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EXC. XIV. — LE CIEL ET LA COUR CÉLESTE

Malgré le style lâche et extraordinairement redondant de la description, cette peinture du trône de Dieu et de la cour céleste est majestueuse et admirable, bien supérieure, sous le rapport de l’art, à la vision similaire d'Ézéchiel, et surtout à celles des Apocryphes. Elle est formée pourtant des mêmes éléments, dont l’origine astrale n’est pas douteuse. Le livre d'Hénoch prouverait à lui tout seul combien l'astronomie avait pénétré la tradition apocalyptique. La maison de Dieu, le trône de Dieu, c'est le ciel constellé d'étoiles, et peuplé d’intelligences angéliques. Sa tranquille magnificence contraste avec les scènes qui vont se passer en dessous; mais toute loi et toute impulsion

60 APOCALYPSE DE SAINT JEAN. d

B. Apparition de l’Agneau Rédempteur, et sa glorification comme maître des destinés (ὁ. v).

C. v. 1. Καὶ εἶδον ἐπὲ τὴν δεξίαν τοῦ καθημένου ἐπὶ τοῦ θρόνου βιθλίον γεγραμ.μένον "ἔσωθεν καὶ "ὄπισθεν, χατεσφραγισμένον σφραγῖσιν ἑπτά. 2 Kai εἶδον ἄγγελον ἰσχυρὸν χηρύσσοντα "ἐν φωνῇ μεγάλῃ" Τίς ἄξιος ἀνοῖξαι τὸ βιθλίον nat λῦσαι τὰς σφραγῖδας αὐτοῦ; 3. Kai οὐδεὶς ἐδύνατο ἐν τῷ οὐρανῷ "οὔτε ἐπὶ τὴς γῆς οὔτε ὑποχάτω τῆς γῆς ἀνοῖξαι τὸ βιόλίον οὔτε βλέπειν αὐτό. k. Καὶ ἔχλαιον πολύ, ὅτι οὐδεὶς ἄξιος εὑρέθη ἀνοῖξαι τὸ βιόλίον οὔτε βλέπειν αὐτό. 5. Kai "εἷς Ex τῶν πρεσθυτέρων λέγει μοι" μὴ χλαίε, ἰδοὺ "ἐνίκησεν ὁ λέων ὁ ἐκ τῆς φυλῆς ᾿Ιούδα, ἡ ῥίζα Δαυείδ, "ἀνοῖξαι τὸ βιόλίον χαὶ τὰς ἑπτὰ σφραγῖδας αὐτοῦ. 6. Kai εἶδον “ἐν μέσῳ τοῦ θρόνου nai

partent de là-haut; les fidèles peuvent donc déjà se rassurer. Saint Jean, s’il fut inspiré d’Ézéchiel et des Apocryphes, ἃ beaucoup simplifié leurs descriptions; tout est chez lui plus intelligible et plus plastique. 11 a dédaigné la topographie et la fantasmagorie des livres d'Hénochk ou de Baruck grec, il a Ôté aux Chérubins d’Ezéchiel leur apparence quadruple, qui déconcerte; en fondant ensemble les Chérubins et les Séraphins, les Ophannim et les Egrégores, Jean fuit les classifications trop précises de l’angélologie postexilienne; il reste dans la ligne des deux grands prophètes, Ézéchiel et Isaïe, dont il fait même une synthèse. La figure des Vieillards, qui lui est personnelle, au moins sous cette forme, ajoute aux anciennes visions quelque chose de plus spirituel, de plus proche de l'humanité; et la douceur simple et harmonieuse de l'apparition divine, au milieu de ces images de puissance, au centre même des tonnerres, montre le nouvel esprit qu'a apporté l'Évangile.

La description de l'habitat divin, tel qu’il apparut à Jean, n’est cependant pas complète; nous verrons plus loin qu'il faut y ajouter un autel des holocaustes, un autel des parfums, et un sanctuaire; car l'écrivain en parlera sans avoir annoncé leur apparition; rarement, nous le savons, il donne ses descriptions ou ses prophéties d’un seul coup. Le Temple Céleste est ainsi comme le prototype, l’idée du Temple de Jérusalem, cet « exemplaire qui fut montré » à Moïse « sur la montagne » (Ex. xxv, 40).

