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PROCÉDÉS DE COMPOSITION LITTÉRAIRE. LXXINI

Quand on atteint le chapitre xrr, ce livre, au contenu universel, a certainement été luen entier, toutes ses dispositions ont été réalisées, autrement dit ce monde transitoire est arrivé à sa consommation. La chose est certaine : et, d’après les termes

> mêmes qui closent cette série (χι, 15-19) et annoncent l'exécution du jugement dernier ; et d’après les paroles de l’Ange imposant du chapitre x « qui jura par Celui qui vit aux siècles des siècles... qu'aux jours de la voix du septième Ange (οἷν, ch. xr, 15) quand celui-ci sonnerait, le Mystère de Dieu s’accomplirait, ainsi !/ qu’il l’a annoncé à ses serviteurs les Prophètes » (x, 6, 7). Cependant, après cette septième trompette, le chapitre x1r et les suivants nous ramènent au siècle présent, comme si rien encore n'avait été exécuté. On en a conclu que la vision de la Femme et du Dragon marquait le commencement d'une nouvelle Apocalypse, d’une origine documentaire tout à fait différente de celle de la précédente (1v-xt), quoique équivalente pour la signification, et juxtaposée tant bien que mal à la première par un artifice du rédacteur. Cela, nous ne l’admettons pas ; l'impression est très forte, en effet, que la différence de ces deux parties est plus que matérielle ; de l’une à l’autre, il y a progrès évident, pour l'ampleur, pour la précision. La seconde doit avoir au moins une valeur explicative vis-à-vis de la première. Mais qu'elle se rapporte à un avenir ultérieur, nous ne pouvons non plus \. le croire attendu que le livre aux sept sceaux, dont le contenu s’est réalisé de vi | à x1, embrassait bien tout l’avenir.

Il faut donc chercher à préciser le rapport de ces deux parties, et pour cela bien déterminer le point de départ de la série xr-xx. Or, si le contenu du livre du chapitre v a été épuisé, il a été fait mention d’un autre livre : c'est le βιόλαρίδιον que tenait dans sa main le grand Ange du chapitre x. La formule diminu-

tive suggère que le contenu devait en être plus restreint que celui du premier. [l diffère encore de celui-ci en ce qu'il n’est pas, lui, ἐσφραγισμένος, mais ouvert, ἠνεῳγμένον. Ce trait signifie le plus naturellement qu'il est d’une interprétation plus accessible au Voyant et à ses lecteurs que le premier, peut-être parce qu'il se rapporte à des événements plus prochains. Mais quel en est au juste le contenu?

Ἢ est vaste encore; car, après que le Voyant a mangé ce livre (symbole étrange. pour nous, mais renouvelé d'Ézéchiel), il se trouve en mesure de « prophétiser encore sur des peuples, et des races, et des langues, et des rois nombreux » | (x, 11). D'autre part, le contenu de ce livre doit être moins général, à quelque point de vue, que celui du livre ouvert par l’Agneau lui-même, car le Voyant se tait volontairement sur une partie au moins de l'avenir, celle que lui a révélée, dans la même vision, le grondement des sept tonnerres (x, 3-4). On est naturellement porté à croire que ces prophéties sur des peuples nombreux — lesquelles ne peuvent être seulement la vision schématique de xr, 1-14, ou des Deux Témoins, — sont précisément les visions qui s'ouvrent par celle de la Femme et du Dragon.

