‹ L'ApocalypseChapitre 175 sur 239 · DE F · texte numérisé non relu

DE F

APOCALYPSE DE SAINT JEAN. A [à

de dizaines en outre, et huit centaines, voilà ce qu'aux amis de l’incrédulité, aux hommes, le Nom révèlera [Ἰησοῦς — 888); mais toi, dans ton esprit, pense bien à l’immortel et très haut Fils de Dieu, au Christ ».

Certains auteurs pensent voir aussi une gématrie dans le Taxo d’Ass. Mos. Nous avons surtout des exemples postérieurs à ML Lee sous les Antonins, et jusqu’au π᾿" siècle, maïs rien ne montre du moins qu'ils s’en s’inspirent.

La gématrie n'était pas un procédé particulier aux Juifs. Grecs et Romains en usaient également dans les écrits mythiques ou prophétiques. Ainsi dans le « Roman d'Alexandre » du Pseudo-Callisthène, ch. xxxr1, le dieu Sarapis révèle son nom en chiffres : 200 (5) + 1 (x) + 100 {p) + 1 (α) + 80 (x) + 10 (ἡ + 200 (s) = 592. L'usage n’était pas borné à ce genre de littérature; il apparaît dans les inscriptions de Pergame, ville apocalytique, à l’époque impériale (Inser. de Pergame, 333, 339, 587). Deissmann note le fait, et rappelle encore que, d’après Fr. Bücheler (Rheinisches Museum für Philologie, 1906, pp. 307-suiv.), le ch. 39 de la vie de Néron par Suétone contient, parmi les épigrammes que le peuple de Rome dirigeait contre Néron, un jeu de chiffres sur Véron et matricide. Enfin la gématrie apparaît dans des documents tout à fait populaires, commeles gra/jiti de Pompéi, donc un peu avant l’Apocalypse (Sogliano, Isopsepha Pompeiana, Rendiconti della reale Accademia dei Lincei, 1901, pp. 256-259). Un amoureux écrit sur la muraille : « J’aime celle dont le nombre est 545. » Un autre : « Amérimnos a eu un bon souvenir pour sa maîtresse Harmonia (nom conventionnel). Le nombre de son beau nom est 45 » (ou bien 1035, ue’ ou αλεΊ. Jean, avec son chiffre de l’Antéchrist, ne faisait donc rien d’insolite aux yeux d'un milieu gréco-asiatique (Voir Derssmanx, LO, pp. 207-208, qui renvoie aussi à Perprizer, Revue des Etudes grecques, 1904, pp. 350-360, et aux Lexiques grecs sur ἰσόψηφος).

Les circonstances justifiaient pareille précaution (supra, comment. de 18, et Deissmann, Ρ. 208) ainsi que les habitudes du genre littéraire. Le Nouveau Testament nuse pas ailleurs de ce procédé singulier, malgré les exégètes qui ont voulu le retrouver Gal. iv, 25 (voir Lagrange, Épître aux Galates, 1918, p. 127). Mais l’épitre de Hardabe. peu postérieure à l’Apocalypse, présente à propos d'Abraham une gematria sur Jésus et la croix (Barn.1x, 8) et /rénée en a une À dv. Haer. τι, 24, 1-2 (justement aussi en lettres hébraïques).

Le même Irénée affirme que, d’après les meilleurs manuscrits, le chiffre est 666, non 616 (supra, com. 18). Nous nous tiendrons donc à 666, malgré l'autorité de 3°-C-04, tout en reconnaissant que l’autre chiffre, préféré encore par bien des auteurs, n’est pas non plus dénué de vraisemblance.

Dès la fin du u° siècle, on a donné au problème de ce chiffre la solution la plus

simple, qui est de n’en pas chercher du tout. Sant /rénée (Adv. Haer. v, 30, 2)

déclare bien franchement : « ἀσφαλέστερον xat ἀχινδύνοτερον τὸ περιμένειν τὴν ἔχόασιν τὴς προφητείας ἢ τὸ χαταστοχάζεσθαι χαὶ ἀπομαντεύεσθαι ὀνόματα τυχόντα, πολλῶν ὀνομάτων εὑρεθῆναι δυναμένων ἐχόντων τὸν προειρήμενον ἀριθμόν ». Mais si, au lieu de remettre à l'avenir l’accomplissement de cette prophétie qui en amènera l'intelligence, avec [rénée suivi d'Origène (Sch. xxxix) et d'André, nous croyons au contraire qu'elle a été réalisée de la manière la plus caractéristique sous l'empire romain, nous ne nous contenterons pas avec André de faire « des recherches par mode d'exercice », et

