CA
grande voix, disant à tous les oiseaux qui volent au milieu du ciel : « Arri-. vez! rassemblez-vous pour le grand repas de Dieu, 18 afin que vous mangiez des chairs de rois et des chairs de chiliarques, et des chairs de puissants et des chairs de chevaux et de ceux qui sont assis sur eux, et des chairs de tous les hommes libres et esclaves, et petits et grands! »
19. Et je vis la Bére et les rois de la terre et leurs armées qui s'étaient rassemblées pour faire la guerre avec celui qui est assis sur le cheval, et avec son armée. 20. Et elle fut saisie la BÉTE, et avec elle le FAUX PROPHÈTE, celui qui avait fait les signes [prodigieux] en face d'elle, par lesquels il avait égaré ceux qui avaient reçu l'empreinte de la Bête et ceux qui se prosternent devant son image; vivants ils furent jetés tous deux dans l'étang du feu, embrasé de soufre. 21. Et le reste fut mis à mort par l'épée de Celui qui était assis sur Le cheval, [l’épée] qui était sortie de sa bouche, et tous les oiseaux furent rassasiés de leurs chaïirs.
——— À. B. C. 14. Ici αὐτῷ, régulier, et non μετ᾽ αὐτοῦ, comme vi, 8; χιν, 13, après ἠχολούθει. --- Le masculin ἐνδεδυμένοι, accord ad sensum. — Pour l’ « armée du ciel », cfr. x, 7, les Anges de Michel. — Comme Agneau, le Christ est suivi des saints; comme guerrier céleste, venant juger, il amène les Anges (Swete). C’est un luxe de rapprochements bien superflu que de citer ici, avec Vülter, les Fravashis des Perses.
A. B. 15. ἐν instrum. bis; — noter l’emphase de καὶ αὐτὸς... καὶ αὐτὸς. — διstouos après ῥομφαία, d'après 1, 16, dans rec. Καὶ, Tert., Cyprien. — τοῦ θυμοῦ omis af, 8, syr., Prim., pour améliorer le style. — « Glaive sortant de la bouche », cfr. τ, 16; Π,
12. — « Verge de fer », οὗν. 11, 27; xu, 5; d'après Ps. n1, 9; Ps. Sal. xvur, 26-27. — La « cuve » foulée, voir x1v, 19.
C. 15. Nous avons vu, au ch. re", que le glaive est une arme spirituelle plutôt que matérielle. Apringius, al. : « percutere dicitur.…. liberare, damnare, justificare, eripere, salvare ». Joh. Weiss : 1 « Éditeur » fait sortir le glaive de la bouche, pour signifier que le jugement sera moral, s’exécutant par la parole. On peut comparer “οὖ. 1v, 12, et noter l’affinité avec l'esprit du IVe Evangile, où l’homme se juge lui-même en se refusant à la foi de l'Evangile qu'il entend, Joh. ur, 18-20. — La « verge de fer » symbolise le pouvoir inéluctable et infrangible, et la métaphore de là « cuve », le côté terrible de cette domination, à l'égard des pécheurs obstinés.
A. B. 16. μέτωπον pour ἱμάτιον, dans à 503-156-616; τὸ iu. xal omis Α. — Bas. βασιλέων καὶ xvp. χυρίων, comme xvu, 14 (l’Agneau).
G. 16. Le Cavalier divin porte, inscrit probablement sur un ceïinturon ou un baudrier militaire (Düsterdieck, Holtzm., Bousset, etc.), un titre intelligible en soi, et qu'il ne faut pas confondre avec le nom mystérieux du v. 12. La désignation « roi des rois » avait autrefois distingué en Asie des souverains au vaste empire, comme les Achéménides, et elle était aussi un prédicat divin. Puis des monarques moins puissants, ceux d'Arménie, du Bosphore, de Palmyre, se l’approprièrent, d'après des monnaies et des inscriptions. Jean la rend à celui-là seul à qui elle convient, et la fait suivre de « Seigneur des Seigneurs », car Jésus est le maître du prétendu « dominus et deus » qui siège à Rome de son temps. Cfr. I Cor. vu, 6.
——— A.B. 17. ἕνα pour τινα (Inr. c. x, ὃ II) omis rec. K., et remplacé par ἄλλον δ, α 503-156-616, syr., copt. — ἐν instrum, dans rec. Æ., al., rejeté par Soden. — Cfr. pour les vv. 17-18, Ézéch. xxxix, 4; 17-20, extermination de Gog; pour l'appel aux oiseaux οἷν. aussi Mat. xx1v, 28.
À. B. 18. Pour ἐπ᾽ αὐτῶν de N, etc. que nous conservons avec Soden, al., à cause de l'usage caractéristique de Jean (Int. ce. x, ὃ II), A lit ἐπ᾽ αὐτούς, d’autres ἐπ᾽ αὐτοῖς. — τε, Omis dans quelques And., n'apparaît qu'ici. — Cfr. Ézéchiel. — L'énumération βασιλέων xt, rappelle celle de νι, 15.
G. 17-18. Jean s’est inspiré dans cette péricope d’Ézéchiel et de son réalisme assez brutal; inutile d'adoucir l’image, et de prendre, avec André, les oiseaux carnassiers pour les Anges dont la nourriture est l’accomplissement de la volonté de Dieu: l'influence littéraire de la tradition relative à Gog et Magog reparaîtra plus explicitement au Ch. xx, 7-suiv. Il ne faut pas toutefois oublier que, si saint Jean a fait cette concession au style apocalyptique, les triomphes du Verbe sont avant tout spirituels. Ce combat contre les « rois de la terre », vassaux de la Bôte, s’identifie à celui qui se préparait à Harmagédon, xvi, 16, — et, pensons-nous aussi, à celui de xx, 8 (v. infra) l'un et l’autre passage s'inspirant visiblement de la même description d'Ézéchiel.
