MILIEU HISTORIQUE ET BUT. V
commande au cours des événements et exécute les desseins de Dieu dans l’his- … toire. Déjà il parcourt le monde comme un guerrier invincible et des cantiques
angéliques célèbrent au ciel ses succès. Son grand ennemi, le Dragon, a été expulsé du firmament d’où il exerçait son pouvoir, il est tombé au ras de: terre, et sa rage même est un signe qu'il se sent vaincu; lui et ses su ppôts, dont le principal est à l'heure présente l’Empire païen, n’ont plus que. peu de temps à sévir. Dieu lui permet de répandre mille calamités sur tout ce qui est purement terrestre, et châtie encore par ses anges et ses fléaux le monde coupable, voué à la destruction. Mais ces malheurs ne sont pas pour les élus. Ceux-ci sont marqués au front d’un signe divin, pour être épargnés, en ce sens du moins que les châtiments les purifieront au lieu de les perdre. Le seul vrai danger pour eux, c'est de se laisser séduire, d’adorer la Bête; et d’abord de pactiser avec le culte des Césars. Que Dieu les préserve du laxisme que pratiquent les « Nicolaïtes », et de la peur! Car malheur aux peureux, aux lâches, à ceux qui ne croient pas à la victoire du Christ; ce qui les attend, eux, c’est 1 « étang de feu » et la « seconde mort». Mais Jean, comme saint Paul, paraît bien espérer que la masse des fidèles échappera à ce sort terrible. On dirait qu’il veut commenter quelquesunes des assurances les plus sublimes du grand Apôtre : Si Deus pro nobis, quis contra nos ? — Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. Enfin le livre s'achève dans la TA radieuse de la Jérusalem céleste, de la cité de paix et de gloire, où il n’y aura plus un jour ni douleurs, ni larmes, ni combats. Et l'Église toute entière, joignant sa voix à celle de l'Esprit, implore le Christ pour que ses triomphes soient prochains, quelles que soient les épreuves extérieures qui les précéderont : Veni, Domine Jesu — Ecce venio cito. |
Saint Pierre avait dit, dans sa première Épiître, avant la persécution de Néron : « Si vous êtes outragés pour le nom du Christ, heureux êtes vous » (ιν, 13). Et plus d’un prophète d'Israël, après Isaïe, avait parlé de ce « Reste » qui serait sauvé de l’extermination des impies. Mais nulle part, dans ces promesses, il n’y a un ton d'assurance, de joie exultante qui égale celui de l'Apocalypse.
Tel fut le message divin que Jean communiqua aux églises d'Asie Mineure au moment où l'atmosphère était déjà lourde du terrible orage qui allait éclater, quand toutes les puissances hostiles allaient se conjurer pour déraciner le christianisme naissant et le balayer de la face de la terre. L'Apocalypse est un manifeste d’incoërcible espérance au début des persécutions; une exhortation à l'endurance et à la paix intime, parce que letriomphe du Christ est certain.