‹ L'ApocalypseChapitre 166 sur 239 · EXC. XXVII. — LE TROISIÈME « VAE · texte numérisé non relu

EXC. XXVII. — LE TROISIÈME « VAE

C'est avec surprise que l’on arrivait, au bout du chapitre xr, au jugement général, sans avoir rencontré la description du 3° Malheur (Οὐαί, pe), annoncé si dramatiquement par l’Aigle de vus, 13, et rappelé rx, 12, et x1, 14. La septième Trompette a suivi immédiatement cette dernière annonce. Est-ce elle qui serait le signal du « Vae »? Ce n'est pas possible, car elle n’a pas amené une calamité particulière, mais la consommation totale (χ, 7); l'établissement définitif du règne de Dieu ne saurait être présenté comme un malheur, et la fin du monde non plus, dans l'esprit de notre Apocalypse; du reste, le 3° Vae ne doit pas être d’un ordre trop différent des deux autres, les Sauterelles et la Cavalerie. :

Il faut donc admettre, comme nous l'avons fait, que les deux dernières malédictions sont amenées par la sixième, l’avant-dernière trompette; l’une est la chevauchée infernale, décrite avec un luxe de détails barbares, l’autre n’est pas détaillée, mais indiquée seulement, dans la scène des 2 Témoins, puis, mais alors comme passée déjà, dans le cantique céleste de la fin du monde : καὶ τὰ ἔθνη ὠργίσθησαν, xat ἦλθεν À ὀργή σου (ΧΙ, 18).

Il fallait bien cependant que ce « 86 » fût décrit comme les autres, encore plus que les autres. Il l’est, selon nous, à partir de la vision de la Femme et du Dragon, et dans les chapitres suivants, qui expliquent xu. En d’ autres termes, . la deuxième section prophétique — relative au Règne de l’Antéchrist, d'après Ribeira, etc. — n’est autre que le développement de la troisième malédiction, qui aboutit au salut du monde, déjà célébré dans le cantique de xr, 15-18. On peut voir encore là un des « emboïîtements » dont la série ἃ commencé au cha- - pitre x; et cela en porterait juste le nombre à sept, observation qui n’est pas sans intérêt. (INT., c.virt).

| Les chap. xu et suivants ne sont donc pas, contre Bousset et d’autres, la vision «correspondant à la 7° trompette. La vision des Trompettes est finie, le symbo- …lisme a changé, quoique le fond de scène demeure invariable. Ces chapitres sont “le contenu du « petit livre » absorbé par le prophète au ch. x, pour qu'il puisse

« prophétiser de nouveau sur des nations, et des peuples, et des langues, et

des rois nombreux ». Quelles nations, quels peuples, quels rois? Ceux qui constituent des réalités historiques contemporaines et dont saint Jean devait parler tout à loisir, pour calmer l’anxiété des Sept Églises en leur promettant la victoire sur les forces hostiles du monde romain, victoire qui deviendrait le gage de toutes celles de la société chrétienne dans la suite des temps. Les allusions à l'Empire vont devenir tellement claires, au lieu du vague et du schématique de la vision des Trompettes, qu’elles expliquent la position exagérée de cette école d’interprètes (AZcazar, Grotius, Bossuet, etc.) qui a ramené la majeure partie du livre aux prédictions des destinées romaines.

Le troisième Vae est donc comme à cheval sur les deux sections ; il y a là un certain défaut de stracture qui diminue la clarté ; et l’on conçoit l'embarras des exégètes. Mais les mots employés dans le cantique céleste de la vision de la Femme (οὐαὶ τὴν γὴν καὶ τὴν θάλασσαν, avec la même singularité grammaticale que précédemment) sont un indice suflisant pour qu'on mette ces chapitres en rapport étroit avec la proclamation de l’Aïgle au chap. vuir. Joh. Weiss signale un nouvel indice, à propos du petit prologue de xr, 19; 1] dit à bon droit : « Comme les deux premières malédictions, au ch. vrrr, 3-suiv. » (d'après sa théorie des sources) « ont été introduites par une scène dans le Temple (cf. aussi, plus justement, 1x, 13), ce pourrait bien être le même cas pour la dernière. »

Telle est la solution la meilleure, à notre avis, de ce difficile problème

exégélique.