“τ΄ À. B. 19. ἐπὶ τοῦ ἵππου, génitif à cause de χαθημένου (Inr. c. x, ὃ II). — « Rois de la terre », cfr. xvi, 14.
À. B. 20. ἐπιάσθη, forme dorienne pour ἐπιέσθη ; πιάζειν, à divers temps et modes, se trouve huit fois dans le IVe Évangile, — c'est donc un mot « johannique », — deux fois dans les Actes, et une fois II Cor., contre une seule fois πιέζειν, Luc vi, 38. — ἐν instrum, deux fois. — Remarquer la coordination de l’aoriste «6. et du présent πρυσχ., qui est peut-être intentionnelle; — προσχ. avec datif, « se prosternant » ; — βληθήσονται pour ἐδλήθησαν, dans quelques And. — τὴν λίμνην... τῆς καιομένης, faute de distraction (Ν, A, C), amenée peut-être par le voisinage de πυρός; vulg. « ignis ardentis » (Inr. c. x, ὃ II, et c. xu1). — « Faux prophète « cfr. xvi, 3, et χπὶ — « Em- brasé de soufre », Zs. xxx, 33; Dan. vu, 11, etc.
À. B. 21. ἐν instrum. — Le repas de cadavres, supra v. 18, d’après Æzech. οἷν. Hen. éth. XLVI, 4-6.
C. 19-21. La Bôte cherche à s'échapper, mais elle est capturée, ἐπιάσθη (Swete). Le combat n’est pas décrit, mais seulement son résultat; c’est là encore un trait « johannique », car, dans le IVe Évangile, nous voyons que les miracles ne sont guère décrits dans leur fieri; l’Apocalypse elle-même a quelque chose de cette réserve. (Inr. C. ΧΠῚ, ἢ, ὃδ IV-V). À
C'est la destruction définitive des deux systèmes alliés d'opposition à l'Évangile que représentent les Deux Bêtes; il n’en restera plus rien dès que le Christ voudra, et c’est ce que veut dire la métaphore qu’elles seront livrées au feu; ce trait n'implique nullement que ces monstres soient des personnes plutôt que des collectivités; plus loin, ce sont des abstractions comme la « Mort » et l’ « Hadès » qui seront aussi jetées dans
l'étang de feu (xx, 14). Dans l’abîme de perdition, qui représente à la fois l'enfer des
damnés et le néant où sombrent les institutions humaines hostiles à Dieu, Jean précipite pêle-mêle les personnalités et les personnifications auxquelles son ardent esprit a donné vie.
Malgré les détails réalistes qui sont tout à fait dans le goût juif, n'oublions pas que le scénario traditionnel couvre une victoire qui est spirituelle avant tout, et que Τ᾿ « épée » est, dans son principal sens, la force de persuasion de la parole divine, cette arme dont parle saint Paul, Eph. vi, 17 : τὴν μάχαιραν τοῦ πνεύματος, 6 ἐστιν ῥῆμα θεοῦ, ainsi que Heb. 1v, 12. Cette vision trouvera sa pleine réalisation à la Parousie de Notre- Seigneur; mais aussi elle s’accomplit et s'accomplira, dit Swete, dans tout grand mouvement de conversion au christianisme; on peut en espérer des accomplissements plus entiers dans l'avenir. /
C'est de la fantaisie d'évoquer ici Tiâmat ou l’eschatologie des Perses; nous reviendrons sur ces questions, pour une solution définitive, au chap. xx.
DA 7e
E. DÉFAITE PERSONNELLE DU DRAGON : SON INCARCÉRATION PENDANT MILLE ANS, ET L'ANÉANTISSEMENT DE GOG ET DE MAGOG (xx, 1-10).
Inr. — Dans l'ordre inverse de celui de leur apparition, Jean nous fait assister à la ruine des adversaires du Règne divin. Rome païenne a été brûlée et dévorée par la Bête elle-même et les rois de la terre; puis le pouvoir des Bêétes, ou de l'Antéchrist, est anéanti par le glaive du Verbe. Restait le dernier et perpétuel adversaire, dont les autres n'étaient que les instruments historiques, le Dragon. Dès le ch. XII, nous le voyions virtuellement vaincu, depuis que Michel l’a précipité du ciel; le tableau présent nous montre l'impuissance où, dès lors, il a été réduit si l'on a regard au fond des choses, et l'échec de la supréme tentative qu'il fait pour rétablir son pouvoir. L'horizon s'élargit toujours aux yeux du Voyant; d'abord il a embrassé l'histoire de son époque, ensuite l'histoire universelle, maintenant son regard plonge dans les grands événements invisibles et surnaturels, dont tous les précédents n'étaient qu'une manifestation et une conséquence. Îl ne faut pas s'étonner si le ton change, et devient celui de la plus triomphante sécurité, avec une mention presque négligente, dans un raccourci conventionnel, de la stratégie défensive de Satan et de son échec final.
