‹ L'ApocalypseChapitre 28 sur 239 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De nombreux travaux récents traitent — parfois au petit bonheur — des sources littéraires de l'Apocalypse, de ses particularités linguistiques, des préoccupations doctrinales du milieu où cette Révélation a paru, des attaches juives, orientales ou hellénistiques de son imagerie, enfin des prétendues « clés historiques » des visions ou symboles étudiés un à un; je ne sais s'ils sont entièrement de nature à rendre l’Apocalypse plus populaire chez cette nombreuse fraction des croyants, doués d’un sens rassis mais étroit, qui la considèrent encore comme un livre presque incompréhensible, un livre dont l'étude détaillée est un peu dangereuse, et ne saurait attirer que des fantaisistes. En dépit du caractère sacré que la foi les oblige pourtant de reconnaître à cet épilogue du Nouveau Testament, beaucoup partagent encore, sans se l'avouer, les appréhensions ou les répugnances que trahissait autrefois saint Denys d'Alexandrie, quand il n'osait l’attribuer à un Apôtre.

Si tant de recherches savantes, et parfois fort méritoires, n'ont pas encore abouti aux résultats qu’on aurait pu en espérer, cela peut tenir au fait que la plupart ont eu un caractère trop fragmentaire ou trop spécial. L'abus de la méthode analytique ἃ été particulièrement funeste à ce livre. Avant d’étudier cette œuvre si vivante, les critiques indépendants, — lesquels ont trop réussi à donner le ton aux orthodoxes, — ont posé en principe indiscutable qu'elle n'était qu’une compilation; ils se sont crus autorisés alors à la débiter en tout petits morceaux, dont ils cherchaient partout la provenance, en consultant tous les documents possibles, excepté justement l'ensemble d’où le fragment avait été arraché par eux. Or, un symbole isolé, une vision isolée, peuvent souvent prendre une multitude de sens, qui se diversifient suivant l’unique norme des préoccupations, et du degré d'ingéniosité, de l'interprète. Celui-ci peut se laisser | engager dans des voies complètement fallacieuses par une analogie lointaine entre telle image du texte sacré, et tel élément d'un mythe étranger, ou tel fait matériel du premier siècle. Si l'on avait, au contraire, examiné d'abord chaque symbole en fonction de toute la vision à laquelle il se rattache, puis chaque vision en fonction de toutes les autres, si l’on était ainsi arrivé à découvrir par quels procédés littéraires sont amenés les motifs les plus caractéristiques, et quelle en est la valeur respective dans l’ensemble, alors il est certain qu’à chaque élément s’attacherait un sens beaucoup plus déterminé, et plus intéressant peut-être; le péril des fantaisies exégétiques deviendrait beaucoup moins menaçant, à coup sûr.

Voilà pourquoi nous devons attacher une importance capitale à l'étude proprement littéraire de ce livre, à la considération de l’ensemble, et, avant tout, de ses procédés de composition; ce n’est qu'après avoir essayé de cette méthode

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