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XXX INTRODUCTION
images. Ce serait méconnaître Le style de la Bible, dont les Apocalypses s'inspirent le plus souvent, et à laquelle elles empruntent le canevas de leurs descriptions. Et même les habitudes des Grecs... On trouverait des exemples très nombreux de ce style chez les Anciens. Ce qui est plus étonnant, c'est qu’il se soit perpétué dans les clichés des inscriptions funéraires ». Ici l’historien reproduit un texte très instructif d'une tombe juive d'Espagne, en plein Moyen Age, d'après les NOUVELLES ARCHIVES DES MISSIONS, Î. XIV, fasc. ir, rapport de Moïse Schwab, p. 258 :
« Cette journée fut une calamité; ce fut un jour de malheur et d’oppression, jour de ténèbres et d’obscurité, jour de nuage et de brouillard, jour où les cieux et leurs luminaires furent obscurcis, où ils se sont revêtus d’un cilice. Les étoiles ont pris le deuil ; les collines ont fléchi, tout Israël a été effrayé. »
Voilà une règle générale d'interprétation qu'il faut toujours garder dans l'esprit, si l'on ne veut pas se tromper sur ces « manières de parler », ces « clichés » hyperboliques, et tomber dans «les plus lourds contresens ». Nous croyons devoir la compléter par un autre principe encore : /{ ne faut pas chercher sous chaque détail des descriptions une intention prophètique distincte, pas plus qu'on ne cherche un sens moral sous chaque détail des paraboles. Chaque morceau doit plutôt être envisagé comme un tout où l’idée peut être beaucoup plus simple que son expression figurée : une multitude de traits plus ou moins étranges sont à considérer comme des embellissements purement littéraires, pour ne pas dire du remplissage, soit qu’ils aient été conservés, par respect ou habitude de modèles antérieurs, soit que l’auteur les ait imaginés pour augmenter l'impression dramatique de ses visions. On voit donc que, pour l'une ou l’autre raison, il ne faut prendre à la lettre que ce qui ne peut être pris autrement. J'oserais même étendre cette règle, en certains cas, aux successions de périodes qu'affectionnent les Apocalyptiques; le Voyant ne s'attend pas toujours à ce qu'elles se suivent dans un ordre aussi clair et rigoureux qu’il l'annonce. Nous lisons dans le Baruch syriaque, xxvn1, 13-15, un passage qui, s’il n’est pas corrompu serait bien instructif, à cet égard. Dieu annonce au prophète que le temps de la tribulation sera divisé en douze périodes. « Et dans la douzième période (il y aura) mélange et confusion de tout ce qui a été nommé ci-devant (en fait de fléaux). Mais les périodes de ce temps-là sont réservées; et elles seront mélées l’une avec l’autre, et s'appuieront l’une l'autre. Car quelques-unes laisseront de côté (une part) de ce qui. (revient) à vous (Juifs) et prendront de (ce qui appartient) à d’autres; et d'autres complèteront ce qui revient à vous et à d'autres; en sorte que ceux qui seront sur la terre en ces jours-là, ne remarqueront pas que c'est la fin des temps. »
On ne doit pas non plus considérer toujours des descriptions qui se suivent comme se rapportant nécessairement à des événements distincts et successifs. Souvent une vision ne fait que donner une nouvelle forme à l’objet d’une vision précédente, ou le généraliser, ou en développer une partie. Ces répétitions sont très sensibles dans les sept visions de 7} Esdras, et la récapitulation, procédé sur lequel nous aurons à nous étendre longuement plus tard, ne répugnait nullement au genre apocalyptique.
Une fois que l’on possède ces principes d'interprétation, on risque moins d'être désorienté et découragé par un symbolisme qui pourrait ne produire sans cela
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πολ τος MATÉRIAUX SYMBOLIQUES DE L'APOCALYPSE, XXXI
qu'une impression de vacarme et de chaos. Mais une autre condition est néces- saire; on ne pénétrera pas le sens des symboles si l'on n’en a fixé les origines.
δ II. — Origine des symboles apocalyptiques.
