EXC. IX. — PHILADELPHIE ET L'ÉGLISE DE PHILADELPHIE
Aucune de ces lettres, si ce n’est la suivante, n’est en correspondance plus frappante avec tout ce que l'histoire profane nous apprend sur la ville en cause. Philadelphie — aujourd'hui Alacheher, sur le chemin de fer de Smyrne à Kara-Hissar, n’était qu'une assez petite ville, fondée par le roi de Pergame Attale 11 (159-138), pour propager la culture grecque en Lydie et en Phrygie; elle adorait spécialement le Dieu-Soleil et sans doute Asklèpios. Située dans la contrée volcanique dite χαταχεχαυμένη, elle était exposée à de fréquentes secousses du sol. En l'an 17 de notre ère, le tremblement de terre lui fut désastreux, au point que la terreur durait encore des années après, et que beaucoup d'habitants s'étaient décidés à habiter en dehors de ses murs (Sérabon, x, 10). À cette occasion, elle éprouva la libéralité de Tibère, et, non contente d'établir le culte du fils adoptif de l’empereur, considéré comme son héritier présomptif, Germanicus, qui se trouvait alors en Asie, elle se donna le « nom nouveau » de « Néocésarée »; cas unique parmi ces villes, car le « Cæsarea » de Sardes n’était qu'une épithète. Plus tard, sous Vespasien, elle y ajouta « Flavia »; elle eut son néocorat sous le A de Caracalla seulement, entre 211 et 247.
Cette histoire explique assez les métaphores de la lettre : la « porte ouverte », la « colonne », emblème de stabilité, le « ἔξω où μὴ ἐξέλθη ἔτι », le « nom nouveau », plus glorieux que celui de Néocésarée, la préservation de la « tentation », des calamités futures, beaucoup plus redoutables que les ‘tremblements de terre qui inspiraient tant de crainte en ce pays (Ramsay, Letters, ch. xxvnxxvIn, Lighifoot, Lettres d'Ignace aux Philad; Swers, Introd. p. [xrv).
Ὁ. mm. 14. Et à l’Ange de l’église {qui est] à Laodicée, écris :
« Voici ce que dit l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le principe de la création de Dieu; 15. Je connais tes œuvres, que tu n'es ni froid ni chaud. Mieux vaudrait que tu fusses froid ou chaud. 16. Ainsi, parce que tu es tiède, et ni chaud ni froid, je suis près de te vomir de ma bouche. 17. Parce que tu dis : Je suis riche, et je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien — et tu ignores que c’est toi le malheureux, pitoyable, mendiant, aveugle et nu, — 18 je te conseille de m'acheter de l’or éprouvé au feu,
B. C. 14. Les exégètes rapprochent ce titre « ὁ ἀμήν », d'Zs. Lxv, 16 : « Qui voudra se bénir dans le pays se bénira ἸῺΝ VA9N2 », que les LXX rendent τὸν θεὸν τὸν ἀληθινόν,
et Symmaque, τὸν θεὸν ἀμήν. L’ « Amen », formule solennelle d’aflirmation, si usitée par J.-C. dans l'Évangile, est ici personnifié; il représente, en contraste avec le triste caractère de Laodicée, l’Étre qui est la véracité absolue, le type même de la fidélité, qui met le sceau à toute vérité et perfection, celui dont la nature et [6 caractère sont garants de son témoignage, et qui est immuable dans ses paroles et ses œuvres (Æort, Bousset, Swete, al.); le « témoin fidèle », Apoc. 1, 5, et « ἀληθινός », encore cette épithète johannique de Dieu et du Christ, οἷν. mr, 7; vi, 10; x1x, 11. — à ἀρχὴ τῆς χτίσεως τοῦ θεοῦ correspond aux expressions pauliniennes πρωτότοχος πάσης χτίσεως et ἀρχή, πρωτότοχος ἐχ τῶν νεχρῶν de Col. τ, 15, 18. C’est une coïncidence remarquable, observe Bousset, que cela se lise