DEUXIÈME SECTION DES PROPHÉTIES
(x1, 19-xx1, 8).
OU EXÉCUTION DES DÉCRETS DU « PETIT LIVRE OUVERT » SUR L'ÉGLISE ET SUR L'ENSEMBLE DU MONDE, CONSIDÉRÉ CETTE FOIS DANS SES RAPPORTS AVEC L'ÉGLISE, ET SPÉCIALEMENT REPRÉ- SENTÉ PAR L'EMPIRE ROMAIN.
ΝΥ. — Cette section embrasse les prédictions que l’Ange du ch. X a chargé Jean! de proclamer « sur des nations et des peuples et des langues et des rois nombreux » (X, 10). Elle s'étend de fait à toute l'histoire humaine depuis la®naissance du Christ (AZ, 5), jusqu'au jugement général (XX, 11-XXI, 8) et présente une « récapitulation » — au sens large — des chap. VI-XI. Seulement, tout y est concu au point de vue de l'Église, οἱ ne luttes qu'elle a commencé à soutenir contre l'Empire romain, pris comme type de l'Antéchrist, et de toutes les puissances futures ennemies de Dieu, dont elle ‘fait entrevoir le ARE dans la suite indéfinie de l'histoire. Jean insistera surtout sur le sort de Rome, car c'est là ce qui donnait le plus de souci à ses lecteurs; mais sa prophétie porte beaucoup plus loin. L'ennemi invisible, le Dragon, déclare la
guerre au Christ et à l'Église (la Femme), et dirige les opérations par l'intermédiaire
des Deux Bêtes, ses suppôts humains, qui sont deux esprits historiques, deux puissances visibles et terrestres continues qui prétendent contrefaire et supplanter l'Agneau, et s'incarnent à l'époque de l'Apocalypse dans Babylone la Courtisane (Rome). Mais l'armée du Christ glorifié (Michel et ses anges), α déjà vaincu le Dragon, qui ne fait plus qu'épuiser les restes de sa rage. Les Bêtes trouvent en face d'elles l’Agneau en personne, qui, à la fin, réapparaissant comme Cavalier invincible, Roi des Rois, Verbe de Dieu, infligera à l'Antéchrist sa défaite supréme. Les puissances hostiles sont écrasées dans l'ordre inverse de leur apparition, en allant du particulier à l’universel, du visible à l'invisible : Rome, Bétes, Dragon. La vision du ch. XX (le Millénaire) résume toute cette histoire dans une large vue d'ensemble, qui a pour but de montrer que, au milieu des plus terribles contingences, l'Agneau a cependant toujours régné depuis les jours de l’Incarnation. Alors a lieu le jugement général.
Plusieurs anciens commentateurs ont eu l’idée de cette division des prophéties apocalypiiques en deux sections exactement, quoique l'ignorance de la « loi des emboîitements » les aitempéchés de bien reconnaître où elles se séparaient l'une de l'autre. Ainsi Brightman voyait dans XI-XIV une récapitulation de I-X; Mede faisait commencer l'histoire passée, présente et future de l'Église au ch. X, qui prédisait la Réforme, tandis que les chapitres précédents se rapportaient à l'Empire; Gollado, lui, avait bien vu que X-XT sont compris sous la 6€ trompette. Henten, le premier, a nettement établi la division que nous admettons; il rapporte la deuxième section à la destruction du Paganisme, la première à celle de la synagogue. Cfr. Alcazar, Grotius, Bossuet, qui, malgré leurs précisions artificielles, et leur méconnaissance de la « récapitulalion », ont cependant bien saisi le sens Sadigusté de la présente section. (ENT: C. XIV,
δὲ V-VI).
Petit Prologue symbolique (xx, 19).
C. χι, 19. Et le Temple de Dieu s'ouvrit, celui qui est dans le ciel, et on vit l'arche de son alliance dans son temple, et il se fit des foudres et des voix et des tonnerres, et un ébranlement, et une grande grêle.
