EXC. XXI. — LA PRÉTENDUE ORIGINE JUIVE DE ΧΙ
Pour la plupart des interprètes modernes, ce passage décrirait le sort de la nation juive, soit au temps de sa ruine politique, soit dans les derniers jours. Henten, Alcazar le rapportent aux événements de l’an 70, Grotius étend sa vue jusqu’à la révolte de Barcochébas: de même plus tard Corrodi, Bleek, etc. Renan, Holtzmann, Bousset, J. Weiss, Erbes, Calmes, etc. font entrer ces événements dans une perspective proprement eschatologique. Nous avons exposé les raisons qui s'opposent à l'admission de ce point de vue. Mais déjà Victorin, André ont bien vu qu'il s'agissait de la chrétienté universelle, ainsi que les médiévaux, tels Jaymon, Albert, et autres. L'action de mesurer le Temple, qu'ils entendent diversement, a pour objet soit l'Église militante soit l'Église triomphante; et Jérusalem, s'ils la prennent au sens propre, n’apparait que comme capitale future de l’Antéchrist. Le Temple, pour la majorité des interprètes catholiques, est donc allégorique, comme celui de Lactance (/nst. div. vi), très probablement celui de IT Thess. (INrro». c. 1x). Bossuet a soutenu ce sens, et, avec S wete, nous nous y tenons très catégoriquement.
Chez les critiques indépendants, l'interprétation historico-eschatologique, s'appuie sur un petit roman de Wellhausen qui a eu un grand succès. Le voici in extenso, à propos de τοὺς προσκυνοῦντας ἐν αὐτῷ : « Tous les Juifs adorent dans le Temple à l’occasion; cependant, en tout cas, l'expression ne doit pas les embrasser tous, mais présenter à part ceux-là pour qui le séjour dans le Temple est une marque distinctive. Ils doivent donc être tels, que non seulement ils y viennent et en sortent, mais qu'ils s’y trouvent d'une manière continuelle. Or, pour un certain temps, le Temple, en particulier le Temple intérieur (à l'exclusion du Parvis des gentils), fut pendant la guerre romaine le quartier général des Zélotes. Ils en usaient tout d’abord comme d’une forteresse, mais, comme leurs prédécesseurs au temps de Jérémie et au temps de Sosius et
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d'Hérode, ils se cramponnaient en même temps au sanctuaire de la maison de Dieu, et, dans un tel lieu, se tenaient pour consacrés. Leurs prophètes les affermirent dans cette foi fanatique jusqu'à la dernière extrémité, quand déjà les Romains avaient pénétré dans les ouvrages avancés. Un intéressant oracle d’un de ces prophètes zélotes, qui d’après Josèphe étaient nombreux et avaient une grande influence, nous a été conservé dans l’Apoc. x1, 1-2 : ceux qui attendent jusqu’à la fin dans le Temple, c'est le « Reste » messianique, et ils seront sauvés par Dieu ». (WezLHAusen, Skizzen u. Vorarbeiten vi, pp. 221-223).
Jülicher (Einl.5-6, pp. 247-248), Bousset, de la façon que nous avons vu, en considérant 3-13 comme plus ancien que 1-2, et Joh. Weiss, avec certaines réserves, rattachent leurs explications à cette théorie. Ce dernier a le bon sens d'observer que le grand contexte auquel appartient le morceau n’a pas la couleur de l'esprit zélote, et du reste ces fanatiques, assiégés dans le Temple, avaient autre chose à faire que des Apocalypses; seulement x11, 1-13 aurait été écrit, entre la chute de la ville et celle du Temple (mai-août 70) par un Juif — un Pharisien, déclare Jülicher — qui suivait de loin, avec anxiété, les affaires de Jérusalem (Ofenb. pp. 129-130). L’ « Éditeur » eût emprunté cette scène à la source Q, en y ajoutant la mention du crucifiement de Jésus.
Nous croyons inutile, après notre commentaire, d'entrer ici dans des réfutations de détail. Nous avons vu combien, avec une interprétation plus haute et plus large que celle de la « Zeitgeschichte », toute cette scène devient cohérente et belle, parfaitement homogène au reste du livre; nous avons montré le peu de valeur des raisons linguistiques alléguées. Enfin soulignons l’invraisemblance qu’il y a à faire adopter, directement ou non, par un prophète chrétien du 1°’ siècle, écrivant pour des Hellènes, les rêveries d'un de leurs ennemis acharnés, zélote ou pharisien nationaliste.