Beaucoup de critiques se sont attachés à ce travail, et c’est justice de reconnaître qu'ils ont abouti à des données certaines pour l’ensemble, malgré l’obscurité qui voile encore telle ou telle image particulière. Cet étonnant langage allégorique présente, en effet, une assez grande homogénéité. Les trois quarts des textes apocalyptiques sont tissus des mêmes lieux communs, dont l'interprétation n'est pas très difficile quand on connaît l’époque et veut des auteurs. Nous ne voulons pas dire que jamais ils n’aient créé eux-mêmes telle narration ou telle métaphore; mais leur originalité est assez restreinte, et leur part personnelle consiste bien plus dans l'agencement d'images déjà connues, ou dans la trouvaille de quelque variation sur un thème consacré, que dans l'usage d'’allégories d'un genre nouveau.
Les critiques font dériver le langage apocalyptique de cinq ou six sources : récits de la Bible et prophéties canoniques, poésie populaire des Israélites, description
figurée des événements contemporains de l’auteur, religions et mythes étrangers, enfin pure fantaisie. Il est aisé de les réduire encore. D'abord la fantaisie . personnelle, nous l'avons dit, est assez rare, ces écrivains n'étant pas des créateurs ; l’histoire de leur temps se revêtait des mêmes formes conventionnelles que celle du passé; l'emprunt direct d’un mythe païen est peu fréquent, si ce n’est chez les Sibyllins; quant aux images traditionnelles de la poésie populaire, elles . se retrouvaient aussi dans la Bible, et leur origine remonte à des mythes que - l’on peut dire païens parce qu'ils étaient communs aux Juifs et à d’autres peuples ; mais ils avaient perdu chez les premiers, à cette époque, leur sens polythéiste. Il reste donc, en fin de compte, deux genres de sources : la tradition historique et religieuse des Juifs, qui a fourni le germe de presque toutes les idées, et un ensemble mythologique assez varié qui a Le presque toujours le vêtement allégorique.
À la première source se rattachent spécialement les images du Paradis terrestre, fréquemment employées pour peindre la félicité des justes à la fin des temps ; la personnification des cités ou des nations sous forme de femmes, comme dans les prophètes ; la partie non fantastique de l’'Angélologie; et la description
: de nombreuses calamités qui rappellent les plaies d'Égypte, en d'autres récits du Pentateuque; enfin le jugement eschatologique exercé par Dieu ou par le Messie. Quant aux images tirées directement de l'observation de la nature, de la vie et
de l’industrie humaines — car il s'en rencontre toujours quelques-unes, même dans les genres les plus conventionnels, — on n'en trouverait guère une dans toutes nos Apocalypses qui ne füt déjà dans la Bible, ou qui ne soit partout.
4 Les sources mythologiques du symbolisme sont extrêmement variées; cepen-
“dant on peut dire qu'elles se ramènent à une certaine unité dans /e folk-lore de
l'Asie Antérieure, tel qu il était constitué déjà plusieurs siècles avant notre ère,
“de la Babylonie jusqu’à l'Anatolie et la Judée. C’est dans la tradition populaire
| que les Apocalyptiques auront puisé. Sans doute les Sibyllins ont mêlé consciemment la mythologie grecque aux traditions bibliques; leur fiction le leur imposait.
DES à
XXXII | INTRODUCTION
Mais il est fort invraisemblable à priori que les autres apocryphes anciens aient rien emprunté de parti pris aux légendes des sanctuaires païens, ou aux écrits de fausses religions qu'ils abhorraient. Les panbabylonistes ne sauraient contredire cette assertion. Si nos écrivains présentent nombre de traits, de descriptions, ou même d'idées, étrangers à la Révélation, et parallèles aux mythes des Gentils, c'est qu'ils les trouvaient déjà dans l’usage courant de leur peuple. Encore faut-il ajouter que ces mythes n’ont jamais altéréle fond de leur religion monothéiste, spiritualisée comme l’on sait dans la période post-exilienne. 115 ont réduit cet apport «
du paganisme à l'état de purs symboles, d'embellissements littéraires, tout au plus de légendes inoffensives, comme celles de Béhémoth et Léviathan. La communauté d'origine des Israélites et des autres Sémites explique déjà à elle seule
la présence d’un certain nombre de thèmes communs dans les croyances populaires du peuple juif et dans la mythologie babylonienne par exemple : ainsi Tiëmat et le Thannin. Emigrés en Palestine, les Hébreux y vécurent côte à côte avec les populations cananéennes, qui, ainsi qu’en font foi l'archéologie et les lettres de Tell-el-Amarna, subissaient depuis des siècles l'influence de Babylone ; jusqu’à la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, les descendants de Jacob, comme on-le voit dans les livres des Juges, de Samuel et des Rois, et par les éloquentes objurgations des Prophètes, cédèrent continuellement à la tendance de fondre la religion de Jahweh avec les cultes et les mœurs des païens dépossédés, ou des nations voisines (1). Après leur déportation à Babylone, ils se trouvèrent en contact avec une culture beaucoup plus développée que la leur, culture dont les lettres et les arts ne purent manquer d'exercer sur eux, à leur corps défendant, une certaine séduction. Enfin, après la reconstitution de la nation juive, les tentatives d’hellénisation exercées par les rois Séleucides, et la fréquence des rapports avec l'Égypte grecque, ont bien dû laisser quelques traces, malgré la victoire des Macchabées, dans les idées et l’imagination du peuple. Toutes ces influences païennes, s’exerçant à différentes époques, expliquent assez qu'il y eût chez les Juifs un lot considérable de traditions poétiques ou légendaires apparentées à celles des païens, traditions que la restauration religieuse d’'Esdras, ou la domination des Asmonéens, d’ailleurs très vite mondanisés, n’avait pu détruire dans les masses populaires.
