DE LXXX INTRODUCTION
reste bien étranger aux règles grecques de l'art d'écrire, — comme sa langue toute seule suffirait à le montrer. |
Nous ne sommes pas encore au bout de l'analyse qui peut nous dévoiler, avec les procédés de composition de l’auteur, sa psychologie d'écrivain. Nous avons vu comment la netteté de ses cadres, et leurs correspondances voulues,
A n'empêche pas la matière ardente, qui y est versée tout en fusion, d'échapper maintes fois aux lois du parallélisme général qu'il s’est imposé. En face de cela, nous pouvons noter le phénomène inverse : un parallélisme qui semble presque inconscient, en tout cas non cherché, entre des idées ou des figures éparpillées dans des cadres tout à fait distincts ou distants les uns des autres.
C’est, par exemple, la répétition d’une image qui revient en des scènes absolument différentes, pour éveiller partout la même impression. Aïnsi en est-il
des vêtements blancs, ou de la couleur blanche en général. Ce trait revient une douzaine de fois dans le livre, sans parler des images similaires. Il appartient à l'aspect de Dieu et de son trône, au Logos, aux élus. Dans le chapitre vur, v. 9 et 13, c'est de toute évidence le signe de la pureté, de la joie et de la victoire. Ainsi en est-il encore dans les lettres du commencement {11, 17; πὶ, 4, 5, 18). Cela montre comment il faut l’interpréter dans les passages en soi moins clairs. Ainsi le cheval blanc du premier cavalier, au chapitre νι, 2 (cfr. x1x, 11), ne peut être que la monture d’un triomphateur divin et bienfaisant, par opposition à celles des autres-cavaliers ; et la « nuée blanche » sur laquelle apparaît le Fils d'homme du chapitre x1v, rapprochée de l’image de la « moisson », opposée à celle de la « vendange », indique qu'il s'agit de l'appel des élus, et non de la | punition des réprouvés.
C'est encore, en deux sections d’une tonalité différente, le retour de toute une série des mêmes images avec le même sens fondamental. Ainsi le livre de vie, l'arbre de vie, l'étoile du matin, etc., se trouvent à la fois dans les promesses faites aux fidèles d'Asie, à la fin des lettres de la deuxième section, et dans la dernière section, la plus eschatologique de toutes, relative à la Jérusalem céleste.
Bien plus, il y ἃ des traits spécifiques d’une scène donnée qui apparaissent subitement, à l’état isolé, dans une autre scène n'ayant avec celle-là aucun rapport littéraire direct, ni aucun autre parallélisme de détails. Nous l’avons déjà vu à propos des « emboîtements »; mais la même chose se reproduit un peu partout. Il ne faut pas chercher à l'expliquer par l’indigence imaginative de l’auteur, dont les images, au contraire, sont plus variées que chez nul autre écrivain d’apocalypses. Et, notons-le, ce sont généralement des traits qui lui sont propres, au lieu de rentrer dans les lieux communs apocalyptiques du genre tremblements de terre, invasions, étoiles qui tombent, etc. Ainsi on ne saurait affirmer qu'il y ait aucun parallélisme voulu entre les Deux Témoins du chapitre xr et les Deux Bétes du chapitre xiv. Leur mention appartient à des parties différentes du livre. Leur origine ne remonte pas aux mêmes sources. Les Bêtes, ou du moins la première, celle qui monte de la mer, se rattachent au symbolisme de Daniel, des parties poétiques de l'Ancien Testament; elle pro-