Avec cette brève péricope nous abordons le problème, sinon le plus ardu, du moins le plus discuté, de l'Apocalypse, celui du MILLENIUM. Les lignes précédentes montrent comment nous le résoudrons. Selon nous, ce tableau n'est qu'une « récapriulation » des précédents; mais nous ne disons pas une « répétition » pure et simple; il n'en est. du reste point de telles dans ce livre si savamment construit (Int. c. VII). Dégagé des contingences historiques et de tout le va-et-vient des apparences, le regard de l'homme qui écrira plus tard l'« Évangile sptrituel » pénètre ici jusqu'aux nds profondeurs, et oublie pour ainsi dire l'accidentel pour ne contempler que la marche rectiligne du plan immuable de notre salut. C'est une page transcendante, comme celle qui a servi de prologue à cette partie, la vision de la Femme et du Dragon; on pourrait joindre XX, 1-10 à XIT, 9, car c'en est la suite logique, après une longue parenthèse de prophéties particulières; le cycle s'achève dans le monde surnaturel où il avait commencé, il rejoint le plan du spirituel et de l'invisible, comme un courant de lumière divine qui n'a fait que traverser le monde varié des réalités humaines, pour montrer où les entraine la volonté irrésistible de Dieu et de l’'Agneau.
Ainsi, dans l'interprétation du Millenium, nous suivrons la solution définitive donnée par saint Augustin. Elle a bien à se défendre contre des objections qui paraissent très graves à première vue; τ faudra donc justifier notre exégèse, en dehors du commentaire direct, par une dissertation d'une certaine ampleur, Exc. xxxvur.
Les critiques indépendants ne sont plus des « millénaristes » comme les anciens, mais presque tous attribuent à Jean un « chiliasme » judaïque, du méme ordre que celui de Papias; nous verrons ce qu'il faut penser de leurs affirmations péremptoires. Pour ce qui est de l'origine littéraire du morceau, Vôülter voit dans XX; XXI, 1-13; 15-21: XXII, 4-6, la conclusion de l'Apoc. de Cérinthe; Weyland, la fin de à, juif, avec XX, 11-jin, XXT, 1-8; Sabatier, dans XX, 1-10, un fragment d'origine juive; Spitta attribue 1-3; 8-15 à J\, tandis que 2*, 4-7, 1%*, appartiendraient au « Rédacteur »; Erbes date 1-10 et 14* de l'an 80, et 11-15 de l'an 62 (le tout chrétien) ; Briggs termine ioi son Apoc, du Dragon; Joh. Weiss laisse 1-42; 6-11 à Jean, et donne 48- 5; 12b-15 à l'« Éditeur ». Etc. Inutile de revenir sans cesse à la critique de ces théories ingénieuses.
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Nous pouvons partager le morceau en trois parties :
1°) XX, 1-3. Position respective des forces divines et angéliques sous le régime de l'Incarnation.
20) 4-6. Le Règne spirituel des Saints, résultant de l'impuissance relative du Dragon ; Jean emprunte ici ses images aux idées courantes des Juifs sur le « Règne. intermédiaire » du Messie.
3°) 7-10. La rébellion infructueuse du Dragon, avec Gog et Magog; schéma, raccourci, dont la donnée est traditionnelle également, et empruntée à Ezéchiel.
La forme de cette vision est presque toute empruntée à la tradition, et demeure assez abstraite, à cause justement de son étendue et de sa profondeur. « L'Ange, dit fort bien Bossuet, après lui avoir représenté (à Jean) par les images les plus vives et les plus expressives ce qui était plus près de son temps » — disons plus humain, extérieur et visible — «.… lui montre de loin et comme en confusion les choses plus éloignées » — ou plus spirituelles et cachées — « à la manière d'un peintre qui, après avoir peint avec de vives couleurs ce qui fait le principal sujet de son tableau, trace encore dans un lointain obscur et confus d'autres choses plus éloignées de cet objet ».
CG. χχ. 1. Kai εἶδον ἄγγελον χαταθαίνοντα ἐκ τοῦ οὐρανοῦ, ἔχοντα τὴν “uAeïv τῆς ἀθύσσου, καὶ ἅλυσιν μεγάλην ἐπὶ τὴν χείρα αὐτοῦ. 2. Kai ἐχράτησεν τὸν δράκοντα, "ὁ ὄφις ὁ ἀρχαῖος, ὅς ἐστιν Διάόδολος noi ὁ Σατανᾶς, nat ἔδησεν αὐτὸν χίλια ἔτη. 3. Καὶ ἔθαλεν αὐτὸν εἰς τὴν ἄῤυσσον, χαὶ ἔχλεισεν χαὶ ἐσφράγισεν ἐπάνω αὐτοῦ, ἵνα μὴ πλανήσῃ ἔτι τὰ ἔθνη, ἄχρι τελεσθῇ τὰ χίλια ἔτη" μετὰ ταῦτα dei λυθῆναι αὐτὸν μικρὸν χρόνον.
À. Β. 1. χλεῖν (pour χλεῖδα), forme attique qui revenait en usage, Cfr. 1, 18, τὰς χλεῖς; cfr. Bl.-Deb. ὃ 47, 3. — « Clé de l’Abîme », cfr. 1x, 1 (l'étoile tombée que nous identifions, après A/ford, à Satan), et τ, 18, le Christ tenant les « clés de la mort et de l'enfer ».
C. 1. L'expression χαὶ εἶδον, comme le note Swete, n’équivaut pas à μετὰ ταῦτα eidov; comparer xix, 11, 17, 19, et plus loin xx, 4, 11, 12; xx1, 1, avec xvin, 1 ou xix, 1. Elle ne détermine pas, comme la seconde, l’ordre chronologique des visions, mais établit simplement un lien entre des visions que l'écrivain, pour n'importe quelle raison, a jugé bon de rapprocher dans une même partie de son livre. Cette remarque a son importance; car il s'ensuit qu’on ne peut affirmer que les événements introduits par καὶ εἶδον devront suivre dans l’ordre du temps la destruction de la Bête.