A. B. 1. On trouve ἔμπροσθεν pour ἔσωθεν (N); d’autres ajoutent χαὶ ἔμπροσθεν et ἔξωθεν pour ὄπισθεν. Bousset préfère la leçon ἔσωθεν χαὶ ὄπισθεν, qui est celle de P, Q, δ, vulg, boh., syr.8w, àrm., éth., Hipp, Prim., Vict., Tyc, Orig.rbie, et de nombreux minuscules; mais au nombre de ces autorités, il y a par trop de versions: nous gardons ἔσωθεν χαὶ ὄπισθεν, avec Tisch., Nestle, W-H, Swete, Soden; Zahn (Einl. 11, p. 596) et Nestle (Text. crit. p. 333), ainsi que Joh. Weiss dans 58 traduction, veulent rattacher ὄπισθεν à χατεσφραγισμένον. — « Livre scellé » οἷν. Zs. ΧΧΙΧ,

11; Dan, vin, 26; xn, 4, 9; aussi Ézéch. τι, 9-10, « livre roulé ».

C. 1. Ce livre, Dieu le tient sur sa main ouverte, c’est-à-dire qu'il l'offre à qui pourra le prendre. Ce livre se présente comme un rouleau de papyrus (volumen), et non un codex relié; il est « écrit en dedans et par derrière », autrement dit c'est un rouleau « opistographe ». On trouve des mentions assez fréquentes de cette forme de rouleau dans l'antiquité, Ezéch. τι, 9-10, Pline, Martial, Juvénal, Lucien.

C. v. 1. Et je vis sur la [main] droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et par derrière, scellé de sept sceaux. 2. Et je vis un ange puissant, qui proclamait d’une grande voix : « Qui [est] digne d'ouvrir le livre et d’en délier les sceaux? » 3. Et personne ne pouvait, dans le ciel ni sur la terre, ni en dessous de la terre, ouvrir le livre ni le regarder. 4. Et je pleurais beaucoup, parce que personne n'avait été trouvé digne d'ouvrir le livre ni de le regarder. 5. Et l’un des Vieillards me dit : « Ne pleure pas; voici qu'il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda, la Racine de David, pour ouvrir le livre et ses sept sceaux. » 6. Et je vis au milieu du

Généralement on n'écrivait que sur le recto de la longue feuille; mais la longueur du texte et la cherté du papyrus obligeaient parfois à couvrir d'encre les deux faces. Holizm, Bousset, Calmes, Swete, l'entendent comme nous; d’ailleurs cette forme seule explique que Jean puisse voir qu’il est écrit aussi sur le verso; cela n'aurait pas de sens avec un codex. Les sceaux sont disposés sur une même ligne longitudinale, sur le bord extérieur de la feuille, collé ainsi au rouleau : de sorte qu'on ne peut en commencer la lecture avant de les avoir rompus tous les sept (v. Exc. xvir.) — L'image des livres célestes est très fréquente dans la Bible et les Apocalypses; celui de notre chapitre contient les innombrables décrets de Dieu sur les destinées futures du monde, ἃ μέλλει γενέσθαι μετὰ ταῦτα, 1, 19. (V. Εἶχα. xvi) « Liber hic praesentis est mundi totius creatura » (Apringius); βιδλίον τὴν πάνσοφον τοῦ θεοῦ μνήμην νοοῦμεν... χαὶ τῶν θείων χριμάτων τὴν ἄβυσσον (And). Cette interprétation vaut mieux que celle d'Origène (sch. xxvn, οἷν. Philoc. τι, 1, 5), qui y voit les événements prédits dans l’Ancien Testament, lesquels ne sont devenus clairs qu'après la résurrection du Seigneur. C'est plutôt toute l’eschatologie, comprenant le déroulement des temps messianiques (And), tous les secrets du plan divin de notre salut. Ainsi Swete, etc. On peut l'appeler, avec Zahn et Joh. Weiss, le « testament divin »; il est fermé « non pas tant parce que nul n’en connaît le contenu, que parce que le contenu attend encore sa réalisation » (Zahn, Einl. n1, p. 597).

————— À. B. 2. ἐν instrum., corrigé par P, Æipp., Orig., And., al., lat., Prim. l’'omet toujours. — ἀνοῖξαι... χαταλῦσαι, hystéron-protéron de pensée. — Cfr. l’autre « ἄγγελος ἰσχυρός », de x, 1.

G. 2. L'Ange invite toute la Création à pénétrer les secrets de Dieu; c’est une manière dramatique de présenter les choses, pour faire ressortir tout à l'heure la transcendance divine de l'Agneau. Son rôle a de l'analogie avec celui de l’Ange de x, 1 (v. ad loc.).