justement dans une lettre adressée à cette église de Laodicée, qui avait dû lire l’épître aux Colossiens (Col. τν, 16). Nous voyons par là combien le choix de ces désignations était peu laissé au hasard ; c’est un signe certain qu'il y ἃ emprunt intentionnel à Paul, donc que la christologie de Jean est paulinienne. Il ne faut pas interpréter ἀρχὴ τῆς χτίσεως dans le sens arien de « première créature », avec Ewald, Holizmann, et même Bousset, mais, d’après tout le contexte des écrits johanniques, et Paul, et l’Apocalypse elle-même, rapprocher cette expression de πρῶτος χαὶ ἔσχατος, À χαὶ Q, ἀρχῇ καὶ τέλος (τ, 17; 11, 8; xx, 18 ; 1, 8; xx1, 6; xxn, 13), qui sont dits, tantôt de Dieu, tantôt du Christ; c'est donc encore une épithète divine, « le principe de la création de Dieu » οἷν. Joh. 1, 3. L'idée répond à celle de 1, 17 « Je suis le Premier et le Dernier », dans la vision d'introduction. André : ἀρχή..... ὡς τῶν xtioudtuv δεσπόζουσα. ᾿Αρχὴ γὰρ χτίσεως ἣ προχαταρχτιχὴ αἰτία χαὶ ἀκτιστός.
C. 15. Sur la suffisance de Laodicée, cause d’un orgueil et d’une tiédeur qui répugnent à la vérité divine plus que des fautes graves, mais avouées, voir l’Exc. x. Dupuis, dans l’Or. de tous les cultes, avec sa géniale théorie astronomique, disait à ce propos : « Si nous passons à la dernière église (ur, 45) et à son génie tutélaire, nous y reconnaîtrons presque tous les traits que l'astrologie donnait au vieux Saturne, vieillard lent et glacé » (cité par Clemen, Ὁ. 67). Ainsi l’Ange d'Éphèse, ville de Diane, était la Lune, celui de Thyatire Vénus, étoile du matin, etc. Winckler (Altorientalische Forschungen, τι, 389, 1901), et Jérémias ne sont pas restés en arrière. Pour ce dernier (pp. 26-27), les sept étoiles (Anges) que tient le Christ dans sa droite, représentent le Sauveur comme le Soleil, Mardouk avec les sept Pléiades; le « Premier et Dernier », qui était mort et qui ἃ revécu, comme la Lune, à cause de ses phases; le « Fils de Dieu » comme Nabou, fils de Mardouk; la « clé de David » rappelle le motif Ishtar- Tammouz; « Amen » équivaut à Saturne, "ἢ « Urgrund ». C’est à titre de pure curiosité que nous mentionnons cette scientifique exégèse. |
A. B. G. 16. χλιαρός est un hapax légomène (Inrrop., c. x, $ ἢ) — μέλλω σε ἐμέσαι, qui répugnait à la délicatesse de quelques scribes, ἃ été changé par eux en παύσε (N), en ἐλέγχω σε (1073). La menace n’est pas, ici encore, purement eschatologique
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πλουθήσῃης, χαὶ ἴμάτια λευχὰ ἵνα περιδάλῃ nai μιὴ φανερωθῇ À αἰσχύνη τῆς γυμνότη-
τός σου, χαὶ χολλούριον "ἐγχρῖσαι τοὺς ὀφθαλμούς σου ἵνα βλεπῆς. 19. ᾿Ιὐ γὼ ὅσους "ἐὰν φιλῶ ἐλέγχω χαὶ παιδεύω᾽ ζήλευε οὖν χαὶ μετανόησον. 20. ᾿Ιδοὺ ἔστηχα ἐπὶ τὴν θύραν καὶ χρούω᾽ ἐὰν τις ἀχούσῃ "τῆς φωνῆς mou, χαὶ ἀνοίξῃ τὴν θύραν, “nat εἰσελεύσομαι πρὸς αὐτὸν χαὶ δειπνήσω μετ᾽ αὐτοῦ καὶ αὐτὸς μετ΄ ἐμοῦ. 21. Ὃ γιχῶν δώσω αὐτῷ χαθίσαι μετ᾽ ἐμοῦ ἐν τῷ θρόνῳ μου, ὡς χἀγὼ ἐνίκησα χαὶ ἐχάθισα μετὰ τοῦ πατρός μου ἐν τῷ θρόνῳ αὐτοῦ. 22. © ἔχων οὖς ἀχουσάτω τί τὸ πνεῦμα λέγει
(contre Bousset, al.). Jésus fait entrevoir à ces tièdes la soustraction de sa grâce, qui laisserait mourir chez eux les derniers restes de foi et de vie chrétienne. Peut-être (Swete, Ramsay, v. Excursus x), y a-t-il une allusion locale aux sources chaudes d'Hiérapolis, dont les eaux, coulant en plaine, devenaient tièdes et impotables.
