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Le chapitre χαπὶ de l’Apocalypse, à lui tout seul, est insuffisant pour démontrer , que le culte impérial fût si généralisé et si obligatoire à l’époque de Jean; le réseau devait être encore trop peu serré pour que la masse des fidèles, même connus comme tels, ne pût facilement passer à travers ses mailles, et rien
n'indique que ce fût là déjà la cause principale des persécutions. Mais il ya ᾿
plus; on n'insiste pas assez sur un point, dont l'importance nous paraît capitale. C'est que la Deuxième Bête, qui provoque une persécution générale pour le refus d’adorer l’empereur, est caractérisée comme faux Agneau et faux prophète, — comme une puissance de persuasion, intellectuelle, mystique, non comme un pouvoir administratif, ni une politique, ni un brutal courant populaire. Ce ne peut être, nous l’avons dit, qu'un mouvement spirituel ayant quelque analogie de surface avec l’évangélisation, tout un ensemble d'influences philosophicoreligieuses.
On pensera d’abord, naturellement, aux religions à mystères. Mais elles étaient
beaucoup moins répandues qu'aux siècles suivants; et si la plus célèbre alors,
celle d’Isis, propageait déjà à travers 1 « orbis romanus » la foi dans la divinité
des chefs d'État d’après la croyance égyptienne antique, on ne peut la consi-
dérer pourtant comme une alliée du pouvoir, qui même la persécutait de temps
à autre. Quant aux autres cultes gréco-orientaux, — en laissant de côté pour
le moment le mithriacisme, — ce que l’on connaît de leurs dogmes et de leurs
tendances ne semble pas révéler une propension particulière à l’adoration des pouvoirs terrestres, puisque tous s’occupaient surtout des mystères de l'Autre
Monde.
Les protognostiques ne sont pas non plus spécialement suspects de complaisance pour cette aberration religieuse. Et moins encore, peut-être, la philosophie encore dominante; car c'était toujours le stoïcisme, et les stoïciens, quand ils n'étaient pas indifférents à l'égard de la politique contingente, étaient plutôt considérés comme un parti d'opposition. N'’eurent-ils pas sous Néron leurs martyrs, Sénèque, l'hraséas? Domitien crut même, én 90, devoir promulguer un édit qui bannissait tous les philosophes de Rome et de l'Italie, et dont Épictète fut victime (Suét. Domitien, x, 4111). Certes le bon empereur stoïcien Marc- Aurèle, et cela beaucoup plus tard que notre époque, ne se considérait guère comme un dieu. Mais en dehors aussi du stoïcisme, des dissidents mystiques comme Apollonius de Tyane auraient, à en croire Philostrate, fait montre de la plus noble indépendance en face des empereurs d’alors; Plutarque et les plaioniciens de l’époque se tiennent à un niveau religieux encore bien plus élevé et spiritualiste.
Nous pouvons donc conclure, avec une probabilité touchant à la certitude, que les conditions du culte impérial, sous le règne de Domitien, étaient bien loin de répondre à la description donnée par saint Jean; il n’y avait pas encore de … Deuxième Bête, ou du moins elle ne s'était pas déjà alliée avec la première.
À la fin du second siècle, et plus tard, sous Dèce, sous Dioclétien, il n’en va plus ainsi. Le culte impérial en est venu à résumer tout le système religieux de ‘l'Empire romain; ses exigences servent de pierre de touche pour reconnaître si
“ oui ou non un accusé est hors la loi de l'Empire, blasphémateur de la religion
… officielle, digne de mort; au fort des crises persécutrices, on ne peut plus guère
« ni acheter ni vendre sans avoir l'empreinte de la Bête ».