‹ L'ApocalypseChapitre 4 sur 239 · CARACTÉRISTIQUES DE L'AUTEUR. VII · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUES DE L'AUTEUR. VII

0 haut, plus haut peut-être que saint Paul lui-même (Apoc. x, 7; xvi, 6; xvin, 20, 24). ᾿ς [l prophétise en tous les sens : il a la mission spéciale FU ARE puissamment et divinement les fidèles; Dieu lui montre les cœurs à nu quand il l'inspire, et il annonce des événements futurs. Mais ce n’est pas un prophète quelconque, qui eût besoin à l'avance d'établir son autorité, et dont les églises, comme il est recommandé dans la Didaché, eussent à examiner la doctrine et la conduite avant d'admettre ses révélations.

Il s'adresse, non pas à un groupe assez restreint de fidèles, ni à une seule église, mais à sept églises de l'Asie Proconsulaire, et nous verrons par la suite que ces sept-là sont choisies, en raison de la totalité que ce nombre exprime, pour représenter toutes les chrétientés de la province. 1] leur annonce d’ailleurs les secrets de Dieu touchant l’avenir avec une telle profondeur et une telle assurance, comme n'en eut jamais un autre inspiré: que sa prophétie déborde de beaucoup les destinées de l'Asie Romaine, et s'impose à l'Église universelle.

Il parle avec une autorité très grande, une autorité qu'il ne craint pas de voir discutée. Nulle précaution oratoire pour justifier la mission qu'il s’attribue. Lorsque le Christ, par sa bouche, va interpeller les « Anges » des sept églises, comme représentants de l'esprit qui domine en chacune d'elles, et leur distri= buer souverainement l'éloge ou le bläme, les promesses ou les menaces, Jean ne s'excuse nullement de remplir avec tant de liberté un tel message, et ne se soucie pas d'expliquer pourquoi lui, plutôt qu’un autre, en a été chargé. Îl n’emploie, par exemple, nulle part ces formules de politesse et de modestie qui abondent dans les lettres de saint Ionace d’Antioche. Il suppose donc que les églises τς trouveront tout naturel que ce soit lui qui ait reçu cette mission. Aussi il est bien …. évident que ce Jean exerce d'ores et déjà sur les fidèles d'Asie une autorité | incontestée, surtout s’il fallait voir, dans les « Anges », les guides spirituels de ces chrétientés. Il ne recommande son livre à personne, ne le confie à aucun chef local ni à aucun presbytérium; il compte que les églises, dès qu’elles l’auront ᾿ reçu, s’'empresseront d'en faire la lecture publique : « Heureux celui qu lit οἱ ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et qui observent ce qui y est écrit » τ΄ (1,3). Il ne reconnaît à personne au monde le äroit de le reviser, de l’épurer et ᾿ de le compléter : « δὲ quelqu'un y fait une addition, Dieu additionnera sur lui les plaies décrites dans ce livre ; et si quelqu'un retranche (rien) des paroles du …— livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie, et de la ἣ ville sainte, qui sont décrits dans ce livre » (Χχιι, 18-19). Il est clair qu'on n’a - pas affaire ici à un prophète ordinaire; nous devons nécessairement voir en Jean

un personnage que les fidèles et les autorités ecclésiastiques de l’Asie Mineure

- étaient habitués de longue date à révérer, sa parole étant déjà pour eux 18 parole 4 du Christ.

À D'autre part, rien n'indique que l’auteur soit uni à aucune des églises qu'il 1° nomme, par un lien plus spécial, qu'il soit par exemple le chef local de quel- ΟΝ. qu' une dans le nombre. On doit l'écouter de la même manière à Philadelphie ns qu'à Pergame, à Laodicée qu'à Éphèse. Ce qu’il peut ici, il le peut aussi bien ail-

leurs, aucune tournure de langage ne montre qu’il n’y aurait là, vis-à-vis de telle église ou de tel groupe d’églises, qu'une extension accidentelle de son autorité, en raison des révélations spéciales qu'il a reçues. Cette autorité qui n’a pas à produire ses titres, rappelle tout à fait celle des Apôtres ou des délégués d'apôtres

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VIII INTRODUCTION

quelques dizaines d'années plus tôt, par exemple celle de Paul sur l’Achaïe et la Macédoine. Et si notre prophète néglige de se prévaloir d'aucun titre, c'est sûrement que son nom seul et sa personnalité connue suflisaient à garantir 5ἃ mission

extraordinaire.