—— A. B. GC. 17. Nous admettons οὐδέν, de A, C, x 1578-12-181, α 203-181-203,
avec Tisch., W-H, Nestle, Bousset, Swete, contre οὐδενός, plus grammatical, d'Orig. et And., suivis de von Soden; — πεπλούτηχα, οἷν, Osée xn1, 8, reproche à Ephraïm. — Les Laodicéens étaient infatués d'eux-mêmes, comme les Corinthiens (1 Cor. 1v, 8). « Son bien-être matériel ne sert à l’église de Laodicée qu’à se faire illusion sur sa pauvreté spirituelle » (Calmes). Jésus les ramène au sens de la réalité par une série d’épithètes d'une rare vigueur. Remarquer l’article : ὃ ταλαίπωρος : tu es le pauvre entre tous. A. B. C. 18. Nous lisons l’infin. ἐγχρῖσαι avec W-H., Bousset, Soden, al., et non l'impératif ἔγχρισαι de Tisch. (oulg. « inunge », And., ἔρχρισον), car ainsi la phrase est aussi régulière et plus suivie. — rex. ἐκ πυρός. Cet ἐχ πυρός peut tenir lieu d’un datif instrumental (Inrron., ch. x, ὃ II), mais aussi, par ellipse, signifier « [sortant] du feu »; Cfr. pour l’image Ps. xvn (xvin), 313 Prov. xx1v, 28 (xxx, 5), et surtout I Pet. 1, 7, où elle est appliquée à la foi, ce qui doit être encore le sens ici. Les « vêtements blancs » (οἷν. Apoc., passim.; Εἶχα. xn) pour André, représentent ici les vertus, dont la grâce du Christ est la source; il ne s’agit pas encore de biens eschatologiques; cfr. χιχ, 8. Le « collyre » rendra l’acuité à leur vue spirituelle; André veut y voir la pauvreté, qui dessillerait les yeux de ces riches. Partout des allusions au commerce local (Exc. x). Contraste avec le message à Philadelphie.
—— À. B. 19. ἐάν, pour ἄν, est hellénistique; nombreux exemples dans le N.T., les LXX, et les papyrus (Blass-Deb. p. 107); l'emploi de la particule ἂν (ἐάν), en ce sens, est d’ailleurs très rare dans l’Apoc., contrairement à Joh. et à 1 Joh. — L'impératif présent ζήλευε (non ζήλωσον ou ζηλοῦ, α᾽Ν et quelques autres), suivi de l’aoriste μετανόησον, marque un choix délicat du temps (Bousset), digne d’un bon helléniste : car le zèle doit être continu, tandis que la conversion sera un acte transitoire. — οὖὗς..... ἐλέγχω, οἷν. γον. πι, 2; Jésus parle encore comme Dieu.
GC. 19. Ce verset et le suivant sont parmi les plus touchants du Ν, T.; l’auteur de l’Apocalypse, même en ses menaces les plus sévères, n’oubliait pas que « Dieu est amour ». Ramsay a grand tort de croire que cette explication miséricordieuse s’applique seulement à l’ensemble des églises, tandis que Laodicée serait condamnée irrévocablement; rien n'indique une restriction pareille, au contraire. βαθαὶ τῆς φιλανθρωπίας, s'écrie André, ému d’une telle bonté divine.