.- A. B. C. 3. Les mss. hésitent entre οὐδέ et οὔτε. Cette division tripartite du monde répond à la cosmologie des anciens, depuis Babylone; ὑποχάτω τῆς γῆς

signifie l'empire des morts; And. et Calmes pensent aux âmes saintes qui ont quitté

leurs corps, mais il s’agit plutôt des démons souterrains; οἷν. Phil. τι, 10. — βλέπειν signifie-t-il « regarder » l'intérieur du livre, après l'avoir ouvert, ou bien fixer le regard sur le rouleau sceilé?; ce deuxième sens nous paraît le plus probable. Toute la création est saisie de respect et d’effroi devant l'instrument des volontés divines. A. C. 4. καὶ ἐγώ, κἀγώ, rec. Καὶ et And., — πολλοί, au lieu de πολύ, change le sens, dans Hipp. et qqs mss. — Jean pleure, non de voir l'ignorance des Anges (And.), mais à cause du brûlant désir qu'il ἃ lui-même de connaître les projets divins, inquiet comme il l’est dans son exil de l'avenir de ses communautés et de l'Église persécutée.

— Δ. 5. εἷς pour τις (Inrron. ὁ. v, $$ I-II) — ἐνίχησεν...... ἀνοῖξαι (ὁ ἀνοίγων Q,

τῶν τεσσάρων ζῴων χαὶ “ἐν μέσῳ τῶν πρεσδυτέρων ἀρνίον "“ἑστηχὸς ὡς Écpaymévoy, "ἔχων κέρατα ἑπτὰ na ὀφθαλμοὺς ἑπτὰ, "οἵ εἰσιν τὰ ἑπτὰ πνεύματα τοῦ θεοῦ "ἀπέσταλμένοι εἰς πᾶσαν τὴν γῆν. 1. Καὶ ἦλθεν καὶ "εἴληφεν “Ex τῆς δεξίας τοῦ χαθημένου ἐπὶ τοῦ θρόνου. 8. Καὶ ὅτε ἔλαθεν τὸ βιόλίον, τὰ "τέσσερα ζῷα χαὶ οἱ εἴχοσι τέσσαρες πρεσδύτεροι "ἔπεσαν ἐνώπιον τοῦ ἀρνίου, ἔχοντες ἕχαστος χιθάραν χαὶ φιάλας χρυσᾶς γεμούσας θυμιαμάτων, al εἰσιν αἱ προσευχαὶ τῶν ἁγίων. 9. Kai "ἄδουσιν δὴν χαινὴν λέγοντες᾽ Αξιος εἶ λαόεῖν τὸ βιόλίον καὶ ἀνοῖξαι τὰς σφραγῖδας αὐτοῦ, ὅτι ἐσφάγης χαὶ ἠγόρασας τῷ θεῷ "ἐν τῷ αἵματί σου Ex πάσης φυλῆς χαὶ γλώσσης Ka λαοῦ χαὶ

rec. K., Orig.) pourrait signifier « ἃ eu la force d'ouvrir », ἐνίχησεν équivalant alors à ἴσχυσεν, οἷν. Ps. Sal. 1v, 13 : ἐνίκησεν... σχορπῖσαι. Mais, d’après l'usage johannique, il vaut mieux prendre le sens absolu : « Il ἃ vaincu, pour ouvrir, en sorte quil ouvrira » (Holtzmann, Bousset, Swete, etc.).

B. C. 5. L'intervention d’un des Vieillards, pour consoler Jean, montre bien un rapport spécial entre ces personnages et l'humanité. Le « Lion de Juda », οἷν. Gen. xzix, 9, la « Racine de David » (id. xx, 16, indice d'unité de main entre cette partie-ci et la dernière, qui est incontestablement de l’auteur des Lettres; οἷν. Zs. xt, 10, ἣ ῥίζα τοῦ Ἰεσσαί) ouvrira le livre, parce qu'il est devenu le maître du monde par la victoire qu’il ἃ remportée sur lui (οἷν. Joh. xvr, 33). Spitta ne veut supprimer ce mot d'évixnsev que parce qu'il est trop johannique; Bousset lui réplique que la réapparition de ce mot, certain d’après toutes les autorités, est une des preuves de l'unité du livre.

A. 6. ἐν μέσῳ.... ἐν μέσῳ.. est une tournure embarrassée, analogue à celle de 1v, 6, qui montre encore l'inhabileté de l’auteur dans l'emploi des prépositions servant à indiquer les relations locales; elle répond sans doute à l’hébreu at. 1.3,

Gen. 1, 7; Léo. xxvin, 2, et signifie simplement l’espace intermédiaire entre les deux objets nommés. — ἀπεσταλμένοι est un solécisme assez habituel, ou bien est appelé par le genre α ὀφθαλμός (A; Tisch. W-H, Nestle, Swete, Soden; (τὰ) ἀπεσταλμένα N, a1573-138-2020, Av56-49-2023, a«115-30-1854, boh., Hipp.; (τὰ) ἀποστελλόμενα, Q, rec. K, Orig. And., syr.8*, al., suivis par Bousset; ἃ pour οἵ, Hipp., rec. K. Double solécisme ἑστηχώς, au nominatif masculin, (N, Av20-r1-1r, Av30-36-2019, al.), et ἔχων, mieux appuyé (N, À, Q, al.).

