‹ L'ApocalypseChapitre 169 sur 239 · AURA Δ · texte numérisé non relu

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Mais cette « gematria » est-elle simple? On peut le supposer; maïs on peut penser aussi bien qu'il y avait encore « isopséphie » : 666 aurait été déjà [6 chiffre bien connu de quelque entité fabuleuse ou eschatologique — soit, à titre d'exemple, le « Monstre du Chaos », « Tehôm Qadmoniya » de Gunkel; l'énigme, alors, eût consisté seulement à trouver un nom d'homme ayant la même valeur numérique. Ou bien encore, 666 pouvait avoir par lui-même, indépendamment de toute gématrie, un sens déterminé par la mystique des nombres; saint Jean eût dit à ses lecteurs : « Parmi des noms d'hommes connus, découvrez-en un qui vaille numériquement 666, chiffre dont vous connaissez la signification; quand vous l'aurez trouvé, vous comprendrez alors tout à fait ce que j'entends par la Bête, cela précisera le rapport concret où vous serez mis avec elle; vous saürez sous quelle forme et dans quelles circonstances ma vision doit s'appliquer à vous, et en même temps vous pourrez entrevoir le sort que réserve à cet Antéchrist le Dieu qui vous protège. »

Tout cela est possible! Pour choisir, il faut avant tout savoir (puisque, en toute hypothèse, 666 est une « gematria », quoiqu'il puisse être encore autre chose), quel nom d'homme il peut représenter. Au milieu d’une multitude d’essais de déchiffrement, la plupart très arbitraires, dont nous donnerons plus loin des spécimens, il n’y a à se recommander à priori que ceux-là qui cherchent parmi les empereurs romains, contemporains ou antérieurs, puisque, d’après le ch. xvnr (v. ad loc.), que confirme le ton de tout le morceau, la Bête est le support commun des Sept Têtes — sept empereurs, et la monture de Rome-Babylone. Deux seuls déchiffrements sont vraisemblables l'aide Καῖσαρ, en grec, (Caligula), ou bien Καῖσαρ θεός de Deissmann, LO, p. 258, pour qui admet le nombre 616; et 112 Dh, « δα» Neron », pour qui maintient, comme il se doit, 666. L’exégèse, sans doute traditionnelle, de Victorin (Inr. c. xiv, ὃ IL), la connaissance que nous donnent l'histoire profane et les Apocryphes de la popularité qu’avaient, justement à cette époque, les légendes du « Nero redux » ou « Nero redivivus », enfin plus d’un trait de notre texte, nous font décidément pencher vers cette deuxième solution, devenue commune depuis qu’elle a été lancée par Fritzsche, Benary et Hüzig (Int. c. χιν, ὃ VIII). Les difficultés qu'elle offre ne sont rien en comparaison de celles des autres hypothèses; aussi nous y rallions-nous, encore un peu sous bénéfice d'inventaire (Exc. xxx1). ὃν

Nous sommes encore portés à croire, avec Vischer et Bousset notamment, que 666, chiffre de Néron, était, non une double gematria, mais un nombre au sens mystique consacré. Formé de trois six, il exprime au plus haut degré l’idée de ce nombre, que nous avons cherché à élucider ci-dessus (Exc. ΧΧΠῚ sur 42). La Bête sera un pouvoir incomplet (6 — 7 — 1), sa domination est une chose manquée (Briggs, Milligan, Swete);

elle s’étendra pourtant sur les six périodes traditionnelles, les six « millenia » de

l'histoire du monde (idée qui remonte à /rénée, v. infra); de même que 42, autre multiple de 6, mais aussi de 7 et de 14, signifiait très probablement toute la durée des temps messianiques (supra, Εἶχα. xxmi). Ainsi, par ce chiffre, avec son double caractère de valeur mystique, et de correspondant numérique du nom de l’empereur romain le plus haïssable, Jean apprenait aux églises d'Asie:

o Que la Bête, incarnée d’abord dans l'empire romain, se comporterait toujours, à M 1 1

l'égard des chrétiens, comme l'avait fait Néron; 99 Que toutefois sa domination serait précaire ;

e Qu'elle durerait cependant, sous une forme ou sous une autre, jusqu’à la Parousie 3 » JUS

du Christ, — idée qui sera confirmée par l'exégèse des chapitres suivants. Nous chercherons à justifier ces vues dans l’Exc. xxxr. Ainsi la prophétie des Bêtes

n’avait plus rien de vague pour les sept Eglises; elle les avertissait nettement dum genre d’ennemis et d'épreuves qui allaient s'attaquer à elles; mais, c'était aussi une

exhortation à la confiance patiente et inébranlable.

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