—— A. B.2. ὃ ὄφις coordonné à δράχοντα, ἵντ. ὁ. x, ὃ Il; cfr. χη, 9. — ἔδησεν, Cfr. Zs. xxiv, 22, eschatologique. — χίλια ἔτη, οἷν. Ps. οἷν, 8, l'alliance pour mille générations. — Sur les rapports avec l’eschatologie pehlvie, voir Exc. xxxvi.
GC. 2. Joh. Weiss trouve surprenant que, pour vaincre et lier Satan, l'ennemi personnel de Dieu, il ne faille que la main d’un Ange. Maïs rappelons-nous que Satan a été vaincu, au ch. ΧΙ, par Michel et ses Anges. Le Verbe en personne a paru contre ses ennemis humains, au ch. ΧΙΧ, parce qu’il les subjuguait par le glaive de sa Parole, qui n’a rien à faire contre l’inconvertissable Satan. D'ailleurs, ce sont aussi des Anges, au ch. vu, qui ont marqué au front les élus, pour les préserver ainsi des séductions diaboliques; ce rapprochement est bon à noter pour l'intelligence du Millenium.
Le sens doit être le même que Mat. χιι, 29; Luc x1, 21 sur le « Fortlié » par Jésus;
et les « Mille Ans » sont un nombre rond, marquant une durée quasi indéfinie (Exc.
XXXVIT οἱ ἵντ., ©. v, 1, 8 Il). Depuis saint Augustin, et après la ruine du chiliasme, les commentaires, André, Beatus, etc., l'ont toujours ainsi entendu. | B. Ὁ. 3. χρόνον μιχρόν est relatif, comme vi, 11. — L'abime est le lieu, le réser-
D Sud à ΎΝ ὍΘ
We *
voir des fléaux spirituels surtout (οἷν. 1x, 4, 2, 11; χι, 7; xvir, 8). Pour l’Abîme clos, οἷν. Oratio Manassis, 2-4. C’est une demeure tout à fait appropriée à Satan, lequel peut bien être le même que l’Ange de l’Abîme, l’Apollyon de 1x, 11. Mais il ne peut plus y entrer ni en sortir à son gré, car l’Ange y a enfermé sa rage impuissante : l’'Ennemi de Dieu et des hommes est bloqué dans son fort, d’où il ne peut plus pour longtemps faire de sorties, du moins de sorties aussi dangereuses que celles du passé. Malgré la force des termes, le contexte (7-suiv.) indique que cette incarcération n’était que relative (vid. ad loc.). Les séductions de Satan ne seront plus aussi dangereuses pendant ces mille ans (Bossuet, etc., après saint Aug. Civ. Dei xx, viret vin). Saint Jérôme, (dans le comment. de Victorin corrigé), saint Augustin, et toute l’exégèse qui procède d'eux, comptent ces mille ans depuis le premier Avènement du Christ jusqu’à la consommation ; quant à la courte période de délivrance de Satan, ils l’identifient justement avec les 3 ans 1/2 de l’Antéchrist; les anciens les prenaient à la lettre; nous avons largement expliqué comment, selon nous, 16 texte oblige à les entendre (Exc. xx).
À. B. 4. Le sujet d’ ἐχάθισαν n’est pas exprimé, seule la tradition et le contexte peuvent nous apprendre quels sont ces assesseurs de Dieu. On pourrait penser
C. xx. 1. Et je vis un ange qui descendait du ciel, ayant la clé de l’Abîme, et une grande chaine sur sa main. 2. Et il saisit le DRAGON, — le serpent ancien, qui est diable et le Satan, — et 1] le lia pour mice Ans. 3. Et 1] le jeta dans l’Abime, et 1] ferma et mit un sceau au-dessus de lui, pour qu’il n'égarât plus les nations, jusqu’à ce que fussent achevés les mille ans; après ces [mille ans}, 1] faut qu'il soit délié un peu de temps.
aux 24 Vieillards, et comparer 75. xxiv, 23, et Dan. vir, 9-10, 22; mais des passages du Nouveau Testament lui-même, Mat. xix, 28; Luc xxn, 30: I Cor. vi, 3, portent plutôt à étendre le sens. Charles n’a peut-être pas tort de penser qu’il faut transposer 4 a : « Et je vis des trônes, et ils s’y assirent », à la fin du verset; malheureusement cette rectification ne s'appuie sur aucun témoin. — τὰς ψυχάς est coordonné à θρόνους. — Καὶ οἵτινες a été diversement traduit; N l’avait changé en εἴ τινες οὖν, ce qui est plus clair, mais au détriment du sens véritable; Aug., Prim. paraissent avoir lu aussi εἴ τινες. La plupart des critiques modernes, et même des traducteurs, prennent la liberté de négliger xai, pour rapporter οἵτινες aux πεπελεχισμένοι, (cfr. γι, 9) comme s’il s'agissait uniquement des martyrs (Holtzmann; Joh. Weis : « und die nicht... »; Calmes : « c'étaient ceux qui n'avaient pas adoré la Bête. », etc.). C’est faire violence au texte, avec quelque désinvolture, pour se tirer d’embarras. Καὶ οἵτινες introduit certainement une nouvelle catégorie, à moins qu’on ne veuille le coordonner au participe πεπελ., ce qui n’est pas impossible en soi, mais ferait un « hysteron proteron » très dur. — Οἵτινες est un nominatif coordonné à un accusatif, mais l’Apoc.se soucie peu de cette incongruité. —
-προσέχυν. accus. — adorer, οἷν. χπὶ, 12; θηρίῳ, εἰχόνι, (dans And.) sont beaucoup moins … bien attestés; — ἐπὶ τὸ μέτωπον, InT., ©. x, ὃ IL; -— μαρτ. [ησοῦ... λόγ. τοῦ Θεοῦ, οἷν..1, 9. —
ἔζησαν pourrait, dans le style, de l’Apoc., signifier « ils revécurent » (ἀνέζησαν), cfr. 11, 8; ΧΠΙ, 14 et xx, 5; mais cette synonymie n’est pas nécessaire partout, on peut juger diversement en divers contextes. — Χριστός ne se rencontre qu'ici, et x1, 15; χιι, 10; XX, 6. — ἐδασίλευσαν, οἷν. 1, 6; v, 10.