B. 6. ἀρνίον ὡς ἐσφαγμένον : οἷν. 75. Lin, 7 (πρόδατον), Jér. x1, 19. Le mot ἀρνίον apparaît dans l’Apoc. 29 fois en 12 chapitres; il se retrouve Jok. xx1, 15 (excepté D : rpd6ata); pour le Messie-Agneau, οἷν. Test. Joseph xix, 6, 8, associé au lion, et vainqueur; οἷν. Test. Benjamin wi, 8 (interpolations chrétiennes); pour le sens (le mot est ἀμνός), οἷν. Joh. 1, 29, 36; χιχ, 33-37; 1 Cor. v, 7; I Pet. 1, 19 (agneau de Dieu, agneau pascal). — Les 7 yeux-esprits, οὗν, 1, &; 1v, 5 (les 7 Esprits), Zach. πι, 9-10 et 1v, 10 (les 7 yeux de Jahweh), et les « yeux » des 4 Animaux. — Les 7 cornes : la corne est le symbole, (A.T., passim) de la force secourable ou de la force dynastique (cfr. particulièrement Zach. 1, 18-suiv.; Dan. vu, 7-suiv.; vin, 3-seq.; en. éth. xc, 37-suiv., où le Messie apparaît sous forme d’un buffle avec deux cornes noires). Ailleurs dans l’Apoc. x, 3; ΧΠΙ, 1, 11; xvu, 3-sq., les cornes appartiennent aux ennemis de l’Agneau.

C. 6. Par un magnifique contraste, qu'ont relevé Joh. Weiss et d’autres, le Lion annoncé apparaît subitement sous forme d’Agneau, c’est-à-dire d'Agneau pascal (v. parallèles, ci-dessus), portant encore au cou les marques du sacrifice où il a été égorgé, mais debout à cause de sa résurrection, de sa victoire. Il a été Lion pour vaincre la mort, mais agneau afin de souffrir pour les hommes (Vict.). Il n'apparaît

trône et des quatre Animaux et au milieu des Vieillards un AGN£au se

tenant debout, comme égorgé, ayant sept cornes et sept yeux, qui sont les

SEPT ESPRITS DE DIEU, envoyés par toute la terre. 7. Et il vint; et 1] a pris [le livre] de la droite de Celui qui est assis sur 16 trône. 8. Et lorsqu'il eut pris le livre, les quatre Animaux, et les vingt-quatre Vieillards tombèrent en face de l’Agneau, ayant chacun une cithare, et des coupes en or remplies de parfums, qui sont les prières des Saints. 9. Et ils chantent un cantique nouveau, disant : « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, parce que tu as été égorgé et tu as acheté pour Dieu, par ton sang, [des hommes] de toute tribu, et langue, ét peuple et nation, 10 et tu en as fait

cependant que « comme » égorgé, puisque maintenant il est vivant (1, 18, et Lettres). Parmi les Évangélistes, saint Jean est celui qui a parlé le plus expressément des plaies du Ressuscité, Jok. xx, 31; il n’est pas permis de négliger ce rapprochement. L’Agneau apparaît sur la mer de cristal, entre le cercle des Vieillards et le Trône porté par les Animaux (de Wette, al.), et non dans une position absolument centrale (οὖν. Bousset, qui se réfère d’une façon erronée à vu, 17), puisque bientôt on

va voir qu'il doit s'approcher du trône (ἦλθεν). Ses sept yeux et ses sept cornes

