CONCLUSION ET ÉPILOGUE DE TOUT LE LIVRE (XXII
Ι. — TRIPLE ATTESTATION, DE L'ANGE, DU CHRIST ET DU PROPHÈTE (XXII, 6-9). 1° Attestation de L'ANGE RÉVÉLATEUR, concernant la vérité du livre (xxur, 6). 2° Attestation du Cuarist lui-même, jointe à la promesse de venir bientôt (xxur, 7). 3° Attestation de JEAN (dont l’Ange refuse les marques d’adoration comme celui qui avait montré la ruine de Babylone, χιχ, 10) (xxtr, 8-9).
II. — Paroes pu Curist (xx, 10-16) (adressées à Jean, à l'Église, et à toute l'humanité en général).
19 Le Christ commande de publier le livre, quelle que soit la manière dont on l’accueillera (xx11, 10-11).
20 « IL viENT BIENTOT ». Il renouvelle ses promesses et ses menaces, et affirme que
c’est lui qui a envoyé l’Ange porter cette révélation aux Églises (les 7 églises d'Asie) (xxn, 12-17).
80 L'Esrrir et l’Épouse (xxn, 17) (l'Église terrestre) lui répondent, par un appel amoureux et pressant. Que l'auditeur de l’Apocalypse s'associe à cet appel et que tous viennent puiser aux sources de la vie.
III, — JEAN (xx11, 18-19) défend sévèrement d’altérer d'aucune manière son livre prophétique.
IV. — Jésus (xxn, 20) atteste encore sa venue prochaine. Le PROPHÈTE à son tour le supplie de venir.
Clausule épistolaire en forme de bénédiction (xxn, 21).
J'ai voulu faire cette analyse aussi détaillée que possible; le commentaire la justifiera par l'étude des particularités. On ne peut dire que l’Apocalypse soit une œuvre d'art irréprochable, tant au point de vue de l'équilibre parfait des matières qu'à celui de la netteté allégorique. Rappelons-nous toutefois, pour ce dernier point, que les matériaux étaient fournis à l'esprit de Jean par une tradition consacrée; c’est celle-ci qu'il faut rendre en premier lieu responsable de bien des obscurités. Quant à la suite des visions, nous l’avons éclaircie de notre mieux ; les « incohérences » prétendues diminuent beaucoup quand on y regarde de près, Toutes les parties sont emboîtées solidement les unes dans les autres, et l'impression de l'unité est beaucoup plus forte que celle des disparates. En dehors des septénaires qui s’échelonnent à travers 16 livre, chaque série principale obéit encore à un rythme ternaire assez nettement accusé. Chacune des révélations d'ensemble se fait en trois grands mouvements : a) une /ntroduction, où le Prophète présente les personnages ou les forces qui vont entrer en action; — b)une Vision préparatoire, où il connaît par prolepse la nature des événements qui doivent s’accomplir; enfin c) la Vision des réalisations, où il assiste à l'exécution symbolique de ce qui a été annoncé. Cette disposition est continue; elle n'apparaît qu’à l’état de vestige dans les Lettres où la prédiction tient moins de place, mais elle devient très nette dans la 2° partie : a) chap. 1v-v; b) chap. vi-vir; c) chap. vaxr-xx pour la 1'° section; — puis a) chap. xrr, 18-xiv, 5; b) chap. χιν, 6-20; c) chap. xv-xvi; et a) chap. xvar ; b) chap. xvinr, 1-8; c) chap. xvinr, 9-xix, 8, et encore a) chap. xix, 11-16; b) 17-18; c) 19-21 dans la 2° section prophétique. De plus, le livre entier et chaque grande division sont précédés d’un prologue, ou même d’une sorte de préface symbolique, plus ou moins longue; il y a aussi des épilogues partiels. C’est encore là comme une
loi, celle du « rythme ternaire » que nous pouvons joindre à celles que nous
avons expliquées au chapitre précédent, où nous ne devions pas en parler encore, car on ne la reconnaît qu'au bout d’une analyse détaillée.
