‹ L'ApocalypseChapitre 5 sur 239 · M CARACTÉRISTIQUES DE L'AUTEUR. | IX · texte numérisé non relu

M CARACTÉRISTIQUES DE L'AUTEUR. | IX

ο΄ nerre », et sont prédestinés, semble-t-il, par leur tempérament naturel, à prêter leur bouche, quand l'inspiration descend en eux, aux paroles les plus foudroyan- … tes de Dieu. Mais ce n'est là qu'une face de son caractère. Il conserve une haute sérénité sous la plus puissante excitation; cette âme virile, qui jouit de la paix surnaturelle, ne se laisse pas absorber par la colère du combat; l'émotion douce se fait jour plus d’une fois à travers les prédictions menaçantes. Pour appeler le Christ, son amour, pour consoler et rassurer ses frères qui souffrent courageusement, Jean a des paroles aussi touchantes, dans la brièveté de leur tendresse concentrée, que celles de n'importe quel autre saint. En cela, il ressemble même au plus grand des écrivains du Nouveau Testament, à saint Paul. L’exilé de Patmos aime profondément les églises dont la persécution l’a séparé, mais son affection veut pour elles l'éternel triomphe, son zèle clairvoyant doit donc les empêcher de s'endormir devant le péril qui s'approche. Quelles étaient les idées religieuses, disons la théologie, qui inspirait ce zèle? La théologie proprement dite de Jean, c’est-à-dire sa doctrine sur la DiviniTé, est bien celle que l’on peut attendre d’un Juif venu à la foi nouvelle. Il la tire tout entière de l'Ancien Testament, comme un faisceau de vérités indiscutables, qu’il n'éprouve donc aucun besoin de justifier ni de développer. Dieu est le créateur, le maître absolu, le commencement et la fin, celui de qui dépendent passé, présent et avenir, à qui nul ennemi ne peut s’opposer efficacement; il tient les justes en sécurité, châtie le monde coupable, et rendra à chacun, au jour du jugement, suivant ses œuvres. Nous ne trouvons dans ces idées rien de bien personnel à relever, sinon que Dieu apparaît avant tout sous l'aspect de la Toute-Puissance, et non de la Miséricorde, comme dans l'Évangile. Mais étant donné le but de l'Apocalypse, qui est de prémunir les fidèles contre la crainte et la faiblesse, ; rien n’était plus opportun que d’insister sur la Force irrésistible du Maître et du Protecteur; quant à son amour, ils n’en doutaient pas, puisque cet amour leur a été révélé dans 16 Christ. La Toute-Puissance de Dieu n'est-elle pas le motif le - plus formel de l’espérance chrétienne?

Ἵ La Carisrocore de l’Apocaiypse offre matière à des considérations bien plus ἱ étendues. Bousset juge qu'elle est la plus développée, peut-être, qui soit dans le Nouveau Testament. En tout cas, elle suppose les croyances les plus explicites formulées dans les dernières épiîtres pauliniennes sur la divinité de Jésus. - Elle fait déjà présager la doctrine du Logos dans le IV° Évangile, et l’on peut ᾿ς présumer que l’auteur possède celle-ci déjà, car Jésus est désigné au chapitre xix comme le « Verbe de Dieu » triomphant. Cette célèbre expression ne se trouvait dans aucun écrit chrétien ‘antérieur, et ne reparaîtra que dans l'Évangile et la [°° épître johanniques. D'autre part, Jésus, dès le début de la Révélation, apparaît à son prophète comme un « fils d'homme », ce qui nous rappelle aussitôt le « Fils de l'Homme » des Synoptiques. Or il faut noter que ce titre, choisi par … Jésus lui-même, semblait avoir disparu de l’usage chrétien, car on ne le trouve “ pas une seule fois dans saint Paul. L'auteur de l’Apocalypse a donc, pour désigner … Jésus, une terminologie qui tient, d’une part, au quatrième Évangile, de l’autre … à la tradition la plus primitive. Connaiïssait-il les Synoptiques? Certainement … cela se peut. Il pouvait aussi connaître les épîtres pauliniennes, ou du moins le langage paulinien, puisque Jésus est pour lui «le premier-né d’entre les morts », comme dans l’Epitre aux Colossiens (4. 1, 5 — Col. 1, 18). Bref, Jean possède