A. B. 19. Nous conservons ὁ devant ἐν τῷ οὐρανῷ (quoiqu'il manque K, P, Q, syr., Aréth., et dans nombre de minusc.), parce qu’il est conforme à l’usage apocalyptique, et possède ici une vraie valeur déterminative. — Kat σεισμός est omis rec. K., Arét. — Le « sanctuaire du ciel » (opposé à celui de x1, 1), οἷν. πι, 12; vu, 15; XV, 5-suiv.; ΧΧΙ, 22; 1 « arche », cfr. πι, 17 (à la « manne cachée »); ἀστραπαί χτλ., οἷν. Apoc., passim, et surtout vin, 5. |
C. 19. Ce verset pourrait sans doute être considéré, conformément à la division en chapitres et à l’avis de la presque unanimité des commentateurs, comme le dernier de la première section, et être appliqué à la fin du monde. Je crois cependant préférable de suivre, après Hugues de St-Cher et Albert, la division d'André, qui fait commencer ici sa section περὶ τῶν διωγμῶν τῆς ἐχχλησίας τῶν προτέρων καὶ τῶν ἐπὶ τοῦ ᾿Αντιχρίστου, comme l'a fait Holtzmann, et l'insinue Joh. Weiss (Offenb. p. 81). IL est vrai que ce verset fait la soudure entre la vision précédente des trompettes, et les visions qui vont suivre; il semble amener une plaie (les « tonnerres » et la « grêle ») qui ἃ un rapport avec ᾿ς air », le quatrième élément, et n'avait pas trouvé de place spéciale dans la série
vnr, 7-12, où le premier fléau atteint spécialement la « terre ». 11 se pourrait donc que
le Re traditionnel des 4 éléments eût influé sur notre verset (Boll, supra); par là, ce verset aurait quelque lien avec la 7e trompette, laquelle, avec un certain défaut d'équilibre et de cohérence dans la narration, se trouve encore annoncer à la fois la. fin du monde et le « 3° Vae » (ch. x11-suiv.) qui n'a pas été décrit, chose assez surprenante. Mais ce n'est qu'une affaire de rédaction; essentiellement, quant à la chose signifiée, le v. 19 est un prologue à la deuxième section prophétique.|
En effet, on pourrait bien le considérer d’abord comme une de ces prolepses habituelles à notre écrivain, laquelle, dans le cas, anticiperait sur xv, 5 (v. ad loc.). Mais on doit noter surtout son parallélisme avec le début du ch. vx, verset 5. Dans
ce passage, les mêmes troubles atmosphériques (moins la grêle), et le même σεισμός,
servaient de dernier signal à la sonnerie des Trompettes; ici, ils préparent la répétition des mêmes fléaux, présentés seulement sous un autre aspect; le rapport le plus direct existe avec xv, 5-xv1. Ce verset forme aussi la suite logique du chapitre x avec son « emboîtement ». | Mais, dans sa brièveté, il est encore beaucoup plus riche de sens. Il montre l'esprit qui va animer toutes les nouvelles prophéties : la perpétuelle antithèse de la justice et de la miséricorde, du sort du monde et de celui de l’Église, s’y trouve condensée en très peu de mots. C’est un petit prologue céleste qui révèle toutes les intentions | de Dieu : en même temps qu’Il prépare le châtiment du monde, Il annonce aux fidèles leur salut. Car le « Saint des Saints » céleste est désormais ouvert pour les hommes, par l'économie nouvelle de l’Incarnation (c'est tout à fait sans raison que Spitta supprime ὃ ἐν τῷ οὐρανῷ). L'apparition de l’ « Arche d'alliance », montre que les derniers
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temps, ceux du Règne de Dieu et de son Messie, ceux de l’effusion des biens spirituels et de la récompense, sont commencés. Ce trait caractérise tout ce qui suit comme étant de l’eschatologie — au sens large (v. Excursus xxv). Tous les biens symbolisés par I contemplation de l’Arche sont montrés aux élus au moment où les ennemis de Dieu sont écrasés par la foudre et le grêle, et où le « tremblement de terre » signifie la transformation du monde présent (André) par toutes les révolutions qui mèneront à un état d'équilibre mieux assis : Vict. : « Apertum esse Templum.... manifestatio Domini nostri est... Arca testamenti : evangelii praedicatio et indulgentia delictorum, et omnia quaecumque (cum) illo advenerunt, illud dicit apparuisse » (Haussleiter, p. 104).
Bossuet : « Le Temple de Dieu fut ouvert; c'est le grand éclat de l'Église ouverte à tous les Gentils; et l'Arche d'alliance y parut, à la différence de l’ancien peuple, où l'Arche était ὍΣ dans l'Église tous les mystères sont découverts, et la présence de Dieu est manifestement AE » En effet, les ἀστραπαί, etc., comme dit Swete, sont les symboles ordinaires de la majesté et de la puissance de la Présence divine, les « salves de l'artillerie céleste » (4 ρα).
Cette apparition de l'Arche est quelque chose de nouveau, elle indique un progrès marqué, dans la clarté des promesses, sur le prélude des Trompettes (vin, 3-5); c'est qu'il va être surtout question de l'Église. Cependant là aussi le double rôle de Τ᾿ « encensoir » (v. ad loc.) répondait au double aspect de l’action divine, miséricorde pendant et après la vengeance; et la « grêle » de notre verset peut être rapprochée des « charbons » précipités sur la terre.
Un dernier trait qui nous porte à séparer le v. 19 de la scène antérieure, c'est que les cantiques célestes sont toujours arrivés jusqu'ici pour clore une péricope (v. ch. 1v et v); nous verrons s'il n’en va pas encore de même aux ch. xv et xix, en sorte qu'il y aurait là une loi d'interprétation.