sont une image bien peu plastique; mais il n’y a que le sens qui importe. 115 expriment la plénitude (Sept) de son pouvoir royal, de sa force et de son omniscience (Holizmann, Swete, Bousset, etc); en d’autres termes sa divinité. Car « les 7 Esprits de Dieu » sont à Lui. Il les possède; or nous savons que c’est le Saint- Esprit personnel. Ces Esprits sont enpoyés — par l’Agneau lui-même, si l’on se réfère à Act. τι, 33, et à Joh. xv, 26, etc.; xx, 22, — sur toute la terre, par la grâce et par la mission universelle de l’apostolat catholique. L'image des vents est peut-être impliquée originellement dans ce symbolisme (Boll, p. 22). Et cependant ils restent au front de l’Agneau; bien mieux, ils sont présents, dans la même vision, sous un autre symbole, les 7 Lampes (ιν, 5), qui indique leur rapport avec le Père; c’est qu'ils appartiennent également au Père et au Fils. On sent quelle profonde théologie.— et combien johannique! — se cache sous l'apparence un peu désordonnée de toutes ces images. Du reste, cette double représentation n’est pas une raison de supposer une dualité de maïns (contre Joh. Weiss); pourquoi, dit Boussel, ne pas attribuer ces dédoublements à l’auteur lui-même aussi bien qu’au fait d’un « rédacteur » qui se serait donné à tâche de corriger? N’aurait-il pu, en effet, corriger mieux ? (Voir Inrron., c. vi et x1. — Pour l’Agneau, Εἶχα. xv). A. B. 6. 7. « To βιθλίον », nécessairement sous-entendu après εἴληφεν, a été ajouté par And., Hippol., quelques mss. d'André, et l'ensemble des versions. Le passage de

V'aoriste au parfait pourrait être intentionnel (Bousset, J. Weiss, Swete), car l’'Agneau

continue depuis lors à tenir au ciel 16 livre qu’il a reçu. Non seulement il s’est approché du trône de Dieu, mais nous verrons vi, 17, que lui-même y a pris place; cette intronisation est supposée d’ailleurs par tout ce qui suit dans cette péricope; et au ch. χχιι, 1, 3, il sera question du « trône de Dieu et de l’Agneau ». Un agneau prenant un livre et rompant des sceaux a troubié certains commentateurs, qui exagèrent le souci de plier les visions aux convenances des réalités terrestres. Est-ce là un motif consacré, et Jean n'aurait-il fait qu’appliquer au Christ, ressuscité et monté au ciel, à la droite de son Père, le thème de l’intronisation d’un dieu nouveau, qui se retrouve dans le « Poème dela Création », quand Mardouk reçoit de la main de Bel les tablettes des destinées ?

Gunkel (Verst. p. 62) Bousset, et l’école babyloniste l’ont cru; mais le parallélisme,

d’ailleurs assez lointain, peut aussi bien être dû au hasard (Exc. xv).

4 ΟΡ Ne re à ar 9 A SR RME PAT EE AN: LOC TO τ 48 ον LS he νον ka nant" y te y "ῷ { ὙΠ ᾿ « * ἜΝ ΕΟ ν, ἽΝ HAL te mu D SN ET AE ed de ἘΣ ; : | 1 ᾿ ER VAS ξ τος ὅς Δ Ὲ

ν ᾿ ὴ Et. L « Σ * tu LE] ν᾽ :

ἐθνοῦς, 10. χαὶ ἐποίησας "αὐτοὺς τῷ θεῷ ἡμῶν "βασιλεῖαν χαὶ ἱερεῖς, χαὶ Ἀβασιλεύουσιν ἐπὶ τῆς γῆς. 11. Kaï εἶδον, χαὶ ἤχουσα "φωνὴν ἀγγέλων πολλῶν χύχλῳ τοῦ θρόνου χαὶ τῶν ζῴων nai τῶν πρεσόυτέρων, καὶ ἦν ὁ ἀριθμὸς ἀυτῶν μυριάδες μυριάδων χαὶ χιλιάδες χιλιάδων, 12 "λέγοντες φωνῇ μεγάλῃ" ᾿Αξιόν ἐστιν τὸ ἀρνίον τὸ ἐσφαγμιένον λαθεῖν τὴν δύναμιν χαὶ πλοῦτον χαὶ σοφίαν χαὶ ἰσχὺν xat τιμὴν καὶ δόξαν nat εὐλογίαν. 13. Καὶ πᾶν χτίσμα, ὁ ἐν τῷ οὐρανῷ nai ἐπὶ τῆς γῆς χαὶ ὑποχάτω τῆς γῆς nat ἐπὶ τῆς θαλάσσης", χαὶ τὰ ἐν αὐτοῖς πάντα ἤχουσα "λέγοντας" Τῷ χαθημένῳ ἐπὶ τῷ θρόνῳ χαὶ τῷ ἀρνίῳ ἡ εὐλογία χαὶ À τιμὴ καὶ ἡ δόξα χαὶ τὸ χράτος εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. 14. Kat τὰ τέσσερα ζῷα ἔλεγον" ᾿Αμήν, nai οἱ πρεσθύτεροι "ἔπεσαν χαὶ προσεχύνησαν.