{4 Le fond le plus ancien n'était donc autre que les mythes rot sé Ne :f communs à Babylone, à Canaan, et aux ancêtres araméens des Hébreux. Plus
tard, après la captivité de Babylone, le contact avec les Perses, dont l’action religieuse s’étendit, avant Alexandre, très profondément dans l'Asie Mineure, dut | encore enrichir les traditions populaires. On croit qu’au moins l'angélologie d’après l'exil s’en est ressentie. Enfin, depuis Alexandre, l’hellénisme entre aussi en action. Il serait vain, dans bien des cas, de chercher à démêler ces diverses influences. Au reste, l’hellénisme des derniers siècles s'était mélé lui-même à tant d'éléments orientaux, comme on le voit surtout à sa mythologie astrale, que le plus sage est de s’en tenir, pour caractériser les sources du symbolisme en cause, à la désignation vague déjà apportée : le folk-lore de l'Asie Antérieure, tout à" fait syncrétique, tel qu'il existait vers le rv° et le in° siècles avant Jésus-Christ.
(1) Voir sur ce point GREsSMANN. Ursprung der israelilisch-jüdischen Eschatologie, au {| . ἃ ailleurs, à un grand nombre de vues pénétrantes, mêle une considérable divination.
| À Ca Ὁ
Pour la plupart des critiques, les deux éléments étrangers principaux seraient lé babylonien et l'iranien. Nous pouvons bien l’admettre, surtout pour ce qui est du premier, mais sans leur assigner un rôle trop prédominant. Il est certain que la religion astrale babylonienne contribua à la survivance de cette philosophie naturiste pour laquelle les corps célestes sont des êtres animés. Les Apocalypses cosmologiques fondent volontiers les êtres du monde physique avec les agents du monde moral et spirituel; non seulement elles connaissent, comme du reste aussi les Apocalypses historiques, des Anges du feu, des eaux, des vents, même des animaux (chez Hermas), mais elles aiment à représenter les esprits déchus et punis comme des étoiles (/en. eth., χνπι, xx1, χα, xLrmi, etc.). Le V S5b. et le livre hébreu d’Élie décrivent une bataille curieuse des constellations du zodiaque. On ne voit pas clairement si c’est là pur symbolisme, ou si ce ne sont pas des restes d'une philosophie naturiste qui regardait les corps célestes comme des êtres supérieurs intelligents. En tout cas l’influence de la mythologie babylonienne, avec ses dieux planétaires et ses génies, est incontestable, quel qu’en soit le degré. L’astronomie babylonienne, dégagée d’ailleurs de toute conception scientifique réelle, et réduite à des vues populaires sur l'océan céleste, le zodiaque, la voie des dieux, est reconnaissable dans toutes les descriptions du ciel, séjour du Très-Haut.