Peut-être y a-t-il encore d’autres septénaires que ceux qui apparaissent à première vue. Ainsi l’on pouvait répartir la 2° section prophétique, depuis la Femme et le Dragon jusqu’à l’effusion des coupes {dont les visions suivantes, jusqu’à la
. défaite des Bêtes, ne sont qu'une explication) en sept signes (σημεῖα), distingués
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par les expressions : Je vis ur autre signe; — Après cela je vis; — Après cela je regardai et voici : … Les commentateurs ont remarqué encore que les formules de bénédiction qui s'adressent à Dieu créateur sont à quatre membres, tandis que celles qui ont pour objet le Christ Rédempteur en ont sept. Les Agents de Dieu dans la nature ou l'humanité prise en général sont nombrés par quatre ou ses multiples (les 4 Animaux, les 24 — 4 X 6 Vieillards, les 4 Fléaux des Cavaliers, 165. Trompettes qui amènent des calamités cosmiques, les4 Anges de l'Euphrate); sans doute à cause des quatre points cardinaux, ou des quatre parties de l'Univers; tandis que les Agents de la nouvelle économie établie par l'Incarnation sont toujours sept, chiffre de la plénitude, de la création nouvelle et parfaite : (Ainsi les 7 esprits de Dieu, les 7 Églises, représentant l'Église universelle, les 7 Anges des trompettes et des coupes qui exécutent les ordres de l’Agneau Roi et Juge). Par contrefaçon, les adversaires du nouvel ordre, le Dragon et la 1:9 Bête, ont aussi sept têtes. Les visions relatives à l'Église triomphante ou à la vie céleste de la grâce et de la gloire, présentent un autre chiffre de la plénitude, à savoir douze (les douze portes de la Jérusalem céleste, les 144.000 — 12 X 12 X 1000 hommes des chap. vir et χιν et aussi, si l’on veut, les 24 — 12 X 2 Vieillards, Anges qui sont les intercesseurs d'office pour l'humanité rachetée). Ce chiffre de douze (4 X 3) peut signifier la nature restaurée et arrivée à son intégrité. Il y avait sans doute des causes occasionnelles « (Ρ. ex. les douze tribus, les douze apôtres) pour le choix de ce dernier chiffre; pourtant on peut dire, sans crainte de se tromper, qu'il n’est guère un seul nom- « bre (y compris le mystérieux 666), qui ne soit tout imprégné de sens mystique. Dans l'étude consacrée au style de l’Apocalypse (vide infra, c. x), nous expliquerons un Caractère très particulier des développements, que l'analyse nous permet de signaler déjà (V. supra, ch. vi). Jean ne donne presque jamais "ὦ toute sa pensée d’un seul jet, ni en une seule vision. Il en présente tout d’abord une indication, un résumé; puis il l’amplifie et la précise en des descrip- « tions beaucoup plus vastes, qui forment comme des volutes s'élargissant tou- ξ
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jours. Ce procédé est surtout remarquable dans les chapitres xir et suivants, au commentaire desquels nous l’étudierons en détail. L'auteur aime à « récapituler », (pour nous servir de l'expression plus ou moins exacte devenue célèbre dans l’histoire de l'interprétation apocalyptique), et à revenir sur sa pensée afin « de lui donner des formes nouvelles, comme si les premières visions n'avaient eu qu'une valeur d'essai ou d’ébauche. 3
Mais ces observations qui complètent l'étude précédente sur les procédés de ἷ composition de notre livre, ne sont pas les plus intéressantes que puisse nous ; suggérer le résumé ci-dessus. Les involutions, les emboîtements, tous les autres signes d'unité littéraire que nous avons reconnus, sont comme le reflet d'une unité synthétique merveilleuse dans l'idée (1). Voici, en effet, quelles sont les pensées maîtresses de l’Apocalypse : ;
1° Le ciel et la terre forment comme un seul monde, que Dieu gouverne du haut de son trône, ordonnant toutes choses au bien des élus. Tout ce qui arrive en bas ἃ été déterminé en haut. La liberté humaine n’en est cependant nullement
(1) Nous donnerons un résumé synthétique définitif dans le Commentaire, à l'Introduction spéciale de la dernière partie, xxI, 9-xXxI1, 5.
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diminuée, car les hommes sont avec Dieu les auteurs de leur salut, comme le prouvent les exhortations des Sept Lettres, et les autres qui sont éparses dans le livre. Les créatures célestes s'intéressent à tous les événements qui se pressent sur le champ de bataille du monde transitoire. L'enfer ne s'ouvre, le diable n’est délié en vue du châtiment des rebelles obstinés et de l'épreuve qui perfec- | tionnera les justes, que sur le signal donné par des esprits bienheureux. Des | chœurs angéliques célèbrent par leurs chants d’allégresse les divers stades de la lutte, et de la victoire infaillible du Bien. à 2° Le Christ, dans son humanité, règne avec Dieu dans le ciel, depuis quil a racheté les hommes par sa mort. Mais 1 « Agneau comme égorgé », qui fait sonner au firmament les trompettes du jugement, est également présent sur notre terre. Le Dragon οἱ ses Deux Bêtes, qui sévissent ici-bas, le trouvent debout en face d'eux, sur l'inexpugnable montagne de Sion, quoique le « Fils» dela Femme ait été enlevé au ciel. Il est présent, comme « Fils d' Homme ». au milieu & des sept églises d'Asie, qu il tient dans sa main droite. Il parcourt le monde, pour 3 le convertir à son Évangile, sous la forme d’un Cavalier invincible, qui, un jour, par le « glaive de sa bouche » anéantira toute la puissance de ses ennemis. 3° Le Dragon a été vaincu dès le jour de l'enlèvement du Christ au ciel, de ‘ sa glorification. Il le sait bien, et ne cherche qu’à profiter du court répit qui lui τὸ est accordé encore pour compléter, en fait, le nombre de ses vainqueurs, des martyrs et des confesseurs. Il suscite contre l’Église ses Deux Bêtes, le Double Antéchrist (contrefaçon du Christ) qui paraît devoir résister à toute blessure mortelle. Mais, s’il a des avantages momentanés sur les saints, les deux Témoins du Christ et de l'Église ressuscitent aussi toujours, et ce spectacle finira par convertir les hommes, qui s'étaient endurcis contre la justice vindicative des fléaux. Ces fléaux ruinent la cité du Diable, son pouvoir extérieur. Par la guerre, les agents du démon se détruisent mutuellement : la Bête avec les rois, ses dix cornes, détruit la Courtisane Babylone. Et il en sera sans doute toujours ainsi, 4 jusqu'à ce que le « glaive » du « Verbe » ait anéanti toute opposition.