Jusqu'ici rien que de plausible. Mais voici une grosse difficulté, qui semble

ruiner toute cette construction. Cette série de visions, xr-xx, n’est aucunement rattachée littérairement au petit livre du chapitre x. Au contraire, elle en est. séparée par toute la fin de la première Apocalypse. Quand le Voyant mange ce nouvel instrument de prophétie, la septième trompette n'a pas encore sonné, le troisième Vae n'a pas encore reçu son accomplissement, et toùt le chapitre xt qui va suivre, y compris la scène des deux Témoins, fait encore partie de la série précédente. Loin de nous aider à découvrir un ordre rationnel dans l'Apo-

LXXIV INTRODUCTION

calypse et un lien entre ses parties, le « petit livre » n’a donc fait qu'ajouter une obscurité ou une incohérence de plus. Il fournit un des forts arguments tendant à prouver que l'Apocalypse n’est qu'une combinaison de morceaux de provenance disparate, et soudés au hasard, mécaniquement, avec des conclusions qui n'ont pas eu de prémisses, et des entrées en matière qui n’ont aucune matière à les suivre. Car si véritablement x, 2, 8-11, se rapportait à χα sq., pourquoi ce petit morceau se trouverait-il à cette place, mis ainsi en vedette dans un ensemble absolument différent, où il a l’air d’un bloc erratique, et ne servirait qu’à mettre en relief le désordre du rédacteur?

Voilà la difficulté; et voici la réponse. Il faudrait se rendre aux raisons ci-dessus exposées, si nous avions là l’unique exemplaire de ces prétendus « blocs erratiques », ou si de pareils blocs se trouvaient dispersés complètement au hasard à travers le livre. Mais il n’en est pas ainsi. Nous pouvons affirmer que le βιόλαρίδιον de x, 2, 8-11 est bien en rapport avec la série xir s. ; et que, s’il nous est apparu comme incrusté dans la série précédente, où il semblait n'avoir rien à faire, ce n’est point le fait d’un hasard, ou d’une maladresse rédactionnelle, mais c’est bel et bien en vertu d’une intention, et même d’une intention profonde.

La preuve de cette double affirmation est fournie par l’examen attentif des chapitres qui suivent. Nous y trouvons en effet des emboîtements tout pareils à celui que nous avons présumé; et ce sont des anticipations faites ex propres termes de quelque scène qui suivra, en sorte qu’il n’y a pas moyen de douter du lien intentionnel; et ils se présentent toujours à des places analogues, de sorte qu'on ne peut douter qu'il y ait là un procédé constant de composition. © Au reste, les voici énumérés :

1° La prophétie des deux Témoins, au chapitre xr, contient déjà (v. 7) la mention de la « Bête qui monte de l’abîme », laquelle ne montera pourtant qu’au chapitre xur. C’est là un signe que la deuxième partie est déjà contenue dans la première, par une espèce d’involution ;

2° La chute de Babylone, qui sera racontée seulement aux chapitres xvri-xix, est déjà annoncée au chapitre xrv, 8, dans la vision d’Anges préparatoire à celle de l’effusion des sept coupes; puis signalée comme déjà faite au chapitre xvr, 19, c'est-à-dire avant la fin, dans le résumé des bouleversements qui suivent l'effusion de la septième coupe. Ceci peut nous aider à deviner la raison de ces anticipations plus ou moins lointaines. Elles concernent surtout les événements qui intéressent le plus le lecteur chrétien du premier siècle : Babylone, ou Rome païenne, était la grande ennemie, l’implacable persécutrice, qui avait donné lieu à ce culte impie des empereurs, auquel tout le livre est plein d’allusions. L'auteur sacré déploie un véritable luxe d’avertissements pour convaincre les fidèles qu'ils en seront délivrés un jour. fl y en a encore au chapitre xvrr, 1-3 et 21-24.

3° L’effusion des sept coupes, qui sont les châtiments répandus sur le siècle

mauvais, aux chapitres xv-xvi, est déjà présagée par une allusion au chapitre x1v, v. 10, dans la bouche d'un Ange annonciateur.

4° L’effusion de la sixième coupe (xvr, 12-16) a pour effet le rässemblement des ennemis de Dieu, les rois de l’Orient (les Parthes, ennemis de l'empire romain, ont été pris pour symbole; cf. ch. 1x, 13-19, après le son de la sixième

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