——— À. B. 20. φωνῆς, génitif; ailleurs, l’Apoc. (comme J/ok.) emploie l'accusatif φωνήν après ἀχόυνω, sans raison visible de cette différence, ainsi 1, 10; vi, 6, al.; toutefois, quand le régime est un nom de personne, il le met constamment au génitif, Sauf v, 13. — Καί, avant ἐλεύσομαι, est un hébraïsme demeuré assez curieusement rec. K.; aussi T'isch, et Bousset font-ils bien de le conserver, malgré l’omission des
pour que tu t'enrichisses, et des vêtements blancs pour que tu t’enveloppes, et que n’apparaisse pas la honte de ta nudité, et un collyre [pour] oindre tes yeux, afin que tu regardes. 19. Moi, tous ceux que j’aime je [les] reprends et [les] corrige; aie donc du zèle, et convertis-toi. 20. Voici que je suis debout à la porte, et je frappe : si quelqu'un entend ma voix, et ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi. 21. Le Victorieux, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône, comme moi aussi j'ai vaincu, et me suis assis avec mon père sur son trône. 22. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l'Esprit dit aux églises.
autres mss.— ἐάν τις &x., οἷν, Joh. x, 3. Holtzmann).— « Je suis debout à la porte, etc. » : il ne faut pas trop presser le parallélisme qu’on indique avec Mat. xxiv, 38: Zuc xu, 36 et Jac. v, 9, ni avec en. éth. ch. Lxir, 14.
C. 20. Bousset ne veut pas qu'on spiritualise ici, et il rapporte cette promesse au règne millénaire; mais ce n'est là que du parti pris, dû à sa thèse syncrétiste. Jésus se tient à la porte, maïs secrètement, humblement, « à la porte du cœur ». « Son avènement est sans violence » (Aréthas). Dans les parallèles indiqués cidessus, il s'agissait de la venue solennelle du Juge; ici le Seigneur change le sens de l’image, c'est l'arrivée d’un ami suppliant, et le ton est plutôt celui du Cantique des Cantiques que des menaces synoptiques. Car c’est l’homme qui doit ouvrir la porte à Jésus; c’est chez l’homme que Jésus entrera, c'est l’homme qui offrira le repas. Cette image du repas, dans Luc xiv, 15 et en de nombreux passages bibliques (15. xxv, 6) ou apocryphes, représente la béatitude de la vie future; maïs alors le repas est général, et ce sont les hommes qui entrent dans le palais de Dieu. Dans notre verset, nous voyons justement l'inverse. Il s’agit donc de l'entrée secrète dans le cœur, suivie des joies de la grâce, et, plus spécialement sans doute, de l’'Eucharistie. Il n’est aucune image, dans toutes ces Lettres, qui ait un caractère plus intime, plus individuel, et plus touchant.
A. B. 21. « Nominatif pendant », et pléonasme de αὐτῷ. — καθίσαι κτλ., οἷν. Mat. x1x, 28; Luc, xxu, 29. — ἐκάθισα, image du Ps. cx, 1, voir ch. v. — ἐνίκησα, οἷν», Joh. xvi, 33, mot johannique.
α. 21. Ici seulement la promesse devient eschatologique; les deux perspectives, de la vie présente et de la vie future, sont ici distinguées, tandis qu’elles étaient fondues à la fin des lettres précédentes. D'ailleurs cette royauté promise est déjà commencée sur terre (1, 6; al.). Restreindre ces promesses aux martyrs (Joh Weiss), c'est un vrai contresens; le Christ ἃ bien été définitivement vainqueur par sa mort et sa résurrection; mais aussi grâce à ce « quotidie morior » qu'il aurait pu dire avant son apôtre saint Paul; il en doit être ainsi pour ses fidèles,