4 C'est que l'humanité a atteint les « derniers temps », prédits et ardem- À ments souhaités par les Prophètes, ceux de la victoire de Dieu. Ils s'ouvrent à + l’Incarnation. Le Jugement du monde ἃ commencé, au son des trompettes angéliques, dès que le Christ-a été glorifié et a pris possession du livre des Destinées. Des signes eschatologiques, comme la « troisième malédiction », ou chute du Dragon sur la terre (c-xu), et l’Apparition de la Bête qui se fait adorer, ont déjà précédé d'un certain nombre d'années les visions de Patmos. Jeann'al 3 donc pas hésité à insérer dans un bloc eschatologique, au moins pour ce qui est de ces deux passages, des visions relatives au passé\Le genre apocalyptique MERE le permettait, puisque, dans Baruch syriaque | (chap. 53 et suivants), la vision du nuage montant de la mer et des treize averses qui en tombent, nous fait remonter en deçà du temps de l'auteur fictif, jusqu'aux jours d'Adam7fMais, chez Jean, : ce n'est pas un résumé des périodes du monde. Il ne s'agit que des âges qui … ont commencé au Christ, et tout y est embrassé dans la même perspective —. eschatologique, du Jour du Jugement, du jour des châtiments et du salut. Ce
. jour-là pourra durer mille années et plus; mais peu importe la durée, il n'y a È plus qu'un seul grand Événement qui se déroule, la Venue du Messie et de Dieu, terme de toutes Ἴδε aspirations prophétiques.
XCVI INTRODUCTION
5° Déjà, en effet, la Jérusalem nouvelle est une réalité actuelle. Ceux qui ont
lavé leurs vêtements dans le sang de l’Agneau, qui ont reçu sur leurs fronts le ,°
signe de Dieu, y ont accès dès après leur mort, sans attendre la Parousie finale (μαχάριοι οἱ νεχροὶ οἱ ἐν χυρίῳ ἀποθνήσχοντες ἀπάρτι, XIV, 13). Bien plus, ils y résident déjà, par leur vie intérieure, durant cette existence, comme on le voit par les promesses des lettres, la description de la « Foule immense » du chap. νι, les
versets qui closent le chap. xxr et ouvrent le chap. xxir, et d’autres passages
encore. C’est peut-être là l'aspect le plus saisissant et le pie divin de toute la synthèse apocalyptique. Comme le dira un autre livre du Nouveau Testament, le IV* Évangile, les fidèles sont déjà transportés dans la « vie éternelle »; ou bien, pour rappeler une expression de saint Paul « leur vie civique (πολίτευμα) est au ciel », dans la Cité du Ciel (PAil., x, 20).
D'un mot, nous pouvons dire que toute l’Apocalypse est une eschatologie {si l'on ne prend pas ce mot dans un sens trop matériel), bien qu’elle parle de faits contemporains. Les derniers temps, le Jugement, ont commencé avant que Jean se mette à écrire. Ce qui lui est montré dans son exil de Patmos, c'est l’actualité du Règne de Dieu et du Christ, qui surmonte les dernières résistances de l’Ennemi vaincu. Le Ciel a pénétré la terre, et l'humanité est montée jusqu'au ciel; les fidèles du Christ n’ont rien à craindre de la « grande tribulation », rien que de s’y montrer lâches; car, quoi que fasse contre eux l'Ennemi, celui qui le veut peut « prendre gratuitement de l’eau de la vie » (xxir, 17), au fleuve de la Jérusalem céleste.
Il y a donc un abime entre cette Apocalypse, et celles dont elle a emprunté en partie le symbolisme et les procédés littéraires. C’est bien, nous le répétons, un livre d’un optimisme triomphal, une branche de ee fleuve rafraîchissant de la vie qui coule du ciel sur la terre brûlante et bouleversée. Jean dit à ses lecteurs, que menace la Bête : « Courage, l’'Agneau a déjà vaincu le monde; vous êtes au ciel, si vous le voulez, et rien ne pourra vous en faire tomber, dans toutes les convulsions d'un monde auquel vous n'appartenez plus ».