contagieuse et se remettront à leurs « premières » œuvres, goûteront

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dans toute leur délice les fruits de l’« Arbre de vie », symbole de la nourriture spirituelle, du sacrement de la charité dont ils ont apprécié la douceur aux premiers temps de leur conversion. Ajoutons que cette image, quoique biblique,

n’était nullement incompréhensible pour des Grecs et des Anatoliens : les monnaies mêmes d'Éphèse, avant Alexandre, portent un arbre sacré associé à Artémis (Voir Ramsay, Letters, ch. xvir, Ephesus the city of Change).

B. Lettre ἃ Smyrne.

A. B. C. 8. Encore τῷ au lieu de τῆς dans À, admis ici de Swete, et étendu par W-H, aux sept lettres; — He pour ἔζησεν, correction inutile dans Av56-49-20923, et 1073. — νεκρός... ἔζησεν, οἷν. 1, 17; Rom. χιν, 9. — πρῶτος (πρωτότοκος À) χαὶ ἔσχατος, voir 1, 8. Ces expressions ER Fonaliià du Christ à Dieu; ἔζησεν aoriste, au lieu de ζῇ, ζῶν ἐστι, attire l'attention sur le fait et le moment de la résurrection (Bousset, Swete).

A. B. 9. Τὰ ἔργα καὶ... après οἶδα, dans N, Q, And, syr., arm., Aréthas. — Remarquer les deux parenthèses énergiques, certaines ici, qui montrent le style de

l’auteur, et peuvent servir à interpréter ailleurs d’abrupts changements de construc- .

tion, ainsi 11, 2. — συν. τοῦ 2... cfr. πι, 9 contraste voulu avec la συναγωγὴ τοῦ θεοῦ, de Num. XVI, XX, XXXI, συν. ὁσίων. Chu Sal. xvu, 16; cfr. pour'le sens Joh. vin, 4. Les « vrais Juifs » sont les chrétiens, Rom. τι, 28; Gal. vi, 15. — « Le Premier et le

Dernier » cfr. xxn, 18 — ἐχ pour le génitif de sujet, Ixtrron. c. x, $ IT.

G. 9. Le Martyre de Polycarpe révèle la puissance des Juifs à Smyrne, encore cinquante années plus tard. Voir Zgn. ad Smyrn., Schürer 1, pp. 11, 39, 54. L'auteur estime le nom de Juif, et Bousset a tort d’opposer son attitude à celle du 1Ve Évangile. (Voir Joh. τ, ἃ : « les siens (c’est-à-dire les Juifs) ne l’ont pas reçu » et ιν, « Le salut vient des faits ». ἢ} peut y avoir rapport entre la « tribulation » et l’« indigence » qui fait que l’Église a ainsi plus de peine à se défendre des persécuteurs. Cette lettre

est juste l'inverse de celle à Laodicée.

À. B. C. 10. Μή au lieu de μηδέν : À, Ὁ, And. al. C’est probablement pour corriger la dure construction, qui met & pluriel en accord ad sensum avec μηδέν. — ἐξ ὑμῶν, régime direct, tournure johannique, Inr. ch. x, ὃ II — δή ajouté après ἰδού (Q et rec. K), serait unique dans l’Apoc. — Le présent ἔχετε, qui modifie le sens, dans ὦ, P, Ay20-r1-1r, 41578-12-181; ἔχητε, admis de $wete, dans À, Av 30-36-2019, a 203-81-203, Prim. — διάδολος, cfr. χατήγωρ de x11, 10. — στεφ. τῆς ζωῆς, οἷν. σας. τ, 12 : I Pet. v, 4.

C. 10. Jo. Weiss voudrait attribuer arbitrairement ce verset au « rédacteur », car, selon lui, l'écrit primitif de Jean ne supposait pas l’imminence de persécutions violentes. Les « 10 jours » signifient une courte durée (Aréthas : ἐφήμερος, Bousset, Calmes, Swete, etc.) Swete croit cette expression inspirée matériellement de Dan. τ, 12, 14, quoiqu'il s’y agisse de tout autre chose. La courte durée doit elle-même être un symbole de l'impuissance des attaques du mauvais (Ixvrrop. ch. v, ὃ II). Aussi Bède l'entend du temps entier de cette vie d'épreuve, et cherche un rapport — bien détourné il est vrai — avec les Dix Préceptes du Décalogue. Beatus : les 10 persécutions. — Les calomnies des Juifs (οἷν. Mart. de Polycarpe) seront cause de cette persécution, qui sera sanglante, car l’'emprisonnement peut très bien présager la mort (Ramsay). La « couronne », ici, est signe, non de royauté, mais de fête ou de victoire. C’est une image empruntée aux Jeux publics (Calmes), maïs qui peut très bien avoir un rapport topique, comme γίνου πιστός, avec les gloires particulières de Smyrne (v. Exc. V).

—— A. B. C. 11. οὐ μή, formule très solennelle de négation, que nous avons rendue par ne.. jamais (INrroD. ch. x, πὴ). — ἀδικεῖν, au sens transitif, οἷν. Apoc. vi, 6,

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