α. 4. Qu'on admette ou non l'hypothèse de Charles, la meilleure explication de 48 est de faire asseoir sur les trônes ceux qui, d’après la fin du verset, doivent vivre et régner avec le Christ, c’est-à-dire les fidèles eux-mêmes; Notre-Seigneur (Mat. Luc, supra) avait promis aux Apôtres qu’ils jugeraient les Douze tribus, et saint Paul va
h. Kai εἶδον θρόνους nat ᾿ἐχάθισαν ἐπ᾽ αὐτούς, χαὶ χρίμα ἐδόθη αὐτοῖς, nat "τὰς ι EU r τ ι 7 3 US \ \ S t μὰ Ἐν τ΄ [ ψυχὰς τῶν πεπελεχισμένων διὰ τὴν μαρτυρίαν ᾿Ιησοῦ nat διὰ τὸν λόγον τοῦ θεοῦ, "χαὶ
e , 7 Ἃ = ον ξὼ Τρ \ là οἵτινες οὐ προσεχύνησαν "τὸ θηρίον οὐδὲ τὴν εἰκόνα αὐτοῦ nai οὐχ ἔλαθον τὸ χάραγμα \ -» εἰμι ς ἄβτωα LE r À.
"ἐπὶ τὸ μέτωπον. χαὶ ἐπὶ τὴν χεῖρα αὐτῶν nat ᾿ἔζησαν nai ἐῤασίλευσαν μετὰ τοῦ Χριστοῦ χίλια ἔτη. ὅ. Οἱ λοιποὶ τῶν νεχρῶν οὐχ ἔζησαν ἄχρι τελεσθῇ τὰ χίλια ἔτη. ΠῚ ον, “ ε , τ ef L'0 7 = ΓΕ Αὕτη ἡ ἀνάστασις ἣ πρώτη. 6. Μαχάριος nat ἅγιος ὁ ἔχων μέρος ἐν τῇ ἀναστάσει τῇ 4 SUR ONLTR 4 € L4 4 ? LE 4 2E ΄ 2 3. ky ς -» πρώτῃ ἐπὶ τούτων ὃ δεύτερος θάνατος οὐχ ᾿ἔχει ἐξουσίαν, ἀλλ ᾿ἔσονται ἱερεῖς τοῦ
0 = \ Le ΧΙ “9 EX Ὁ ! Ἂ , - \ r 3 EOU AG τοὺ 2 ριστου, AA βασιλεύσουσιν ET αὐὑτόυ τὰ χίλια £T'.
jusqu’à déclarer aux Corinthiens qu'ils jugeront les Anges. Calmes, J. Weiss, Swete, al., après des anciens, André, etc., ont très bien vu le rapport de ces textes, contrairement à Bousset, qui voit dans ces juges le Christ et les Anges, procédant à un jugement préliminaire à l'établissement du « Règne intermédiaire ». Or, c’est là déjà une bonne raison pour ne pas restreindre cette gloire aux Martyrs (ce que le texte n’autorise pas du tout), malgré Bossuet, qui appliquait οἵτινες aux martyrs de Rome, et les auteurs cités ci-dessus, excepté Swete et Bousset (v. infra). Saint Jean paraît faire une distinction intentionnelle entre les «âmes » des martyrs, c’est-à-dire de morts (cfr. v. 5. οἵ λοιποὶ τῶν νεχρῶν), et une catégorie bien plus générale, tous ceux (οἵτινες) qui ont résisté aux séductions de l’Antéchrist, sans fixer leur état, sans fixer aucune époque. « Le Royaume millénaire n’est pas promis à ceux-là seulement qui ont acquis la perfection du martyre, mais à tous ceux qui ont persévéré dans la lutte, sans avoir précisément souffert la mort » (Bousset). C’est très juste : à côté des martyrs, le Prophète place les confesseurs (Cyprien, ad Fortunatum, 12; Swete). Mais faut-il croire que ce sont les confesseurs morts ? Jean ne dit pas qu'il ait vu leurs « âmes », comme il ἃ vu celle des martyrs, incontestablement défunts. Saint Aug. (Civ. Dei, xx, ὃ 3) voit les vivants aussi bien que les morts. Ils « vivent » — le terme ἔζησαν est tout à fait général — les uns parce qu’ils naissent à la vie de la grâce par la « Première résurrection » (v. infra) ou bien y persévèrent; et les autres parce que, étant déjà morts, «ils participent aux honneurs rendus aux saints et aux martyrs, par leur pouvoir de juger les démons qui déjà se manifeste » (André ; cfr. la résurrection des Témoins, ch. χη. Cette royauté, plusieurs fois déjà promise aux fidèles, et dès la vie présente, est donc à la fois celle des âmes bienheureuses qui sont au ciel, et des saints, des « Vainqueurs », vêtus de « robes blanches » (Lettres, 11, 5) qui sont encore sur la terre; l’auteur ἃ plusieurs fois noté l’effet souverain de leurs prières sur le cours des événements. C’est le règne indivis de l'Église militante et triomphante, une des idées maîtresses de l’Apocalypse (Inr., 6. vit, Comment. à vir, χιν, xv, et, infra, χχι-χχπ). Seulement il est manifeste que l'écrivain, dans ce passage, a utilisé comme symbole l’idée courante alors chez les Juifs du « Règne intermédiaire », qui s’étendait pour eux à tous les temps messianiques (Exec. xxxvn). Mais il n’est dit nulle part que ce règne sera proprement terrestre, s'exerçant par des moyens terrestres; Jean ἃ évité d'ajouter ἐπὶ τῆς γῆς à ἐῤασίλευσαν.
