CHAPITRE VI
Il nous a fallu, dans l’étude précédente, nous contenter maintes fois d’aflirmations dont le commentaire seul pourra fournir toutes les preuves. Il n’est pour ainsi dire pas une seule ligne de l’Apocalypse qui ne contienne un symbole présentant, au lecteur non initié, quelque difficulté spéciale. Le travail d'interprétation est encore loin d’être achevé lorsqu'on a relevé de multiples parallèles, puis reconnu, au moins approximativement, l'origine de l’image, et déterminé le sens qui se cache généralement sous ce genre de figures ; car il reste à fixer la signification précise que chaque symbole prend dans le contexte, par rapport aux idées spécifiquement chrétiennes de l’auteur; on ne peut transporter sans plus de façon une idée d'Hénoch ou de Baruch dans l’Apocalypse, les expressions matérielles fussent-elles exactement les mêmes. Jean, en effet, a usé des matériaux les plus traditionnels avec une indépendance et une originalité entières. Bien plus, il a exercé la même indépendance, dans une partie donnée de son livre, vis-à-vis du langage symbolique qu’il avait adopté dans une autre. Même au cours d’une seule vision, il ne reste pas constant avec lui-même dans le choix
des expressions figurées. C’est un défaut, ou du moins une singularité littéraire, ὃ qui complique assez la besogne des commentateurs. Il traite bon nombre de ses “ symboles comme s’il attachait peu d'importance à la figure elle-même, et à sa valeur représentative ou esthétique, comme s’il était uniquement préoccupé du sens, ne regardant les images sensibles que comme des mots conventionnels, . que l’on peut sans scrupule interchanger quand ils sont synonymes. Il en résulte, . par-ci par-là, une première impression qui est presque celle d’un chaos. Beaucoup Ma reté tâächent aujourd'hui d'expliquer ce fait par la diversité de sources que le rédacteur de l'Apocalypse eût juxtaposées dans leur teneur brute, sans souci aucun d'harmonisation ; mais cette théorie, quand elle pourrait suffire à expliquer l'instabilité du symbolisme dans des visions différentes, quoique analogues, ne saurait rendre compte de cette instabilité dans l’intérieur d’un seul et même tableau; et c’est pourtant là un cas qui se présente.
Pour nous, qui nous plaçons résolument dans l'hypothèse, que nous démon-#! trerons plus tard être la vérité, de l’unité très complète, et même très systéma-. tique, de l'ouvrage, nous devons chercher d’autres explications. Avant d'étudier la structure littéraire de l’Apocalypse, et d’en analyser le contenu, il est donc à . indispensable de connaître le traitement très particulier que l’auteur a fait subir — aux expressions symboliques de ses idées religieuses.
4 Inutile, d'abord, d'insister sur le fait que le symbolisme s'étend à tous les ‘ . tableaux, et à presque tous leurs traits constitutifs. Il ne faut donc prendre à la … lettre ni la description d'une demeure matérielle de Dieu, niles murs et les rues | de la Jérusalem céleste, ni certaines effrayantes calamités cosmiques, qui ren-