A. Β. 8. Correction ἔπεσον rec. Καὶ (Int. c. v, ὃ II); — αἵ (attraction) remplacé par ἅ N, Ὁ. — ἔχοντες ἕκαστος ne se rapporte sans doute qu'aux Vieillards, l'ambiguité est due à la négligence du style. — Même jeu de scène vir, 11 et xix, 4 (vid. ad loc.); allu-

sion dans l’Apocalypse de Paul, kk. — « Coupes à parfums » : οἷν, Ps. exu1, 2; cxLvn, ΠΣ τ 95; Ezéch; var, 11. | C. 8. Ainsi les êtres célestes associés à la royauté de Dieu adorent Jésus glorifié par la résurrection et l'ascension. Ils tiennent à la main des coupes : ce qui suppose la présence au ciel d’un « autel des parfums », dont il sera fait mention expresse vin, 3; toutes ces scènes se complètent, Jean n'ayant d’abord décrit que dans les grandes lignes l'habitat de Dieu. Ces parfums symbolisent les prières de l'Église, destinées à assurer l'avenir qui va se dévoiler; les Vieillards apparaissent ici très clairement comme des Anges intercesseurs, cfr. vin, 8 (v. ad loc.) et rien n’est plus naturel que de les distinguer des « saints » mortels dont ils offrent les prières. L'auteur, ou le « glossateur » n’a pas oublié que les 4 Animaux portent le trône (cfr. Sputta, Bousset); ils peuvent faire, sans l’ébranler, dans une vision surtout, leur geste de prosternement, et, si l'Agneau n’a pas encore pris sa place, ils peuvent le faire en face de lui; d'ailleurs ils n’abaissent point par là la majesté du Très-Haut, puisque l’Agneau est l'égal de son Père. Le danger pour les Vieillards de renverser leurs coupes impressionne Spitta; mais ce savant porte trop, dans l’autre monde, les craintes domestiques d’ici-bas. Rappelons-nous d’ailleurs, que Jean pense ses descriptions encore plus qu'il ne les poit. (Inr. c. x, ὃ ΠῚ et XII). |

—— A. 9. ἄδουσιν, changement de temps à cause de la vivacité de la représentation. — Le sens devient tout différent dans la majorité des témoins, qui portent, après τῷ θεῷ, le pronom ἡμᾶς, admis de Soden (N, P, Q, Hipp., Orig., And., la masse des minuscules, boh., syr., arm., lat., Cyp. Prim); alors les Vieïllards seraient nécessairement des hommes rachetés; mais ἡμᾶς manque A-3'-02, que tous reconnaissent comme un des meilleurs témoins, et «300-44-180‘ il nous est donc permis de le rejeter, avec l'ensemble des critiques. D'abord il serait difficile à concilier avec αὐτοῦς qui suit presque partout au verset suivant, quand il eût été si facile et naturel de répéter ἡμᾶς; mais la Vulgate seule, avec très peu d’autres témoins, a été conséquente, et a mis partout la première personne au lieu de la troisième. Souvenons-nous d’ailleurs qu'une locution commençant par ë peut facilement jouer le rôle de régime direct partitif, ou même de sujet, dans le style johannique (Inr. ὁ. v, $ II); dans notre passage, ἀνθρώπους est sous-entendu.

B. C. 9. Après avoir célébré le Créateur, les êtres célestes, avec non moins de solennité, chantent le Rédempteur des hommes, l’auteur de la nouvelle création ; cette correspondance est voulue de l’auteur, pour montrer la divinité et la toute-puissance de Jésus. Il a droit de se réserver (Aafsïv, au sens exclusif, comme 1v, 1, Hozlm, équivalant à λαδέσθαι, car Jean n'emploie guère la voix moyenne) le livre et son contenu,

pour notre Dieu une royauté et des prêtres, et ils règnent sur la terre. » 11. Et je vis; et j'entendis la voix de beaucoup d'Anges autour du trône, et des Animaux et des Vieillards, et leur nombre était des myriades de myriades, et des milliers de milliers, 12 disant d’une grande voix : « Digne est l'Agneau qui ἃ été égorgé de prendre [pour lui] la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. » 13 Et toute créature qui |est] dans le ciel, et sur la terre et en dessous de la terre et sur la mer, et tous les [êtres qui s’] y [trouvent], je [les] entendis qui disaient : « À Celui qui est assis sur le trône, et à l’Agneau, [soient] la bénédiction, l'honneur, la gloire et la domination dans les siècles des siècles! » 14. Et les Quatre Animaux disaient : « Amen! » Et Les Vieillards tombèrent et adorèrent.

