‹ L'ApocalypseChapitre 139 sur 239 · EXC. X. — LAODICÉE ET L'ÉGLISE DE LAODICÉES · texte numérisé non relu

EXC. X. — LAODICÉE ET L'ÉGLISE DE LAODICÉES

Ce dernier message couronne dignement le premier septénaire et la série « des choses qui sont ». Il est le plus ample de tous, peut-être le plus. beau, pour la vigueur et la tendresse. Nous pourrions dire qu'il est le plus pittoresque aussi, car les allusions aux circonstances locales sont plus directes et plus transparentes que nulle part ailleurs.

Laodicée était une importante cité d'industrie et de commerce, en même temps qu'un centre d'enseignement médical. Fondée par Antiochus τι (261-

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246), dans la vallé du Lycus, en face d'Hiérapolis, dont les eaux thermales, s'écoulant en ruisseaux par la vallée, devenaient bientôt tièdes et impossibles à boire, elle avait crû rapidement sous la domination romaine; sa prospérité, comme le montre assez la lettre, la portait à une bourgeoise satisfaction d'elle-même où le sentiment religieux ne pouvait que s’attiédir. Sa fierté, son sentiment de « self-help » s'étaient montrés une trentaine d'années auparavant par un trait que rapporte Tacite, Annales, xiv, 29 : « Eodem anno (60) Laodicea tremore terrae prolapsa, nullo a nobis (1.6. Romanis) remedio propriis viribus revaluit. » Déjà alors elle disait : οὐδὲν χρείαν ἔχω. Vers cette époque, une communauté chrétienne y avait été fondée par les disciples de Paul (Col. u, 1; 1v, 13-16; cfr. Act. xrx, 10).

La ville était pleine de banques et de maisons de commerce; une de ses principales industries était la préparation de laines noires lustrées, avec lesquelles on fabriquait des vêtements spéciaux. À quelque distance s'élevait le temple de Mên carien, autour duquel se tenait un marché fameux. Des noms de médecins laodicéens illustres sont inscrits, au temps d’Auguste, sur les monnaies locales. Ils semblent avoir pratiqué surtout l'oculistique; Aristote parlait déjà de la « poudre phrygienne », et plus tard Galien du κολλούριον (De Sanitate tuendä, vi, 12); c'était un cylindre d’une pierre particulière, que l’on réduisait en poudre à appliquer sur les yeux, et qui était exportée dans tout le monde romain.

Le Fils de l'Homme, on l'a vu déjà dans la lettre à Sardes, est surtout sévère pour les tièdes qui s'enorgueillissent dans leur insuffisance. Il montre le contraste choquant qui existe entre ce qu'est Laodicée à ses propres yeux, et ce qu’elle est en face de l'idéal chrétien. L’or de ses banquiers n'est, devant Dieu, que de la fausse monnaie; au lieu de ses laines noires, elle ferait bien de songer à acquérir les vêtements blancs de la pureté et du triomphe; son collyre n’est pas celui qui guérira ses yeux aveuglés par la richesse. Maïs Jésus s'étend ensuite d’autant plus sur sa miséricorde, qu’il a blâmé en termes plus ironiques et plus véhéments; il adresse aux Laodicéens le plus touchant de ses appels, parce que ce sont des cœurs arides que l'égoïsme, l'intérêt, l'habitude des compromis, a rendus plus difficiles à atteindre (cfr. Ramsay,

Letters, ch. xxIx-xxx).

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