PROCÉDÉS DE COMPOSITION LITTÉRAIRE. LXXIX
ἽΝ quent les promesses des lettres aux sept églises, notamment à celles de Phila= delphie (nr, 10) et de Laodicée (πι, 20), promesses toutes susceptibles, d'abord, DU d'un accomplissement actuel et terrestre, mais intérieur. C’est de la même façon que nous croyons qu'il faut interpréter le passage du chapitre νηὶ, 9 et suivants : « Ceux qui sont revêtus des tuniques blanches, ce sont ceux qui viennent (οἱ ἐρχόμενοι) de la grande tribulation;.….. ils sont (εἰσιν) devant le trône de Dieu, et ils l’adorent (λατρεύουσιν) jour et nuit dans son temple » (13, 14, 15). C’est un présent. Puis viennent des verbes au futur qui doivent se rapporter à la phase dernière qui suivra le Jugement : « Et Celui qui est assis sur le trône déploiera sur eux sa tente (σχηνώσει ἐπ᾽ αὐτούς). Ils n'auront plus faim, et ils n'auront plus 501}... l'Agneau... sera leur pasteur (ποιμανεῖ) et les mènera aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (15, 16, 17). Il s’agit sûrement, en ces derniers passages, de la consommation du règne de Dieu au ciel, et il est au moins remarquable que l'emploi du futur les sépare nettement des passages précédents, lesquels peuvent s'appliquer, comme les promesses des lettres, à la phase initiale du Règne de Dieu, celle de la grâce terrestre. Plusieurs autres passages du livre, que nous noterons à mesure, pourraient être rapprochés de celui-là. Ainsi les Bêtes et leurs séides se présentent aussi dans un double état : un triomphe tapageur et superficiel qui coïncide avec l’effusion sur leur tête de tous les fléaux, en attendant la défaite qui les précipitera dans l’ « étang de feu ». C’est ce que j'appellerais — si je ne craignais, à la fin, d’avoir l’air pédant — la « loi des deux phases ». — Il y a encore une autre loi, celle du « rythme ternaire », que nous découvrirons après une analyse plus détaillée (v. ch. suivant).
Toute cette unité de symétrie se complète enfin par celle des divers cantiques qui célèbrent périodiquement, sur la scène céleste, les grandes victoires de Dieu.
Cet ensemble de procédés constitue comme l'architecture savante du livre.
Toute cette symétrie et ces antithèses sont voulues. Dirai-je cependant qu’elles sont voulues systématiquement comme procédé artistique? Je n'irai pas jusque-là; parce que, si les cadres extérieurs sont nets, la matière qui les remplit nest pas toujours organisée avec beaucoup d'art ni d'équilibre; il y a de singuliers glissements et éclatements de symboles, qui font passer une même image d’une idée sur l’autre, ou une même idée d’une image sous l’autre (vide supra). Îl y a encore, dans les mêmes tableaux antithétiques, une telle absence de parallélisme détaillé entre les deux membres de l'opposition, qu'on peut croire que ces visions, quand le Prophète les ἃ eues de fait, n'étaient pas encore associées ou que, si elles ont des sources littéraires, ces sources n'étaient pas les mêmes. Seulement, quand il a fallu écrire son livre, l’auteur a organisé ses souvenirs et ses emprunts, en respectant l'individualité de chacun, dans une disposition tout à fait harmonique quant à l’idée. C’est pour cela qu'il a établi ces grands cadres si nets. Mais dans ces cadres, l'inspiration et le souvenir se jouent encore avec une grande liberté, sans aucun souci d’harmoniser les détails, quant à la forme littéraire. La constatation de ce double fait empêche de croire que l’Apocalypse soit l'œuvre d’un compilateur, et en même temps de considérer son auteur comme un artiste de la plume, un écrivain professionnel. C'est un esprit spontané, qui saisit puissamment, retient et organise de même, mais qui
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