C’est pour cela sans doute que les nombres jouent un si grand rôle dans toute cette imagerie. Les sept cieux des planètes, les douze signes zodiacaux, ont contribué à faire dominer les chiffres sept et douze dans la plupart des calculs apocalyptiques. Π est vrai qu'on peut assigner d’autres raisons à cette préférence, et parler des douze mois, des douze tribus d'Israël, des sept jours de la semaine, etc. Nous avons de grands doutes, pour notre part, sur l’origine première du nombre sacré 7. Peut-être a-t-il été distingué d’abord en raison du nombre de jours des phases lunaires, plutôt que du compte des planètes, ou des étoiles de la grande Ourse, encore moins des Pléiades, qui dut être beaucoup plus
tardif. [l était d’ailleurs répandu dans le monde grec (grâce, dit-on, à certains ᾽
éléments du culte d’Apollon peut-être venus d’Asie) (1), aussi bien que parmi les Sémites. Mais enfin il se rattache toujours, d’une manière ou de l’autre, à l’observation des astres. Le nombre quatre, fréquent aussi, est, non plus astronomique, mais « cosmographique » : les quatre points cardinaux, ou « quatre vents du ciel », les quatre parties de l'univers, ciel, terre, eaux, et Hadès. L'emploi de dix et de ses multiples n'a d'autre raison que le système décimal, en usage depuis les temps immémoriaux où l’on a appris à compter sur les dix doigts. Trois apparaît aussi à tout propos, parce que c'est une multiplicité très simple. Puisque nous en sommes au chapitre des nombres, indiquons tout de suite le sens qu'il faut leur attacher dans les Apocalypses. Ce que nous venons de dire montre d'abord assez qu’ils ont tous été choisis respectivement pour des raisons particulières, sans considération aucune de leurs mutuels rapports arithmétiques. De là nous serons autorisés à conclure, dans tel ou tel cas, qu'ils n’ont qu'une valeur schématique et ne désignent pas toujours une quantité strictement délimitée. Sept et douze n'auront souvent d'autre sens que celui de la
(1) Voir ARW, 1912, 3 et 4 H. P. NissON, Die älteste griechische Zeitrechnung; Apollo und der Orient.
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XXXIV INTRODUCTION
plénitude normale; trois er demi, moitié de sept (et peut-être six — sept moins un) signifiera quelque chose de précaire et d'écourté; dix, une quantité qui n'est pas à dédaigner, sans être très grande; mille, au contraire, une multitude quasi indéfinie. Voilà du moins ce que l’on peut croire quand on les rencontre isolés, sans que le contexte, ou l’objet de la narration détermine, comme souvent il arrive dans les apocryphes, qu'ils sont à prendre à la lettre. Les chiffres n’ont donc pas de valeur morale et mystique comme dans la philosophie pythagoricienne; ils indiquent bien diverses multiplicités, non des qualités mystérieuses. Toutefois, ils ne servent pas uniquement à compter, selon leur destination naturelle, mais encore à désigner tel objet ou tel personnage, dont quelque | motif empêche de dire le nom ouvertement. C’est le procédé curieux appelé : chez les rabbins, qui en faisaient un fréquent usage, gématria (géométrie). Il ne leur était pas propre; d’ailleurs, mais connu, semble-t-il, dans tout le monde antique, puisqu'on a trouvé de pareilles devinettes jusque parmi les graffiti de Pompéi. La « gêmatria » se basait sur ce que les lettres ont une valeur numérique dans la plupart des anciens alphabets, notamment le grec et l’hébreu. Au lieu de désigner quelqu'un par son nom, on faisait l'addition des lettres-chiffres de ce nom, et on le désignait alors par son « chiffre », afin que le nom püt être découvert seulement par les habiles.
Ce procédé élémentaire, en se compliquant, donna naissance à une véritable mystique des nombres, d’origine non-pythagoricienne. Des nombres parfaitement homogènes, comme 888, ou 666, attirèrent l'attention, et cette symétrie due au hasard put être prise comme une harmonie établie providentiellement pour signifier quelque caractère de la personne dont ils étaient le chiffre. On connaît avec plus de certitude encore la spéculation sur les chiffres des noms, dite Isopséphie ἴσος, ψῆφος). L'égalité de deux noms en valeur numérique, ou d'un nom propre et d'une épithète, passa pour le signe d’une identité, d’une analogie, d'un rapport de caractère entre ceux qui les portaient, ou bien d’une prédestination de ces personnages à jouer tel ou tel rôle. La gêmatria, sous ses diverses formes, n’est pas rare, surtout dans les livres sibyllins; nous aurons a \ y revenir longuement à propos du chiffre de la Bête, au commentaire du ch. xux ἢ de l’'Apocalypse Johannique.
