ÉGLISES
En fin de compte, les étoiles représentent : au ciel les « esprits de Dieu », sur terre les sept églises d'Asie. — De même, l'Église et le monde impie sont symbolisés respectivement par deux cités, elles-mêmes représentées par des femmes. Et il y a d’autres exemples, moins notables, d’un pareil étagement de symboles.
Ce manque de fixité et d’mmédiation dans les symboles crée, à coup sûr, de multiples difficultés d'exégèse. Il ne faut pas s'étonner si des esprits trop géomé-
triques ont de la peine à s’y reconnaître,
C'est en cela que les « critiques littéraires » trouvent leur grand argument pour soutenir que l'Apocalypse Johannique est une compilation, à peu près comme le livre d'Hénoch; compilation (faite avec impéritie, il faut bien le dire), il eût cherché à y mettre mécaniquement une espèce d’unité, en les agolutinant au moyen de quelques gloses ou notes rédactionnelles. L'exécution, du reste, eût
… irahi l'intention, car toutes ces retouches ou ligatures n'arriveraient qu'à donner l'impression d’une plus grande hétérogénéité et d’un plus grand désordre.
Ἢ Faut-il entrer dans les sentiers, très peu convergents d’ailleurs, que ces critiques “nous ont tracés?
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LXVI INTRODUCTION
Non, pour cette raison très suffisante que la théorie de la compilation ne fournit du genre de fluctuations ci-dessus analysé aucune explication qui puisse nous satisfaire. D'abord il n'y a pas, bien entendu, à tenir compte de l'opinion de ces philologues qu'une certaine matérialité de vues ou de culture, jointe à la manie du découpage, empêche de remarquer l'unité d'inspiration, de doctrine, de langue et de cadres, de « scénario », qui s'affirme à travers les vingt-deux chapitres du livre. Même dans l'hypothèse — sur laquelle nous faisons d'ores et déjà toutes nos réserves — où l’auteur aurait continuellement utilisé des sources, il faudrait reconnaître qu’il les a élaborées, et élaborées profondément, pour les faire servir au but de son enseignement bien un et bien défini. C’est un auteur, pas un rédacteur. 11 se montrait parfaitement capable d’unifier tout ce que, dans l'hypothèse, il aurait emprunté. Mais s’il n’a pas voulu mettre plus d'unité entre les éléments qu'il aurait groupés ainsi, cela révèle chez lui une trempe d'esprit toute particulière (1). Or, quand un homme sait faire. de l’unité, et que pourtant il ἃ eu si peu cure d'en mettre une parfaite dans le détail de son symbolisme, sera-t-il invraisemblable de supposer que cette variabilité est bien conforme aux tendances naturelles de son esprit et qu'elle s'introduira spontané-
ment dans ce qu’il aura imaginé, ou aperçu en vision, le détail matériel des
visions, même divines, dépendant naturellement des habitudes imaginatives de celui qui les éprouve? Ainsi il n'y aurait nul besoin de recourir, pour expliquer certaines « incohérences » du symbolisme, à l'hypothèse qu’il a juxtaposé péniblement des sources disparates.
Mais ceci n’est qu'un argument ad hominem. Car nous estimons qu'il ne faudrait pas tant parler de l’ « incohérence » de ces images apocalyptiques. Un prophète chrétien du 1" siècle, de culture presque exclusivement juive, aurait-il dû partager les goûts et les répugnances dont nous a doués la culture humaniste ? Les visions, puisqu'en réalité c'est de visions qu'il s’agit, doivent-elles se plier à la régularité logique de notre esthétique? Il serait audacieux de poser ces postulats. En fait, il y a. toujours, sous les symboles les plus changeants qui se présentent à son esprit et sous sa plume, une réalité foncière qui établit une affinité entre toutes ces figures, dont chacune la représente sous un aspect spéοἶα]. Cet ultimum quid est un « tout potentiel », comme un scolastique dirait.
Dans les exemples ci-dessus analysés, c’est Jésus, roi de l'Univers, ou bien le
Pouvoir terrestre et diabolique.
On peut insister, et déclarer que pourtant cette liberté un peu fantaisiste dans
l'usage des symboles est quelque chose de rare, de peu naturel. Je consens à n’y voir pas uniquement un trait de race (quoique dans les prophètes, notamment dans la seconde partie d’Isaïe, on püt relever des phénomènes analogues), mais la note d'un esprit individuel. Mais le cas de cet auteur, ainsi exposé, serait-il
(1) On pourrait objecter que IV Esdras est aussi une œuvre une et personnelle, de l'avis de critiques comme Schürer, Gunkel et autres, qui nous semblent avoir parfaitement raison, et cependant cette belle Apocalypse reste pleine d’incohérences, même doctrinales. Oui, mais son auteur, à la différence de Jean, n’a guère montré l'intention d’unifier les diverses traditions qu'il trouvait dans ses sources. Son respect de la tradition l’a empêché de faire autre chose que les « enchâsser » dans son œuvre propre, comme dans une monture beaucoup plus précieuse, en fait, que les pierreries dont il l’ornait. Pour Jean, c’est autre chose; il avait sa doctrine et entendait bien y ramener tout ce qu’il a pu emprunter ailleurs.