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X INTRODUCTION

dans toute sa plénitude, et avec ses derniers développements, y compris la doctrine du Logos, l'enseignement du Nouveau Testament sur la divinité du Christ. En combinant les traits épars de ses descriptions, on peut en établir la synthèse. S'il ne l’a pas faite lui-mème, c'est que son livre était destiné à l’exhortation et à la prophétie, non à l’enseignement théologique. Mais la divinité de Jésus y est enseignée de mille manières, toutes plus fortes les unes que les autres. Les titres réservés à Dieu, « À et Q », « le Premier et le Dernier », « 6 Vivant », sont appliqués à Jésus aussi. Sa description figurée au chapitre 1°’, et les titres qui lui sont donnés au commencement des Lettres (des chap. τα et 111) montrent assez la transcendance absolue de sa personne. Non seulement son costume le caraciérise comme Roi et Prêtre, et l'épée qui sort de sa bouche comme Celui dont la Parole est irrésistible, mais sa tête st ses cheveux blancs symbolisent son antiquité divine, son éternité, comme celle de Dieu, de 1 « Ancien des Jours », de la « Tête des Jours », dans Daniel et dans Hénoch. Il possède, comme à lui (c. v.), les « sept esprits de Dieu », qui sont soit le Saint-Esprit septiformis, soit toutes les formes sous lesquelles Dieu peut manifester sa puissance ad extra. I] est l'inspirateur des prophètes par l'Esprit qu'il leur envoie, il commande aux Anges, et se trouve infiniment au-dessus d'eux. Il est le donateur de la vie éternelle (Lettres). Il est l'époux de la Jérusalem céleste, comme Yahweh, dans l'Ancien Testament, était celui de la terrestre Sion. C’est lui, et lui seul, qui peut ouvrir le livre des décrets divins (chap. v-vi), c’est-à-dire les connaître, les faire connaître, et les rendre exécutoires, ce que ne pouvait faire aucune créature, même au ciel. Pour ouvrir ce livre, il s'approche du trône de Dieu, il surgit dans le cercle mystérieux et inabordable (ὁ. v); et alors il est célébré par les cantiques des puissances célestes, parallèlement à Dieu son Père, et de la même façon que celui-ci l’a été comme créateur (οἷ. c. iv). Enfin, il siège sur le même trône que Dieu, sur « le trône de Dieu et de l’Agneau » (6. xxn). Partout il agit d’une manière indivisiblement une avec Dieu le Père, dans toute son activité céleste. Le Christ qui apparaît et qui commande à Jean, c’est le Christ ressuscité et glorifié ; le Prophète ne fait pas de retour sur les événements de la vie mortelle du Sauveur. Cependant, ce qui a valu au Christ cette gloire comme homme, c'est, conformément à l’enseignement des Onze et de Paul, d’avoir été immolé. La figure d’Agneau égorgé, sous laquelle il apparaît au ciel, exprime son caractère de Rédempteur ; car il nous a aimés, et lavés (ou délivrés) par son sang; les

vêtements des élus sont blanchis dans le sang de l'Agneau. C’est même comme

Agneau sacrifié qu'il peut ouvrir le livre des décrets divins, et qu'il tient le grand livre où, dès l’origine du monde, ont été inscrits les noms des prédestinés (c. χαι, 8).

En même temps qu'Il règne au ciel, le Christ agit directement sur la terre, comme oi des Rois et Seigneur des Seigneurs (c. xix). 11 doit anéantir tous ses ennemis lors de son glorieux Avènement, mais en attendant il ne laisse pas de gouverner ses églises et le monde, trônant dans Sion au milieu de 144.000 rachetés qui sont ses prémices (c. x1v). [Il a sans cesse un avènement intérieur dans les âmes qui s'ouvrent à lui, il entre chez elles, mange et repose avec elles. La doctrine de l'habitation du Christ en nous n'est pas plus étrangère à l'Apocalypse qu’à saint Paul et au [V° Evangile.

Concernant le Sarnr-Esprrr, l'enseignement de notre livre est moins explicite,

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