. Pour en revenir à la mythologie babylonienne, elle paraît donc avoir fourni principalement de nombreux traits dans les descriptions célestes, puis tout un ᾿ symbolisme astral, surtout en angélologie, enfin des nombres et des calculs. # Ce sera elle également, à moins que, pour éviter des précisions hasardeuses, nous n’aimions mieux parler ici de mythes protosémitiques, qui aura fourni les montagnes fantastiques, les métaux et pierres précieuses, l’image de l’eau de la vie (οἷν Adapa et Gilgamesch), et la première idée des monstres symboliques arrivés à représenter des peuples ou des personnages historiques. Noé (en. éth. 65) va trouver son ancêtre Hénoch comme Gilgamesch s’en fut chercher Ut-Napistim. Le mythe d’Apsou et de Tiâämat a pu inspirer l’idée des eaux masculines et féminines du déluge, dans les Paraboles d'Hénoch, 54-58. Α
Il est plus difficile de préciser l'apport de la mythologie iranienne. On en a Ν beaucoup abusé en ces dernières années. Il est possible qu’elle ait exercé une ὃ influence sur l’'angélologie. Qu'il faille du moins la compter au nombre des /IM sources secondaires de notre symbolisme, cela paraît certain. Donnons-en seu- ὁ
ton fitness dat: 5 lier aid à ἃ one dés 22
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4 Jement deux indices, d’après le livre, aujourd’hui perdu, d'E/dad et Modad, et le Talmud de Babylone, ὃ. Sanhedrin, 97°. Le premier écrit, d'après le Targum - du Pseudo-Jonathan sur le livre des Nombres, xr, 26 544. disait qu'après la
Ka ὙΘΉΜΟΝΝΝ CDR
défaite du roi de Magog les ressuscités d'Israël se repaîtront avec délices du !
« taureau » qui ἃ été réservé pour eux dès le commencement. On ne peut
s'empêcher de penser au taureau de Mithra, et à la deuxième immolation de cet animal divin au bénéfice des élus (ν. Cumowr, les Mystères de Mithra, p. 121); l'on fera aussitôt le rapprochement avec la fonction nutritive réservée dans l'éternité au couple Léviathan-Béhémoth. Dans le Talmud, une lettre de - Rabbi Khanan ben Takhlifa à Rabbi Joseph parle d’un rouleau « trouvé dans les cachettes des Perses » où 1] était question des combats apocalyptiques, et des 7000 ans de la durée du monde (v. Lacraxce, Messianisme, p. 208)
Les emprunts directs à des traditions égyptiennes nous paraissent beaucoup
plus douteux dans les anciens apocryphes. Ce n'est pas qu’il manque de parallèles; mais ces traits-là se retrouvent dans les mythes d’autres nations (1). | Les influences grecques sont plus saisissables, surtout dans les descriptions du monde des morts, que l’Orphisme avait si soigneusement élaborées. Ainsi les fleuves infernaux d'Hénoch Lxxxvir, 6. Les « phénix » que l'Hénoch slave et le Baruch grec placent parmi les créatures célestes décèlent aussi la même source, si ces figures n'étaient pas plutôt d’origine orientale. Inutile de rappeler que les Sibyllins sont pleins, comme il convenait, de mythologie hellénique. On ἃ même voulu retrouver dans cette idée apocalyptique, que le sort final du
ni
monde répondra à ses commencements, une transposition des périodes stoi-
ciennes; on 5810 qu'au début de chacune l'univers, après son embrasement,
Ἰ᾿ἐκπύρωσις, doit se reconstituer, et reprendre son cours jusqu’à un embrasement nouveau. Mais la chose est peu probable : car la « palingénésie » des Apocalypses répond à une tout autre idée : ce sera la constitution du monde dans un état définitif, immuable, et non le recommencement d’une vie destinée aussi à périr; les Juifs n'avaient pas l’idée du « Retour éternel ». Quant aux périodes à - travers lesquelles le monde doit s’acheminer vers sa fin, elles se rapprocheraient plutôt des diverses phases de la lutte d'Ormuzd et d’Ahriman dans la religion perse. Mais ce peut n’être qu'une coïncidence; l’idée de la division de l’histoire en périodes pouvait germer sur plusieurs points tout à fait spontanément. Dans les Apocryphes juifs et chrétiens, elle est très souvent calquée sur la Semaine de la Création (οἷν. Jen. sl. xxxunr, 1 sqq.).
