EXC. XX. — LE SENS DES TROMPETTES APOCALYPTIQUES
Le son des trompettes humaines et angéliques a plus d’un effet dramatique dans l'A. T. ἢ prélude à la promulgation de la Loi sur le Sinaï (Æx. x1x, 16, 19); les sept trompettes des prêtres font crouler les murailles de Jéricho (Josué, vi, 15-20); enfin, Joël τι, elles annoncent le « jour de Jahweh ». — Dans le N. T., les
- Anges, avec la trompette, rassembleront les élus des quatre vents (Mas. χχιν, 31). Cfr. 1 Cor. xv, 52 « au son de la dernière trompette — car la irompette retentira, et les morts ressusciteront incorruptibles », et 1 Thess. iv, 16 : « à la - voix de l’Archange, au son de la trompette divine, le Seigneur lui-même des- - cendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord »,
Il est certain qu'on a affaire à une tradition, qui se trouve largement réprésentée dans les Apocryphes. Dans l’'Apoc. Moïse, 22, la trompette (de Michel) convoque les Anges au jugement d'Adam après la chute; IV Æsd, vr, 25 met son retentissement au nombre des signes précurseurs de la fin du monde; au même livre, v, 4, avant l'apparition de (7) l’Antéchrist, quelques mss. latins portent « post tertiam tubam » (al. {urbatam, d'autres supposent diem, tempora). Dans l’'Apoc. Abraham xxx1, Dieu lui-même sonne de la trompette et envoie son Élu grouper son peuple. Cfr. encore 816. vi, 239: la Sibylle citée dans Lactance Inst. div. vir, 16, parmi les ouvrages de Bède (P. L. xc, 1183), et divers autres apocryphés tardifs mentionnés par Bousset dans son Antéchrist, pp. 166-167. En dehors du Judaïsme et du christianisme, on peut même, avec cet auteur, en rapprocher le cor qu'embouche Heimdallr dans le « Crépuscule des Dieux ».
Tous ces derniers textes joignent la trompette au jugement, mais pas toujours au jugement pris du côté menaçant et lugubre. Dans l'A. T., excepté Joël, il s’agit d'alliance avec Dieu, puis d’une victoire éclatante d'Israël; dans Mat.et Î Thess., la sonnerie annonce le rassemblement et le bonheur définitif des élus; de même dans l’Apocalypse d'Abraham. Dans la prière Shmoné ‘Esré, 10, les Juifs disent à Dieu : « Sonne dans la grande trompette pour notre délivrance, et dresse une bannière pour le rassemblement de nos exilés »; dans le Ps. Sal. Χ], 1, Jérusalem est réveillée par la trompette pour voir ses enfants ramenés par le Seigneur. Elieser ben Hyrkanos et Agiba (Talm. Babyl., tr. Rosch haschana, 11 Ὁ et 16 a) mettent, l’un les sonneries du mois de Tischri en relation avec la délivrance future, qu'il croit devoir se faire en ce mois, l’autre celles de la nouvelle année avec les promesses de miséricorde qu’elles rappellent à Dieu. Aussi Vo/z, p. 310, dit-il assez justement : « Le son de la trompette est destiné généralement à réveiller le salut, et à annoncer que Dieu se lève... On se représente la délivrance prenant vie au son des trompettes. »
Il nous semble, d'après cela, qu'on peut bien fixer le sens générai des trompettes de notre Apocalypse : en donnant le signal de la destruction du monde impie, elles hâtent le salut et la récompense des justes, la consommation du règne de Dieu; elles sonnent le triomphe aux oreilles des élus.
Le passage de 1 Cor. (rapproché du problématique IV Esd. v, k où, Volz juge qu'on pourrait voir « vielleicht eine verstümmelte Trompetenapokalypse »), laisse présumer qu'il existait une tradition sur plusieurs trompettes eschatologiques,
peut-être sept. Comme leur retentissement, ainsi que nous l’allons voir, s'étend sur tout le cours de l’histoire terrestre, depuis la glorification du Christ jusqu'à la fin du monde, Jean a peut-être appliqué, en le restreignant à ces « novissima tempora », le vieux schéma des sept époques ; peut-être encore la répartition des calamités en sept groupes, — ce qui contraste avec les Cavaliers et les Vents, quoiqu'il s'agisse des mêmes réalités, — lui a-t-elle été inspirée uniquement par la tradition des sept Archanges ; à moins que ce ne soit par la division du monde en sept partics, chez les pythagoriciens et ailleurs ; il ne manquait pas de modèles
de ce genre, qu'on trouvera énumérés chez Boll, pp. 60 suiv. Inutile de dire que Jérémias, cédant encore ici à son innocente manie, a rapproché les 7 trompettes de 7 dieux stellaires babyloniens. Enfin, et c’est l'hypothèse qui nous plairait le mieux, s’il fallait en choisir une, la forme littéraire de la vision a pu subir l'influence d'une tradition eschatologique qui transparaîl IV Esd. vir, 30, d'après laquelle la destruction du monde doit se prolonger sept jours, comme la création ; ainsi, depuis que la parole dela « Nouvelle création » a retenti, une semaine symbolique acheminerait le monde au repos de l'éternité. Mais ce n’est qu’un symbole, car les trompettes ne répondent ni à des jours, ni à des périodes (Inr. c. v, un, $ I, 4).