‹ L'ApocalypseChapitre 145 sur 239 · EXC. XVI. — LES « LIVRES » APOCALYPTIQUES · texte numérisé non relu

EXC. XVI. — LES « LIVRES » APOCALYPTIQUES

Il est souvent question de livres mystérieux ou divins dans notre Apocalypse : 1°) ici d’abord, puis au ch. x (le βιδλαρίδιον), ils contiennent l’ensemble des décrets de Dieu sur le monde et l'Église; 2°) un autre, au ciel, contient les noms des prédestinés (βίόλος ou βιόλίον τῆς ζωῆς) 111, 5; χει, 8; χνιι, 8; xx, 12, 15; xxr, 27; 3°) il en est enfin qui contiennent le relevé des actions des hommes, d’après lesquelles leur sort sera fixé au jugement, xx, 12, bis.

Toutes ces catégories d'écrits célestes sont représentées dans la tradition apocalyptique commune. Ainsi, dans en. éth., des « tablettes célestes » contiennent, soit toute l’histoire de l'humanité écrite à l'avance (οἷν. Apoc. ν et x), soit la description du sort réservé aux justes (livre de vie, ou « livre des saints »); des livres contiennent les actions des hommes {livres des vivants, xLVIT, 3); parfois on trouve aussi mention des « livres des pécheurs ». De tous ces passages d'Hénoch (xzvrr, 3, Lxxxr, 1-4, Lxxxrx, 62-77; χα, 17-20; xcrnt, 2; ΧΑΟΥ͂Ι, 6; ΧΕΙ, 7-Suiv.; cr, 2; civ, 1, 7; cvi, 19; cvs, 3, 7), on peut en rapprocher beaucoup d’autres parmi les Apocryphes, tant juifs que chrétiens, Bar. syr. xxi-xxv (livres des péchés), 2V ÆEsd. vr, 20; Test. Lépi v, 4; T. Aser, τ, 10; Jub. πι-νι, XV-KXVI; XVITI-KIX; XXIIHISXXIV: XXVIIIS XXX-XXXIII) XLIX=L (tables célestes, où sont écrites la loi éternelle et les destinées); xxx, 22 et xxxvi, 10 (livres de la vie et de la mort); xxx, 23; xxxix, 6 (livre des mérites et des démérites). Mêmes images dans Yen. sl., Asc. Is. 1x, Pirgë Aboth, Testament d'Abraham, Hermas, Apoc. de Paul, etc. et les rabbins.

Ces « livres » sont d’origine biblique. Celui qui contient les actions des hommes, et décrit aussi leur destinée, est mentionné Ps. χι, (xxxix pulg.), 8 et cxxxix (cxxxvIn pule.) 16; cfr. Mal. x, 16; al. le « livre de vie » ou « des vivants » Dm 120, d'où l’on peut être rayé, Ps. Lxrx (Lxvir, pulg.) 29, οἷν. Ex. νει, 32, 33.

Faut-il vraiment chercher dans le babylonisme l'origine de ces figures? S'il est question dans l’Enuma elis des « tablettes des destinées », en quoi cette mention porte-t-elle un caractère plus primitif que les images bibliques corres- … pondantes? Le rapprochement prouverait tout au plus que les Sémites avaient . l’idée d'ordre nécessaire, soumis à un calcul exact; mais, sans emprunts litté-

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raires, on pouvait bien, sur divers points du monde sémitique, arriver tout droit à créer cet anthropomorphisme très simple que la Providence consigne ses opérations projetées, tient ses comptes et prévoit ses paiements, comme tout bon négociant le ferait ici-bas. Ni dans l’A. T., ni dans l’Apocalypse, ni même dans les Apocryphes, il n’est question de livres doués par eux-mêmes d’une force magique, comme ce pouvait être le cas pour les « tablettes des destinées » à Babylone (οἷν. Gunkel, Verst. p. 60); le contenu de nos livres, et sa réalisation, dépend de la volonté libre de Dieu et de la volonté libre des hommes. Et si les Apocryphes sont parfois suspects d’un certain fatalisme, l'Apocalypse, au moins, ne l’est nullement.

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