À. B. 5. On rencontre ἀνθρώπων pour νεχρῶν (ῷ.-« 1070-046, et quelques 4πα.); ἀνέζησαν ou ἀνέστησαν pour ἔζησαν. — « Le reste des morts ne vécut pas », cfr. Zs. ΧΧΥΙ, 14 (sur les adversaires de Dieu exterminés à jamais).
α. 5. Les anciens chiliastes, et la plupart des indépendants, ont cru que Jean enseignait ici une double résurrection corporelle, l’une des martyrs et des saints, au début du Millenium, l’autre générale, à la fin du monde. Mais l’ensemble des catholiques ἃ compris qu'il y avait opposition seulement entre la résurrection spirituelle (cfr. Æp.
v, 14; Joh.v, 24-25, Bossuet), et la corporelle qui aura lieu, pour tous ensemble, seule-
fe
L. Et je vis des trônes — et ils s'assirent sur eux, et 1] leur fut donné [46 rendre | une sentence — et [je vis] les âmes de ceux qui avaient été frappés de la hache à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et tous ceux qui n'avaient pas adoré la BÊTE ni son image, et n'avaient pas reçu l'empreinte sur leur front et sur leur main; et ils vécurent, et régnèrent avec le Christ, mille ans. 5. Le reste des morts ne vécut pas jusqu’à ce que fussent achevés les mille ans. C'est Ἰὰ la RÉSURRECTION PREMIÈRE. 6. Heureux et saint qui a part à la résurrection première! sur ceux-là la seconde mort n'a pas de pouvoir, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui les mille ans.
ment à la fin des Mille ans. La péricope suivante, xx, 11-15, montrera qu'on ne saurait comprendre le texte johannique d’une autre manière. Le « reste des morts », qui sont mis en contraste avec les martyrs ou les confesseurs sortis de ce monde, ce sont tous ceux qui ont quitté la vie sans être régénérés ; ils ne vivront d'aucune manière durant le Millenium, mais demeureront morts et spirituellement et corporellement; comme morts spirituels, on peut leur associer peut-être, (car les vues de Jean sont toujours très synthétiques), les impies même vivants qui rejettent la conversion. Cette classe d'hommes ἃ bien à attendre une résurrection corporelle, qui sera le comble du malheur; mais, pour bien montrer que cette résurrection générale des corps ne doit pas être confondue avec celle dont il ἃ été d’abord parlé, Jean insiste sur le fait qu’elle n'aura lieu qu'après l’écoulement entier du Millénaire.
Il n’y a rien dans ce passage d’analogue à 1 Thess. 1v, 16, où il ne s’agit pas de deux classes de morts, mais de la double classe des fidèles, ceux qui seront morts, et ceux qui seront encore vivants, au jour de la Parousie. Swete, qui ἃ fort bien expliqué tout ce passage, apporte une observation très précieuse pour confirmer la thèse augustinienne et traditionnelle que nous défendons : l’Apocalypse arrange toutes les grandes réalités de la vie et de la mort par couples, dont les membres concernent respectivement l'ordre présent, et l'ordre futur πρῶτος οὐρανός, πρώτη γῆ, δεύτερος θάνατος, οἷν. xx. 6 et xx1, 1. La « Première résurrectièn » est donc celle qui s’accomplit déjà dans la vie présente, suivant une idée commune à saint Paul et à saint Jean (Exc. xxxvu), en contraste avec celle qui s’accomplira à la Parousie; puisqu'elle est dite « première », c'est qu'elle sert de préparation à une seconde, dont les mêmes sujets, croyons-nous, et non pas exclusivement d’autres, seront encore bénéficiaires (voir Exc. xxxvu). Le verset suivant confirme cette exégèse.
A. B. 6. À donne βασιλεύουσιν, présent, pour le futur. PBousset admet cette
leçon; elle ne change pas le sens, οἷν. 1, 6; v, 10. — ἐπὶ τούτων, accord ad sensum (Ir. δ. x, ὃ IT). — οὐχ ἔχει, présent, à remarquer. — ἱερεῖς: βασιλεύσουσιν, cfr. 1, 6; v, 10, et la scène de vu, 15, etc. — Maxéptos, cinquième béatitude.
