‹ L'ApocalypseChapitre 32 sur 239 · PROCÉDÉS DE COMPOSITION LITTÉRAIRE. LXXV · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE COMPOSITION LITTÉRAIRE. LXXV

trompette), mais on ne dit rien de la bataille qu'ils livrent, ou de leur défaite,

| tout cela étant réservé au chapitre xix, 17-21, où il s'agit presque sûrement des . mêmes ennemis.

5° Les « noces de l’Agneau » et de son épouse, la Femme-Jérusalem, qui feront le sujet des chapitres de la dernière section, xx1-xx11, sont annoncées dans un cantique céleste, au chapitre xix, 7-9. — C'est-à-dire par une anticipation absolument analogue à celle que nous sommes, avec tous ces exemples, en train de prouver.

Que conclure de tout cela? Pour nous, une affirmation de critique littéraire s'impose ici : nous avons trouvé, en douze chapitres, sir exemples d’anticipations frappantes, en des places sensiblement analogues. Le fait est si constant qu’il ne peut être un effet du hasard. Il est voulu, c'est un procédé littéraire. Ce procédé ressemble à celui qu'on nomme, en poétique savante, la concatenatio; pourtant il n'est pas tout à fait le même, et voilà pourquoi nous avons mieux aimé le désigner par un terme pittoresque que par une expression technique qui pourrait tromper. Nous l’appelons « Za loi des embottements ». Au cours d’une révélation, généralement vers la fin, le Voyant pose comme une pierre d'attente pour y élever plus tard l'édifice d'une révélation nouvelle. Révélation nouvelle, ai-je dit; c'est plutôt l'explication d’un point de la révélation précédente et générale, celui qui touche le lecteur de plus près. Un coup est ainsi frappé sur son imagination. 11 est tenu en haleine, dans une attente vibrante d'émotion, jusqu'à ce que Dieu et le Prophète s'expliquent davantage. Ainsi les décrets divins forment comme des spirales qui tournent autour d’un point où son œil reste fixé, et vont se resserrant toujours, tant qu'enfin la foudre en sort et frappe là où son intérêt demeurait suspendu. Procédé rare et bien recherché, si l'on veut. Je ne sais s’il a toujours été aussi conscient que j'ai l’air de le dire. Toujours est-il qu'il existe réellement, et qu’il est étrangement dramatique. Si nous nous mettions à la place des chrétiens de l'Asie Mineure, en ces dernières années du 1° siècle, après leur expérience des premières persécutions; si nous nous rendions compte de leur anxiété, et de la foi avec laquelle ils attendaient la lumière que la révélation prophétique pouvait jeter sur leur avenir inquiétant, alors nous serions moins surpris de ces procédés expressifs et nous les comprendrions mieux.

Voilà donc la répétition d’une anomalie, d'un même désordre apparent, qui nous a fait découvrir un ordre supérieur, parce que plus varié. Ces « emboîte= ments » sont loin d’affaiblir l'impression de l’unité de l’Apocalypse.

IL. Il existe une autre grave objection contre l’homogénéité du livre. C’est le fait des redites nombreuses qui le remplissent, et qui seraient, pense-t-on, tout à fait inutiles si le tout émanait d’un écrivain spontané, et non d’un rédacteur qui coud ensemble tant bien que mal un bien ramassé un peu partout et dont il

ne veut pas laisser perdre une parcelle. Dans le commentaire, je montrerai

qu'il n'en est pas ainsi. En examinant, par exemple, le chapitre xt, où ces redites sont très visibles, nous verrons qu'il n’y a pas là simple juxtaposition de sources analogues, mais que plutôt, dans l'intérieur d’une même série, une vision schématique, qui contient déjà toute la révélation visée, s'explicite ensuite en divisions plus amples qu'elle, identiques à la première pour le fond, mais y apportant chacune une précision et une clarté nouvelle. C’est comme un

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développement en volutes, ou mieux en « ondes concentriques ». Ce procédé est très caractéristique de l’Apocalypse, il ne dit rien contre l'unité. Je l’appellerai la « loi des ondulations ».

IT. Tout ce que nous venons de dire ne concerne encore que le mode de présentation le plus extérieur des prophéties. Si maintenant nous examinons leur contenu, si surprenant d'abord par sa diversité et son apparente confusion, nous découvrirons sans trop de peine plus d’un nouveau fil conducteur.

Le premier est ce que j’appellerai, si l'on veut, la loi de ἀμ ἐτῶν: de l’antithèse.

Qu'il y ait des figures ou des phrases antithétiques à iatéviét de chaque série, et presque de chaque tableau, le lecteur le plus superficiel le remarquera par ses propres moyens. Mais il y en a trop. Que signifient-elles ? Se groupentelles autour d’une idée centrale, antithétique également, dont chacune ne représenterait qu’une des réalisations partielles en des temps ou des lieux divers, ou bien encore un aspect partiel, mais qui peut se retrouver dans tous les cas de réalisation? Ces problèmes ne peuvent être résolus que par l'étude détaillée du texte. Toutefois nous pouvons déjà dire que cette complexité, quand on arrive à la saisir d’un seul regard, se simplifie beaucoup. Si variées que soient les images, elles se trouvent reliées entre elles par de telles analogies,

qu'on est vite porté à croire à la quasi-identité de beaucoup des choses qu elles, | représentent. Ÿ a-t-il, au fond, autre chose que l’ opposition de deux sociétés, de

deux cités, comme FA saint Augustin, celle des amis de Dieu, la vraie Jéru-|. salem, gouvernée par l'Agneau, et celle de ses ennemis, Babylone, où com-|.

mande le Dragon? L'une réservée aux épreuves ‘passagères, qui n’empêchent}|

pas la joie intérieure, enfin au triomphe final, absolu; l’autre à l'exercice d’une domination despotique, mais transitoire, qui ne l'empêche pas de sentir continuellement la main vengeresse de la Providence, toute plongée qu'elle est dans la θλίψις μεγάλη, la tribulation de ce monde, jusqu'au jour où Dieu l’écrasera

dans la honte éternelle de la « Seconde Mort »? Cette simplicité de l’antithèse

fondamentale ressort surtout dans la deuxième partie de la section y, tout enüère dominée par l'opposition des deux Femmes-Cités. Les Bêtes, les rois et leurs armées, Gog et Magog, semblent bien représenter les mêmes réalités complexes, continues à travers l’histoire du monde, Cité du Dragon; de même l’armée du Logos, les cent quarante-quatre mille, le camp des saints, semblent plus ou moins s'identifier. On ne peut croire, en tout cas, que les successions de tableaux où ces figures typiques apparaissent répondent toujours à une succession historique, dans l'avenir, d'événements nettement séparés. Ce serait faire de l’Apocalypse le livre le plus incohérent et le plus incompréhensible qui soit, et tomber dans toutes les rêveries des Joachimites ou de Nicolas de Lyre. Seul l'usage modéré de la « théorie de la récapitulation » fait aboutir à un sens satisfaisant.

Si l’antithèse fondamentale est particulièrement nette dans la section susdite, on peut dire qu’elle commande tout le livre.

Mais il est des places consacrées, dans les séries, où elle s'exprime avec plus de netteté. Il y a des tableaux destinés exclusivement à faire ressortir cette antithèse générale. Cette observation est des plus importantes. Et ces tableaux se trouvent en règle ordinaire situés à des places fixes. C’est ce qu'on peut nommer « la loi de périodicité dans la position de l’antithèse ».

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