EXC. V. — SMYRNE ET L'ÉGLISE DE SMYRNE
Le grand port de Smyrne, qui était alors le plus important après Éphèse, est situé au Nord de celle-ci, au pied de la chaîne du Tmolus. C’est un des plus séduisants sites du monde, et, entre toutes les villes d'Asie, Smyrne se déclarait sur ses médailles « la première pour la beauté ». C'était, d'après Æ{ius Aristide, τὸ τῆς ᾿Ασίας ἄγαλμα, que le zéphyre entretenait « fraîche comme un bosquet ». Ramsay établit, d'après les discours de ce rhéteur, et d’Apollonius de Tyane, que l'expression « la couronne de Smyrne » devait être courante de ce temps-là pour désigner les magnifiques constructions entourant la hauteur qui domine la cité à l'Est, pareilles à une guirlande de fleurs posée sur le front de l’&yælua, l’idole de l’Asie, assise comme à un banquet perpétuel.
Smyrne avait connu pourtant des vicissitudes. Colonie éolienne, puis ionienne,
fondée vers l’an 1000, et patrie traditionnelle d'Homère, elle ‘disparaît quelque temps de l’histoire, après sa destruction au début du vi siècle par Alyatte et les Lydiens. Mais les diadoques Antigone et Lysimaque la restaurèrent, et la cité ionienne, redevenue florissante et splendide, s'unit d’une alliance étroite et durable avec Rome contre les Séleucides. De là l’épithète de « fidèle », qui tenait fort au cœur de ses citoyens.
Cette fidélité se traduisit, malheureusement, par un grand zèle pour le culte impérial; dès 195 av. J.-C., au temps de la pleine puissance d’Antiochus le Grand, Smyrne avait érigé un temple à la « Déesse Rome »; voilà pourquoi, en 26 de notre ère, elle fut préférée par ses maîtres à Éphèse et à Pergame pour l'érection d’un Augusteum à Tibère, à Livie et au Sénat (Tacite, Annales, 1v, 15). Le Kowcy d'Asie y célébrait des fêtes périodiques en l’honneur des Augustes, et c'est à cette occasion que saint Polycarpe, — qui peut-être en était déjà l’évêque
pe LT A LE
L PAT DA ἡ νην ὙΠ bre 41? AN Wen Ar TALIE Ι ru ἣν τ À 4} À à Ne 1} » ἡ TK ΔΝ À FUN ΠΝ 1e DR OMR ν ἶ VA ) 1 * ἡ ' τ Wa \ ἱ
15 AR νος APOCALYPSE DE SAINT JEAN. 27
C. π΄. 8. Et à l’Ange de l'Église {qui est] à smyrne, écris :
« Voici ce que dit le Premier et le Dernier, qui s’est trouvé mort et ἃ [re|vécu. 9. Je connais ta tribulation et ton indigence, — mais tu es riche! — et le blasphème [proféré| par ceux qui disent être Juifs, — et ils ne le sont pas, mais une synagogue de Satan! 10. Ne crains rien [des peines] que tu es près de souffrir. Voiei que le diable est près d’[en] jeter d’entre vous en prison, pour que vous soyez tentés; et vous aurez une tribulation de dix jours. Trouve-toi fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie. 11. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l'Esprit dit aux Églises : Le victorieux ne sera jamais atteint par la Seconde Mort. »
au temps de l’'Apocalypse, car il est mort très vieux, — subit le martyre pour avoir refusé de dire : « César est Seigneur ». Les Juifs poussèrent le peuple à demander sa mort (Mari. Pol, χτι, χιπι, xvu, xvim). Par ailleurs, on y honoraït spécialement un Zeus, la « Magna Mater » anatolienne sous le nom de Némésis, et Homère comme héros local.
La « couronne de vie » est une image néotestamentaire, très claire en soi, mais qui peut contenir une allusion à la « couronne de Smyrne »; de même Apollonius de Tyane avait souhaité à la ville « une couronne de citoyens ver-
tueux » plutôt que de bâtiments et de portiques. Le Γίνου πιστός, fidèle, fidèle
“jusqu'à la mort, peut être la transformation d’un compliment banal, que les Smyrniotes attendaient dans toutes les allocutions profanes, en un merveilleux éloge divin. Un chrétien, dit justement Ramsay, pouvait être un patriote, fier des gloires de son pays. Ainsi saint Paul se glorifiait de Tarse (Act. xxr, 39). Ces lettres, ajoute le savant écossais, montrent mieux le caractère de Jean qu'aucune autre partie du livre, car il est ici plus en contact avec les réalités présentes. — Mais où est alors le Judéo-chrétien fanatique de Renan et d’autres exégètes prétendus psychologues, le Jean n'ayant qu'un mépris amer et sans nuances pour tout ce qui est aimable ou glorieux dans la vie terrestre, et l’histoire des Gentils ? (Ramsay, Lettres, ch. xix-xx).