Mais ce « Vae » qui va s'étendre, en somme, sur toute l’histoire des temps messianiques, en quoi consiste-t-il essentiellement? D'après x, 10, 12, c'est dans la chute sur 1ὰ terre du Diable vaincu par Michel. D'un côté, c’est un triomphe, car Satan n’est tombé ainsi que pour avoir été détrôné par la glorification du Christ; d'autre part, c’est une calamité, et la plus menaçante pour les jours qui restept, parce que, se sentant vaincu et voué à une impuissance prochaine, le Dragon va faire des efforts désespérés, les plus violents et les derniers, pour empêcher son divin Adversaire de régner ici-bas,-pour empêcher l'Église (la Femme) de devenir une société puissante et publique. En fin de compte, le 3° Vae, ce sont les persécutions religieuses, sous toutes leurs formes,

avec les punitions divines qui tomberont sur les instruments terrestres du

Dragon.

Ces dernières calamités, Jean va en parler avec plus de passion et de précision, parce qu'il en voit le commencement dès son époque « Er hat es schon erlebt », dit Joh. Weiss de son « Éditeur ». La signification des Deux Bêtes (ch. ἐς et de Babylone (ch. χυπὴ démontrera en effet qu'il s’agit d'événements contemporains, ou du moins auxquels il est déjà préludé. C'est même là une bonne preuve nouvelle de la rectitude de notre interprétation des « Deux Témoins »; puisqu'ils prèchent tout le temps (42 mois) que domine la Bête, ce

assage, et d’autres semblables, ne sauraient donc être eschatologiques au sens“ 8e; 814

strict.

Voici donc ce que nous proposons pour l’ensemble de ces mystérieux trois

« Vae p--°

4° Vae : l'invasion des sauterelles {ch. 1x), débordement du péché avec les peines morales et physiques qui le suivent, dans la société ennemie de

Dieu ;

ion Fe se et ds re ve 85 Vae : le dernier mot de l'idolâtrie, le comble de l’affolement droduit pe κ᾿ l'opération de Satan sur les infidèles, et les persécutions des fidèles. RE Ce Vae est simultané avec les deux premiers, qui réapparaissent sous divers traits dans son développement propre. Les plaies apocalyptiques, nous le voyon | ici mieux que nulle part ailleurs, ne sont pas proprement des fléaux successi les « Vae » sont trois aspects des convulsions dernières, des ὠδῖνες τοῦ Meootou, milieu desquelles grandit la Jérusalem céleste, qui sera le lieu de repos c l'humanité rachetée, éprouvée, sauvée.

B. FISION D'INTRODUCTION AUX PROPHÉTIES HISTORIQUES (x, 18-χιν, 5).

Inr. — Le Démon, bien qu'il se sente irrémédiablement vaincu, veut profiter cependant du temps qui lui reste, et il va s'efforcer d'arrêter ou de ruiner dans la mesure du possible l'œuvre divine. Ce « singe de Dieu » veut donc organiser sa « Cité », comme disait saint Augustin, sur le modèle de son Adversaire. À l'Agneau, qui règne au ciel, mais qui est aussi présent mystérieusement sur terre, Satan oppose sa Bête, l'ANTÉcHrisT. Celui-ci est comme une odieuse contrefacon du Christ : un animal hybride et féroce qui s'oppose au « Lion de Juda »; Satan, en sa faveur, imite de son mieux la résurrection, l'intronisation de l’Agneau, et lut ménage une « Parousie » diabolique. Tout cela se passe sur terre, aux yeux des hommes effrayés et séduits, comme l’intronisation de Jésus et sa prise de possession du Livre des destinées s'étaient passées devant la Cour céleste; la scène, accompagnée aussi de cantiques, se déroule sous les yeux du Dragon, comme l'autre sous les yeux du Tout-Puissant.

Il faut donc noter un parallélisme étroit, quoique peu apparent à première vue, entre cette vision d'introduction ou de présentation ‘et l'introduction générale des chap. IV et V. Le chapitre XIT répond lui-méme au chap. IV, en ce que celui-ci a représenté Dieu dans sa gloire, l'autre Satan dans son humiliante défaite. On peut tracer ce schéma :

Dreu au ciel (ch. rv). . . . . . . . . . . . SATAN, prince du monde, virtüellement dépossédé, sur la terre (ch. x).