C. 6. « Heureux et saint qui a part à cette première résurrection, sur eux la seconde mort n’a point de pouvoir. » Ces présents confirment bien l'interprétation ci-dessus. La « seconde mort », opposée à la mort corporelle, est celle de l'âme par le péché ici-
. bas, par la damnation dans l'autre vie. « Ils règneront » non pas qu’ils ne règnent
déjà, car Jean les ἃ présentés en plusieurs passages comme des rois in actu, mais parce que leur règne, déjà commencé, se prolongera à travers l’avenir infini. Ce règne s'exerce à la fois au ciel, où est leur cité, et sur la terre, — bien que Jean ait évité ici, intentionnellement peut-être, d'ajouter ἐπὶ τῆς γῆς (comme il l'avait fait νι, 10), pour bien distinguer sa conception de celle du millénarisme juif; en tout cas, puisqu'il ne l’a pas écrit, il ne faut pas, dirons-nous avec Swete, le lire entre les lignes. « Ils seront »
Kai "ὅταν τελεσθῇ τὰ χίλια ἔτη, λυθήσεται ὁ Σατανᾶς En τῆς φυλαχῆς αὐτοῦ,
| À VF x % 7 se ἊΣ x 8 χαὶ ἐξελεύσεται πλανῆσαι τὰ ἔθνη τὰ ἐν ταῖς τέσσαρσιν γωνίαις τῆς γῆς, τὸν ΓὼΎ
χαὶ Μαγώγ, συναγαγεῖν αὐτοὺς εἰς τὸν πόλεμον, ὧν ὁ ἀριθμὸς "αὐτῶν ὡς ἡ ἄμμος τῆς θαλάσσης᾽ 9. Kat “avébnouv ἐπὶ τὸ πλάτος τῆς γῆς, χαὶ ἐχύχλευσαν τὴν παρεμόολὴν τῶν ἁγίων χαὶ τὴν πόλιν τὴν ἠγαπημένην. Καὶ χατέθη πῦρ ἐχ τοῦ οὐρανοῦ χαὶ χατέφαγεν αὐτούς. 10. ΚΚαὶ ὁ διάθολος ὁ πλανῶν αὐτοὺς ἐόλήθη εἰς τὴν λίμνην τοῦ πυρὸς χαὶ θείου, ὅπου χαὶ τὸ θηρίον χαὶ ὁ ψευδοπροφήτης, χαὶ βασανισθήσονται ἡμέρας χαὶ νυχτὸς
\ -" “Ὁ LA εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων.
— et ils sont déjà — « prêtres de Dieu et du Christ »; c'est ici le seul passage où il soit parlé explicitement de « prêtres du Christ »; il est important, rapproché de tous ceux où est affirmée ou supposée la divinité de Jésus (Inr. ch. n).
A. B. ‘7. ὅταν τελεσθῇ (μετά, Q, quelques And. — ἐτελέσθησαν, quelques And.); ὅταν marque l'incertitude de la durée de cette période. — Cfr. xx, 3.
GC. 7. Les versets 7-10 présentent en abrégé tous les efforts du démon pour troubler
le Règne des saints, et son échec définitif. Jean ἃ emprunté à ÆEzéchiel l’image de Gog et Magog, « l'ennemi eschatologique du Nord », comme dit Gressmann (Ursprung, pp. 174-192). Satan travaillait depuis longtemps à cette séduction et à cette prise d'armes (Bossuet). Bien que cette guerre soit symboliquement présentée comme rompant d’une manière subite une longue période de paix, nous croyons pouvoir affirmer que ce n’est là qu’un effet de perspective, comme on en rencontre souvent chez les Prophètes (Exc. xxxvu). Jean lui-même est coutumier de ces raccourcis, et de ces classifications en tranches successives d'événements qui peuvent fort bien être simultanés; n’a-t-il pas condensé les maladies morales sous la cinquième Trompette, les dévastations de la guerre sous la sixième, et dissimulé le « 3° Vae » sous les deux premiers? Toujours aussi le même procédé de « récapitulation ». A. B. 8. Pléonasme « hébraïsant » ὧν ... αὐτῶν, InT., ©. x, ὃ II. — « Gog et Magog » οἷν. Ezéchiel xxxvin-xxxIx, et de nombreux apocryphes (Εἶχα. xxxv). — τὰ ἔθνη τὰ ἐν ταῖς τέσσαρσιν γωνίαις τῆς γῆς» Cfr. xvI, 14 τοὺς βασιλεῖς τῆς οἰχουμένης ὅλης, (Holtzmann, al.), rassemblés par les émissaires du Dragon.
C. 8. Il s'agit d’une levée en masse de toutes les nations contre l’Église, sous la figure de peuples scythiques qui, depuis leur invasion en Asie (630 av. J. C.) étaient, dans la littérature juive, devenus légendaires pour Leur férocité (Exc. xxxv). Les auteurs anciens les ont identifiés en général avec les envahisseurs les plus barbares de leur propre époque, Goths, Huns, Turcs, etc., qui seraient un jour entraînés contre l'Église par l'Antéchrist; Holtzm. y voit les barbares subsistant encore après la ruine de l'Empire romain. De fait, saint Jean ἃ emprunté ces noms à Ézéchiel et à la tradition, sans mettre be sur leur race ni leur pays d'origine; ils occupent, pour lui, «les quatre coins de la terre ». Il faut bien que ce soient les mêmes que l’armée des Bêtes du ch. xx, puisque « tous les rois de la terre », convoqués à Harmagédon, ont déjà été exterminés avec l’Antéchrist. Nous voyons donc ici une récapitulation. Seulement Jean a choisi les noms de Gog et Magog, parce qu'il a voulu être aussi vague que possible; dans Ézéchiel, ces peuplades envahiront la Terre Sainte après le rétablissement glorieux du Temple et de la théocratie; ce sera le dernier ennemi; dans l’Apocalypse, ces noms sont l'emblème, non plus, comme les Bêtes, d’une organisation politique, philosophique et religieuse contre l’Église, car cette organisation n’est pas universelle, mais des instincts de rapine et de carnage de la bête humaine, de ce qui restera toujours de bestial et de diabolique dans l’humanité, pour faire obstacle perpétuellement au Règne de Dieu. L'image est donc beau-
7. Et une fois que seront achevés Les mille ans, le Satan sera délié de sa prison, 8 et il sortira [pour] égarer les nations qui sont aux quatre angles de la lerre, Goc #r Maco, Les rassembler pour la guerre, [eux] dont le nombre - est comme le sable de la mer. 9. Et ils montèrent sur l'étendue de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Et il descendit un feu du ciel, et il Les dévora. 10. Et le diable qui les égarait fut jeté dans ‘étang du feu et du soufre où [sont] aussi la BÉrE et le Faux PROPHÈTE, et
- ils seront tourmentés jour et nuit aux siècles des siècles.