Il est possible, par l'étude intrinsèque de l’Apocalypse, de serrer d'assez près cette personnalité. D'abord, — et nous le démontrerons plus tard, — cet auteur

n'est pas un Grec, ni même un helléniste. Sa langue, la structure de sa pensée et de ses développements, s’y opposent absolument. Il ne suffirait même pas de voir en lui un représentant de cet hellénisme populaire dont l'étude des papyrus et des ostraka commence à vulgariser la connaissance. C’est, à n’en pas douter, un Sémite de naissance, qui pense encore à la sémitique, bien que s’étant approprié, par la conversation, un vocabulaire grec assez étendu; quant à sa grammaire, elle est toujours assez barbare pour déceler son origine. C’est un Juif, et il se fait gloire de l'être. Le nom de Juif est pour lui un titre d'honneur, et 165 Juifs infidèles et persécuteurs ne sont que de faux Juifs (Apoc. 11, 9). Comme Juif, il est cultivé. 11 connaît à fond l'Ancien Testament. Toute sa prophétie en est imprégnée, les expressions bibliques viennent naturellement sous sa plume, si nombreuses, mais présentant si peu le caractère de citations littérales, copiées ou retenues par cœur, qu'on voit bien qu'il en est arrivé à penser spontanément dans les termes des Livres saints. Il est probable? qu'il connaissait en gros la | littérature apocalyptique antérieure, palestinienne ou sibylline, car il lui a emprunté la ‘forme littéraire de son message, et la plupart de ses symboles (à moins que ce ne soit aux seuls prophètes canoniques, Daniel, Ezéchiel, Joël et Zacharie). Quant à savoir s’il a connu des traditions religieuses du monde païén, la chose est beaucoup plus douteuse; c’est une question que nous étudierons à son heure.

Il connaît au moins à fond l’état profane et le caractère des populations auxquelles il écrit; l’histoire même des villes, comme l’a montré fort bien Ramsay, ne lui est pas étrangère, ni leurs prétentions et leurs ambitions laïques. Le détail de ses menaces ou de ses louanges est tellement topique, que l’on doit supposer — à moins que le Christ ne lui ait révélé d’un coup tout cela, ce qui est peu conforme à la psychologie mystique — un long séjour du Prophète dans cette région d'Anatolie.

Relevons à ce sujet un trait précieux à noter pour son caractère. Ce prophète chrétien ne se montre nullement hostile au patriotisme de ses lecteurs. Renan, dans son Antéchrist, s’est fait de lui une idée très fausse quand il l’a représenté comme un Judéo-chrétien borné et fanatique, n'ayant qu'un mépris amer et sans nuances pour tout ce qui est beauté et grandeur terrestres. La largeur de son esprit ressort au contraire de la délicate habileté avec laquelle il sait transposer dans l’ordre divin, comme le montre par exemple la lettre à Smyrne, les qualités et les gloires naturelles dont les fidèles, à titre de citoyens, pouvaient encore tirer quelque fierté. Ailleurs, il est vrai, ainsi dans la lettre à Laodicée, il fera ressortir ironiquement le contraste entre les prétentions terrestres des lecteurs, et leur indigence surnaturelle. Mais en tout cas, ce n’est pas un ennemi de la vie.

Seulement, c’est une âme brülante d’ardeur et de conviction, qui n'admet avec l'erreur et le mal aucun compromis, un esprit affirmatif servi par une imagina tion nette et fougueuse, un de ces lutteurs qui méritent le nom de « fils du ton-

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