‹ L'ApocalypseChapitre 36 sur 239 · PROCÉDÉS DE COMPOSITION LITTÉRAIRE. LXXXI · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE COMPOSITION LITTÉRAIRE. LXXXI

; ., L sa Ὗ 9 » , δ vient sans doute d’un fond de traditions proto-sémitiques, sinon sémito-!

aryennes. Les Deux Témoins, au contraire, ont des traits empruntés aux person- | nages historiques Moïse, Aaron et Élie, et se rattachent sûrement, du point” de vue littéraire, à la vision du prophète Zacharie (ch. π|-1ν}, c'est-à-dire au

grand-prêtre Jésus et à Zorobabel, types du pouvoir sacerdotal et du pouvoir

laïque dans le peuple élu. Par là ‘a ont leur contre-partie dans les Deux Bêtes! qui représentent de leur côté le pouvoir politique et le pouvoir intellectuel} de l'Antéchrist. Mais c'est un parallélisme d'idées seulement, transcendant à toutes les formes littéraires un peu compliquées dont l’auteur a coutume d’user.

De même, les hommes qui ont reçu la « marque de la Bête » au chapitre x, et qui sont destinés à « boire du vin de la colère de Dieu » (xiv, 10), s'opposent manifestement à ceux qui ont été marqués du signe de Dieu au chapitre vir, afin d'être épargnés par la colère, et à ceux qui ont le sceau de l’Agneau et le nom de son Père imprimés sur leurs fronts (χιν, 1).

Encore ceci : la Bête de l’Abîme semble avoir été frappée à mort, puis avoir guéri ou être ressuscitée, aux chapitres χπὶ, 3, 14, et xvir, 8, 11. De même les Deux Témoins, représentants terrestres du pouvoir du Christ mort et ressuscité, sont eux-mêmes immolés, puis ressuscitent (χι, 7, 12).

Tous ces traits semblables se trouvent à une distance beaucoup trop grande les uns des autres, et sont entourés de contextes beaucoup trop divers, pour frapper immédiatement le lecteur. Il faut admettre qu'ils n'étaient pas destinés à produire un effet littéraire; un pareil effet a été si peu cherché, que leur apparition déconcerterait plutôt les amateurs de compositions bien équilibrées. Pour les remarquer, il faut avoir pénétré dans la pensée la plus profonde de l'auteur par une longue habitude du texte. Que nous apprennent-ils donc? Rien de plus — et c'est assez — que la simplicité grandiose de son idée fondamentale 5 exprimant spontanément, sans intention d'art, mais suivant le rythme et l'antithèse qui forment comme la substance même de son imagination et de sa |

conviction : il voit dans le règne du Mal une contrefaçon perpétuelle de celui |

du Bien, dans l’Antéchrist une caricature du Christ. Toutes ces images s’envolent du même trésor de sa pensée, sans recherche consciente, au souffle d’une puissante inspiration qui déborde de beaucoup son art conscient d'écrivain; et cela nous montre d’une façon palpable combien toutes les visions consignées dans son livre formaient une unité dans son esprit.

Voici un dernier trait curieux que nous pouvons noter, sans d’ailleurs que je veuille y insister plus que de raison. Tous les septénaires sont séparés en deux séries, l'une de trois, l'autre de quatre membres. Ainsi la rupture des. quatre premiers sceaux (ch. vi) amène des effets du même ordre, l'apparition: des quatre cavaliers; et celle des trois derniers (νι, 9-vin, 5) amène des scènes bien plus développées, supplication des martyrs, vision anticipée des résultats, préparatifs des sept Anges exterminateurs, sans ressemblance littéraire avec les précédentes. Même chose pour les sept trompettes : le son des quatre premières amène des cataclysmes schématiquement exposés, sur la terre, la mer, les fleuves et les astres (vir, 7-12), tandis que les trois dernières amènent les trois « Vae » fondant directement sur les hommes, annoncés à part par un aigle qui vole au milieu du ciel (vi, 18), et développés dans les scènes extraordinairement colorées et fantastiques des sauterelles, de la chevauchée infernale, avec APOCALYPSE DE SAINT JEAN, f

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