c'est-à-dire de prendre en main la conduite des événements futurs, d’abord comme Dieu, avec son Père, mais aussi comme homme, depuis sa passion; il a racheté l'humanité par son sang, désormais elle appartient à l’Agneau. Ἀγοράζειν, pour la Rédemption (encore xiv, 3-suiv.), est un mot paulinien 1 Cor. vi, 20; vir, 28; ἐξαγοράζειν Gal. πι, 13; 1V, 5, aussi IT οί. 11, 1. — Ἔχ πάσης φυλῆς th, expression stéréotypée, ἘΠῚ ΧΙ: ὁ: XIII, 7: XIV, 6, Dites dans Dan. passim et IV Esd. πι, 7. Le « chant nouveau » répond au « nom nouveau », à la « Jérusalem nouvelle » (Swete), bref il célèbre toute l'économie nouvellement révélée de la Rédemption ; cfr. χιν, 3seq. Jean lui-même l’a entonné au début de son message, 1, 5-6. Dans l'A. T., passim., l’&ûn χαινή est entonnée dans les grandes circonstances, ‘né XLR 10 :.Ps. xxx ip: ΧΕ RCE) 15 CELIV, 9.

—— À. B. 10. Je conserve le βασιλείαν (même mot et même sens 4061, 6), de A, N, . C, 1073, Hipp., Orig., lat., syr., boh. avec Tisch., Nestle, W-H, Swete, Bousset, contre βασιλεῖς de And., que suit Soden. — βασιλεύουσιν, leçon de À, Q, 1073, beaucoup d’autres; ailleurs βασιλεύσουσιν futur, ou βασιδεύσομεν, ὃ 600-57-296, Αν 66-63-2029, Prim. et aussi Vulgate (qui a nos pour αὐτούς); Hippolyte s’est tiré de difficulté en laissant de côté ce dernier mot (v. supra A. 9). La leçon βασιλεύουσιν est appuyée par Le Cod. Alex Δι, qui a montré ici même la bonté ordinaire de son texte, en ce qu'il est à peu près le seul à ne pas porter ἡμᾶς au v. 9.

α. 10. Le « chant nouveau » exalte le pouvoir qu'a le Christ de présider au cours de tous les événements, particulièrement des événements spirituels de la grâce ; il a fait de ses rachetés « des rois et des prêtres »; eux aussi dominent le monde, et sont puissants par leur intercession ; si on lisait « et ils règneront », ce serait sans doute une allusion au Millénaire du ch. xx, ou bien ce « règne sur la terre nouvelle, que le Seigneur a promis aux doux Mat., v, 5 » (And.). Mais le présent est préférable, car les saints ont déjà commencé à régner (spirituellement) dès que le Christ a été glorifié; c'est le sens de toute l’'Apocalypse.

A. B. 11-12. Καὶ εἶδον, stéréotypé; — μυριάδες μυριάδων, qui devrait suivre plutôt que précéder χιλιάδες χιλιάδων, est omis 9, vulg, Prim.; οἷν. Dan. vu, 10; Hen. éth., χι, et Lxxx1, — λέγοντες, solécisme, ou apposition à ἀριθμός : ailleurs λεγούσαι, ou

| | λεγόντων, à cause du genre de μυρίας et χιλίας. — Même doxologie à sept membres, vu,

G. 12. Des myriades d'Anges, dont il n'avait pas encore été parlé, se joignent aux Animaux et aux Vieillards pour glorilier l'Agneau égorgé. Des termes nouveaux, richesse, sagesse, force et bénédiction s'ajoutent à la db dont Dieu était l'objet comme créateur (supra). Cela fait sept, c'est-à-dire que l’œuvre de Dieu et sa gloire, est devenue complète par la Rédemption, grâce au sacrifice du Christ (Int. c. vin).

——— À. 13. La copule ἐστι, après θαλάσσης, manque N, « 1573-38-2020, boh., syr, arm, éth.; mais N lit πᾶν κτίσμα τὸ... — τὰ πάντα... λέγοντας, accord ad sensum, ou plutôt solécisme; corrections πάντας (rec. K), λέγοντα (A, al.), ou ailleurs λεγόντων, régime régulier de ἤχουσα, avec nominatif absolu. — N, al., ont ἐπὶ τοῦ θρονοῦ.