coup moins déterminée que celle des Bêtes; mais les Bêtes elles-mêmes peuvent être comprises dans « Gog et Magog » car leur empire s'appuie sur ces instincts.
B. 9. πλάτος τῆς γῆς, οἷν. HMabacuc τ, 6; le mot avé6noav fait supposer que πλάτος désigne (symboliquement) le haut plateau de la Judée, autour de Jérusalem, la « Cité Bien-Aimée »; — ἢ ἠγαπημένη, rappelle Ps. Lxxvir (Lxxvur), 68; Ps. Lxxxvi (zxxxvu), 2; Osée τι, 23 (A9); τὴν πόλ. τὴν nyax., dit de Sion, Æab. χιι, 22. — Cfr. χιν,
1-5, ainsi que pour παρεμό. τῶν ἁγ. — Remarquer le passage à l’aoriste &vé6noav, comme au ch. x1, etc. (INT. ὁ. x, ὃ ut). — Pour le feu du ciel qui les dévore, cfr. l’histoire d'Élie, II Men 10 12% Ezech)xxxvnr, 227 Asc. Is! ἡ 66, G. 9. Les hordes du Diable assiègent Jérusalem (οἷν. ab. supra, et Ezech. xxxvinr, 8, 12. Peut-être montent-elles de la plaine d'Esdrelon (Swete), Pour André, Prim., etc., jusqu'à Swete et à nous aussi, le « camp des saïnts », la « Cité bien-aimée », c’est l'Église universelle, sous la figure dont Jean s’est déjà servi au ch. x1v, 1-5. Elle sera bloquée par l'ennemi, mais non prise ni dévastée. « S'il fallait prendre ici au pied de la lettre une ville où J.-C. viendrait régner avec ses martyrs ressuscités et glorieux, en corps et en âme, on ne saurait plus ce que voudraient dire ces nations qui viendraient assiéger la ville où il y aurait un peuple immortel, et un Dieu qui régnerait visiblement au milieu d'eux. IL faut donc entendre ici une ville spirituelle, telle que l'Église, … par conséquent aussi un combat spirituel tel qu’est celui que les hérétiques ne cessent de nous livrer, et qui se redoublera à la fin des siècles avec un nouvel acharnement... » Ainsi parle Bossuet, qui ajoute : « Pour le surplus, c'est un secret de l'avenir, où j'avoue que je ne vois rien. » Le grand évêque réfute à cette occasion la singulière théorie du millénariste Jurteu, qui voudrait que les nations attaquent la cité sainte, mais non le Christ, qui serait remonté au ciel après les 1.000 ans écoulés. Tous ceux qui font de saint Jean un chiliaste lui attribuent, au fond, des incohérences L absurdes. Seulement, sa manière de présenter les choses a bien changé avec cette péricope, fait qui du reste ne doit nullement surprendre un connaisseur de l’imagination johannique. Dans les chapitres précédents, l'attention de l'écrivain était attirée sur les luttes initiales avec l’Empire romain, si violentes, d’où il résultait une couleur sombre pour les visions; ici il envisage le tout de l’histoire chrétienne, où, en somme, le bien divin, quoique souvent invisible, l'emporte de beaucoup sur le mal; il a … négligé les péripéties du commencement, et représenté comme une guerre unique celle qui ne finira qu'avec le siècle présent. S'il ne s’est pas préoccupé de faire concorder les chiffres de sa « chronologie » prétendue, c’est que chaque nombre avait pour lui sa valeur absolue, indépendante des autres, et que leurs rapports arithmétiques n’entraient pas dans son symbolisme (Inr., ©. v, 11, ὃ 1, 4). ἘΠ 10: ΟΡ χιν, 10-11 xx: 20.
C. 10. Le Diable, après cette défaite suprême, est pour toujours enfermé dans les flammes infernales — qui ne sont pas explicitement identifiées à l’ « Abîme », lequel était plutôt un lieu moral que matériel. Saint Augustin y voyait « le cœur des
impies ». Rien, dans le contexte, n’indique si la « Bête » et le « Faux Prophète » y ont été précipités avant lui, ou en même temps que lui, puisque la proposition manque de verbe; ce peut être simplement un rappel de χιχ, 20, pour montrer l'identité foncière de ces deux scènes. D'ailleurs, comme le dit Swete, « since two of the three subjects of the βασανισμός represent systems, and not persons, it is safer to regard them as belonging to the scenery of the vision rather than to its eschatological
teaching ».
Les luttes sont finies, tous les ennemis de Dieu et du Christ sont anéantis, il ne
nous reste plus qu’à entendre la sentence de l'univers, prononcée pour l'éternité.