L’AGNEAU « comme égorgé DRE Ἀν ΕΣ La BÈTe ΡῈ LA Mer, blessée et guérie,

qui prend de la main de Π les Fe. qui reçoit la puissance du Dragon sur toute

nées du monde (v, 6-7), tribu, peuple, etc., pour l'exercer contre les

saints seulement pendant quarante-deux mois (xu1, 4-3 b; 5-7), puis est glorifié comme égal à Dieu et qui est admirée et adorée, conjointepar toutes les créatures, célestes, ter- ment avec le Dragon, par toute la terre restres, infernales (v, 8-14). (χπι, 8c-4; 8). | | à Cependant, pour que la Béte püt ainsi rivaliser avec l'Agneau, 1 lui a fallu le secours d'un autre monstre, la Bère DE LA Terre (X/11, 11-12), qui sait mieux se donner des airs d'agneau. Elles se sont mises à deux pour contrefaire Jésus; et leur duo imite aussi les Deux Témoins du Christ (v. ch. XI) par des prestiges calqués sur leurs miracles, et encore plus grands; c'est ainsi qu'elles remportent un triomphe apparent (XIIT, 13-15 a). Le parallélisme d'idées avec la première section s'enrichit ici d'un nouveau trait: le Diable choisit aussi ses élus :

les serviteurs de Dieu avaient été marqués d'un signe à la maïn et au marqués d'un signe au front pour front pour être épargnés dans les être épargnés par les fléaux persécutions (χπι, 150-17). envoyés du ciel (vit).

Les adorateurs de la Bête sont

de même que

Jean explique alors à ses lecteurs d'Asie, d'une manière qui demeure très mystérieuse pour nous, quelle sera la réalisation historique de cette Bête adorée (x, 18). Mais cette infäme parodie ne peut avoir, à aucun moment des 42 mois, un plein suc-

cès; le ch. ΧΙ nous a dit que la Béte serait cohbeirie| par les Deux Témbins tout le temps de son règne usurpé. La même idée revient [ici, exprimée dans une frappante antithèse.

| En face des ÉLUS DE LA BèTE, qui {sur la montagne de Sion, l’AGNEAU portent son signe, et de tous les AR tee personne, entouré des 144.000 vierpeuples qui forment son armée (ΧΠΙ, GEs, hommes marqués au front de son 15b-17). nom et de celui de son Père (xiv, 1-5).

Ainsi les deux armées des deux Cités sont en présence, sous la conduite de leurs chefs

…— respectifs : l'Antéchrist, faux roi, faux Lion et faux Agneau, dédoublé en deux person-

> nages, et le vrai et unique Agneau. La terre va étre lie champ de bataille, et les pré-

paratifs de cette lutte, ses péripéties, suivront un cours dont le parallélisme avec les

chapitres VI-XT sera encore plus net que celui que je viens d'indiquer (v. infra ©. xvi).

Tout cela n'est que le détail du drame indiqué déjà deux fois au chapitre XIT et se

- rattache à ΧΙ, 17, point d'origine de la troisième « onde » qui nous a instrutts sur les intentions du Dragon.

| B. 10 Ze dragon suscite la bête de la mer, pour l'opposer sur terre, avec l'appui d'une autre béte, à l'agneau qui règne au ciel

(x, 18-xmn1).

: Inr. — Les critiques découvreurs de sources ne font guère de difficulté pour rattacher ce chapitre au précédent; pour Weyland, il est de 2, juif, sous Néron; Erbes et … Spitta le font du temps de Caligula (à cause du +». 18, où ils lisent 616), le premier … chrétien, le second juif, à l'exception de 9-10 et autres interpolations chrétiennes; de | méme O. Holtzmann (chrétien), Weiszäcker (enclave sous Vespasien), Schoen et Sabaà tier origine juive, moins 8-10, cfr. Vischer). Pour Bruston, 6 rentre dans l’ensemble : commencé à X; Briggs y trouve la cinquième Apocalypse, celle de la Bête, distincte ᾿ς de celle du Dragon; Joh. Weis attribue 1-2 a; 3-6 à sa source Q, et le reste à ἐ᾿ « Edi- " teur », mais sans oser en certains passages {ΠῸΡ rigoureusement distinguer le travail des dois mains. Vülter donne le chapitre entier à l'Éditeur sous Too

—… Pour juger toutes ces hypothèses, nous n'avons qu'à renvoyer à l'introduction précé- ᾿ς dente, et à remarquer la continuité linguistique de ce morceau avec le reste. Quant aux À traditions anciennes qui auraient pu étre utilisées, nous en ferons l'objet de plusieurs exCUrsUs,

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