CHAPITRE IT
LES CARACTÉRISTIQUES PERSONNELLES DE L'AUTEUR DE L'APOCALYPSE ET SA THÉOLOGIE.
Quel était le chrétien capable d'élever la voix avec une telle puissance?
Contrairement aux autres écrivains du Nouveau Testament qui se nomment comme lui en tête de leurs écrits, l’auteur de l’Apocalypse ne se désigne que par son simple nom : JEAN. Il ne se donne les titres ni d’apôtre, ni de mpecéÿtepoc, ni d'évèque, et ne se recommande d’aucun lien naturel avec le Christ ou quelque grand personnage apostolique, comme le firent Jacques et Jude. Simplement il se dit « serviteur du Christ », comme peut l'être le moindre de ses frères; puis, par le contenu de son message, il va montrer aussitôt qu'il est un PrRoPHèTE.
Le charisme de prophétie, en quelque sens qu'on l’entendit, était très répandu au premier siècle de l'Église. La communauté ie Jérusalem envoie des prophètes à Antioche, vers l'an 39-40 (Actes, χι, 27; xun1, 1-2). Ce charisme est si fréquent dans les églises pauliniennes, que le at Are à Corinthe, se voit obligé d’en réglementer l'usage (1 Cor. χιν, 29-seq; 37); il place d’ailleurs ceux qui le possèdent de manière authentique immédiatement au-dessous des Apôtres ( Cor. xxx, 28). Barnabé, Jude Barsabas, Silas, d’autres encore, parmi lesquels Paul lui-même dès avant son grand ministère (Act. xur, 1), et jusqu'à des femmes (Î Cor. χι, 5) entre autres les filles du diacre Philippe à Césarée (Act. χχι, 9), jouissent de ce don spirituel, Ces prophètes connaissent et dévoilent des choses secrètes, même ce qui est caché dans l'avenir, tel l’Agabus des Actes; leur regard peut pénétrer les consciences (I Cor. xiv, 25). Mais leur rôle ordinaire, quotidien, et qui n’est pas moins important, c'est, par leur prédication visiblement inspirée d'En-Haut, de soutenir la ferveur et le courage des chrétientés, de les « édifier, exhorter, consoler », en un langage direct et accessible, tout différent de celui des glossolales (1 Cor. xiv). Ces prophètes chrétiens, durant tout le r°’ siècle, et, en certains lieux, une partie du πὸ (1), furent presque un ordre dans l'Église, en-dessous des apôtres et de leurs délégués, et à côté des membres de la hiérarchie locale, avec lesquels ils ne s’identifiaient pas toujours. On le voit par le rang que leur assigne Paul dans ses épitres aux Corinthiens et aux Éphésiens (1 de XII, Hi iv) et par les chapitres ΧΙ, ΧΠῚ, Xv de la Didachè. I semble pourtant qu'il n’y en eût plus guère en Asie au temps d'Ignace et de Polycarpe, car ces deux Pères ne s'en occupent pas, et l'hérésie montaniste, qui fut une insurrection de prétendus inspirés contre la véritable Église, rendit définitivement suspectes parmi les catholiques les prétentions au prophétisme.
Jean, l’auteur de l'Apocalypse est donc un prophète, et qui place ce don très
(1) Ainsi Hermas à Rome.