Cette brève esquisse donnera l’idée de la couleur générale revêtue par la « tra-
dition apocalyptique ». Dans le commentaire, nous aurons à élucider bien des :
points particuliers. On voit déjà que le départ des diverses influences étrangères n’est pas facile à faire toujours; d’autant plus que le syncrétisme des traditions était déjà fort avancé dans toute l’Asie antérieure, dès les débuts de l’époque ᾿ς hellénistique. Il n'importe que relativement, du reste, de savoir si tels symboles …. viennent d'Égypte plutôt que de Perse, de Grèce plutôt que de Chaldée. 4 puisque tous nos auteurs, Juifs très orthodoxes, n’ont pu les adopter qu’en ᾿ς dépouillant ces figures de tout sens incompatible avec l’enseignement biblique
(1) Bien entendu qu'il en est autrement dans les apocryphes tardifs, au temps où floris- . saient la gnose et l’hermétisme.
XXXVI INTRODUCTIONé
sur l’unité et la providence toute-puissante du Dieu de leurs pères. Comme d'ailleurs ils n’ont guère emprunté directement, l'épuration avait déjà dû se faire dans les générations antérieures de leur race.
ὃ III. — Essai de synthèse de la « Tradition apocalyptique ».
Nous pouvons maintenant essayer de tracer une sorte de synthèse de la tradition apocalyptique, en réunissant les traits génériques épars dans les divers écrits. Ils donnent des révélations sur Dieu, sur le monde invisible, tant céleste qu'infernal, sur la conduite providentielle de l’histoire, et enfin sur l’escha-
tologie. | 1. Le Monde céleste.
Au-dessus de la terre s’étagent plusieurs cieux, généralement sept, d'après la cosmologie courante en Orient. Au sommet de tous, Dieu trône en un merveilleux séjour, dans l'éclat des flammes, la transparence du cristal, et l’étincellement des pierres les plus précieuses. L'aspect du Très-Haut est parfois dépeint en quelques traits fort sobres qui expriment sa majesté et son éternité. Mais sa demeure est longuement décrite dans un très grand nombre d'ouvrages (Hénoch, éth., x1v, xxx1x-sqq., Lxx1; Πόπ. sl., Bar. syr., IV Esd., Ap. Abraham, etc.). Ce séjour de splendeur, pour Bousser et bien d’autres critiques, n'est autre que la « ville céleste » assyro-babylonienne, posée sur les eaux supérieures, l'Océan d’en haut (Test. Lévi). On y trouve des fleuves (Voie lactée?) ainsi dans //en. sl., vin. L'arbre de vie γ fleurit (Apoc. Moïse xxvuretc.), à moins qu'il ne soit laissé dans l’Eden terrestre (//en., Test. Lévi, Test. Dan). D'ailleurs on remarque une analogie fréquente entre le Paradis de la Genèse et le ciel suprême. Là’subsistent les exemplaires, ou plutôt les vraies et durables réalités des choses terrestres, comme le Temple (Test. Lévi; Par. Hen., 11; Odes de Salomon; Talmud et Midraschim, etc.), le ciel et la terre forment comme deux mondes parallèles, dont le deuxième est l’imitation très pâle de l'autre (Hen. sl. vin; Asc.-/s., vu, 10 etc.). La vraie Jérusalem, qui ἃ été créée dès le principe, y étale sa splendeur, pour être révélée aux justes en son temps (Hen. χα, 29? Hen.sl. rv; Bar. syr. αν, IV Esd. vi; Livre d’Élie hébraïque, Révélation de Siméon ben Jochaï, etc.). Les apocalyptiques et les rabbins croyaient-ils vraiment à cette préexistence et à ces dédoublements, et leur langage réaliste matérialise-t-il de bonne foi les types éternels des choses, d’après l’ « exemplaire montré à Moïse sur la montagne » dans le Pentateuque ? ou bien n’y faut-il voir, au moins chez la plupart d'entre eux, que le χόσμος νοητός des
- Platoniciens dont l'influence sur ces conceptions n’est guère douteuse? Au moins
dans Bar. syr. c.1v, la Jérusalem céleste paraît bien être matérielle,
Auprès de Dieu, dans les Paraboles d'Hénoch, siège l'Élu ou le Fils de l’Homme qui jugera un jour le monde. C’est la conception la plus voisine du christianisme, elle se retrouve aussi dans /V Esdras, et dérive probablement de la vision de Daniel, νι. Cette figure est celle du Messie, mais d’un Messie transcendant et créé avant le monde.
Dieu est environné d’une innombrable multitude d'Anges, qui lui rendent