. de proposer au hasard des noms comme λαμπέτης, Τειτάν, en grec, Benedictus en

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latin, Sarmnaeus en persan, ou bien χαχὸς ὅδηγος, etc.; Prim. donne ANTEMOZ (ävriruuos?), et beaucoup l’ont répété au Moyen Age; Beatus propose sept noms divers. L'’avertissement du v. 17, et l'utilité actuelle que le déchiffrement avait pour les chrétiens d'Asie, empêche absolument d’esquiver ainsi la difficulté. Toute espèce d’hypothèses ont été faites, quelques-unes absurdes, surtout après Nicolas de Lyre, la plupart arbitraires. Nous ne nous attarderons pas à critiquer [6 xbbhie ΤΡ Dinn de Gunkel, ou le w* 12 Tin: de Bruston. Mais, dès

les premiers temps, les commentateurs les plus autorisés ont senti qu'il aurait fallu un nom désignant de quelque manière le paganisme, ou mieux encore l'empire romain. Ainsi Jrénée (v, 30, 1), à côté ἀ᾽ Εὐάνθας ou de n'importe quel autre, signalait τειτάν, nom d'Apollon (cfr. l'interprétation ἃ Ἀπολλύων de 1x, 11) ou Λατεῖνος, disant qu Ἢ préférerait celui-ci; Victorin de Capoue a noté ce dinde nom en marge de son exemplaire; Âlippolyte, à côté d'apvoupe (ἀρνοῦμαι, « je renie », Antéchrist apostat), donne aussi Λατεινος, de même qu'£usèbe. En ces dernières années, Clemen à proposé ἡ λχτινη Baciheux Où ἢ ιτάλη βασιλεια ; Æwald (1828) s'était décidé pour BA Dh (616), et Manchot pour 2" pp (666); Deissmann (LO, p. 258) propose xxïsap θεός (616). Ces solutions s’accorderaient bien avec le sens; mais si l’on en trouve de mieux déterminées, elles seront certainement préférables. D'autres, qu'il serait fastidieux d’énumérer, ont été proposées par pan den Bergh van Eysinga, etc.

Or, très anciennement déjà, on a cherché le nom propre d'un empereur. Apringius (non pas Victorinus, qui, malgré sa théorie du « Nero redivivus », n’a pas donné d'interprétation dans son texte original) (1) propose Tetrav ou « DICLUX » (dic : lux), parce que l'Antéchrist se donnera pour un ange de lumière; mais cet étrange terme de « Diclux » ἃ été formé des lettres à valeur numérique qu'on peut isoler dans le nom de Dioclétien, Diocles Augustus : DloCLes AVeVstVs, en joignant en un seul signe deux chiffres V pour en faire un X ; ainsi l'on obtient DCLXVI — 666 — Diclux par une interversion. Cette explication, admise de Bossuet, qui applique le chiffre à Julien l’Apostat, comme à un Dioclétien ressuscité, atteste au moins, si recherchée et arbitraire qu'elle puisse être, la très ancienne préoccupation de découvrir un empereur individuel. De nos jours, en suivant certaines théories sur les sources, on Υ ἃ vu Trajan 11} ἼΠ ou 13%1n) — déjà Grotius découvrait Οὔλπιος, nom de Trajan (Cfr. //adorn, ZNW, 1919, H. 1), — ou encore {Vülter, τῇ Trajan et Hadrien (D12393N Din — 666, ou Ye D112193N — 616). Beaucoup d'auteurs, on le voit, se servent de l'alphabet hébraïque. Mais on pourrait multiplier indéfiniment les clés de ce genre.

Deux interprétations par un nom d’empereur ont eu plus de succès, et paraissent plus admissibles à priori. L'une, se servant de l'alphabet grec et de 616, trouve Caligula, los Kaicao (Spitta, O. Holt:mann, etc.) La mort et la résurreetion de la Bête seraient une allusion à la dangereuse maladie à laquelle Caligula échappa au commencement de son règne (Suét. Caligula xiv); car πληγή peut signifier « maladie » à χιπι, 3, 12, οὗ τῆς μαχαίρης de χιιι, 14, ne serait qu'une

glose. C’est faire trop d'honneur à Caligula, dont Jean se souciait peu; 1] fau-

drait, pour recourir à cette théorie, admettre les « sources » de ces critiques. —

(1) V. l'édition de /aussleiler, p. 124, et Dom Morin, Analecta maredsolana, vol. IIT, par. 111, 1903, p. 196.

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