G. 13-14. Cette doxologie est à quatre membres; la précédente en avait sept, et celle de 1v, 9, 11, trois. Tout cela est intentionnel : 4 est le chiffre qui est propre à la Nature, avec ses quatre parties (ciel, terre, enfers, et mer) ou ses quatre régions, (Nord, Sud, Est, Ouest), quand elle loue son Créateur; 3 convient à la louange du ciel, peut-être parce que la Trinité y réside; enfin le chiffre 7 est réservé à la louange du Dieu incarné, qui répare et complète l'œuvre créée, et dispense les 7 dons de l'Esprit. | |

Cette scène est admirable de grandeur. Le Christ, comme homme ou Agneau, vient de recevoir, avec le Livre, la domination de la Nature entière, qui le loue à son tour; et il est très significatif que cette louange s'adresse à Dieu et à l’Agneau indivisiblement, les égalant sans restriction. Les Animaux, qui sont dans un rapport spécial avec la Nature, confirment par leur « Amen » cette doxologie; seuls les plus élevés des êtres célestes peuvent prononcer cette dernière parole (Holtzm). André exprime ici une belle pensée : par cette association des Chérubins, on voit qu'il s’est fait des

Anges et des hommes un seul troupeau et une seule Église, grâce au Christ-Dieu, qui ἃ abattu le mur de séparation (Eph. τι, 14).

Holtz. rappelle ici Phil. 11, 10. En effet, devant Jésus a fléchi tout genou des êtres célestes, terrestres, et souterrains; tous ont confessé aïnsi qu'il est leur Seigneur, leur Κύριος, et la scène se clôt par l’adoration que lui rendent les plus hautes créatures du ciel. Les croyants qui luttent sur la terre peuvent maintenant attendre sans trop d’anxiété que leur avenir se dévoile, puisqu'il est en de si miséricordieuses et puissantes mains.

Les panbabylonistes ont bâti au sujet de cet Agneau intronisé avec Dieu des théories suivies et ingénieuses comme un roman, qu'ils poursuivent à travers le ch. x11 (v. ad loc.) et la dernière partie, les « noces de l’Agneau ». Le Christ se serait approprié l’histoire de Mardouk, vainqueur de Tiämat. La preuve en est sa prise de possession du Livre scellé; et, encore plus, ses « cornes » et ses « yeux » qui le désignent comme une nouvelle figure stellaire, la constellation du « Bélier »; aussi, au lieu d’éuvé, l'Apocalypse emploie un autre mot, ἀρνίον.

On peut voir là-dessus JÉrémiaAs, BNT, p. 16, Bozz, p. 44, et les auteurs auxquels ils se réfèrent; il ne faut pas négliger la discussion sensée de CLEMEN, pp. 80-81. Nous dirons simplement, pour nous, d’abord que ἀρνίον, diminutif de &pñv, signifie « agneau », un jeune bélier, autant que ἀμνός; οἷν. Luc x, 3, ἄρνας. Les parallèles bibliques cités ad loc. rapprochent cette figure de la victime pascale, qui n’était pas, croyons-nous, un bélier. L'origine de l’image est donc historique, non mythique. Ces auteurs, pour soutenir leur théorie, doivent au moins supprimer ἐσφαγμένον, Car ni la constellation, ni Mardouk, n'ont été offerts en sacrifice. Ÿ aurait-il dans la tradition apocalyptique une figure du Messie plus proche de notre passage que l'agneau pascal? Ce ñ’est toujours pas le « buffle », création fantaisiste et plate d’Hen. χα, encore moins les Angestaureaux et les Anges-agneaux qui traînent, dans Baruch.grec 1x, le char de la

Lune. Quant à l’ « Agneau » des Testaments de Joseph et de Benjamin, il est À ἐξ

arrivé là par une interpolation chrétienne inspirée probablement de notre Apocalypse elle-même. En outre, comme l'Apocalypse n’est pas d’un autre que saint Jean, l’auteur du [V° Évangile, il n’y a pas lieu de croire que l’Apôtre ait subi ici d’autres influences traditionnelles que lorsqu'il met dans la bouche du Baptiste la mention de l’ « Agneau de Dieu », expression qui provient certainement de l’'Agneau pascal, d'Isaïe, de Jérémie, c'est-à-dire de faits et d'images bibliques tout à fait étrangers à la mythologie; les LXX n’ont pas hésité à appeler aussi ἀρνίον, non ἀμνός « l'agneau inoffensif mené à la boucherie » de Jér. xr, 19, efrLuc 1x, 2.

Notre « ἀρνίον » a bien ceci de commun avec Mardouk, c'est qu'il reçoit un livre, comme l’autre des tablettes. Mais nous allons montrer qu'il n’est nullement nécessaire de chercher dans la mythologie l’origine de ce livre-là.

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