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LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT, XCIX

la plupart des protestants, suivis de quelques catholiques (1), ne doutent pas | au moins que saint Paul, et les autres apôtres avant lui, aient partagé l’erreur

de leurs contemporains. Et si l'unanimité d’une telle croyance parait difficile à ” concilier avec l’enseignement si net du Christ touchant l'incertitude « du jour ΄ἢ et de l'heure », ces critiques pensent se tirer de la difficulté en disant que ces | }

blent pas près de finir.

Pourtant on trouve jusqu'à des critiques « eschatologistes » qui entrevoient au moins le principe d'une solution moins rigide de ce grand problème historique et doctrinal. Écoutons un de ceux qui ont le plus contribué à répandre le nouveau dogme exégétique. Chez les premiers chrétiens, dit Johannes Weiss, « que le délai dût être un peu plus long ou un peu plus court, on ne peut du moins plus douter de la venue du Règne {de Dieu), car l'histoire a fait en avant un pas décisif; l'avenir est assuré du fait que dès à présent l'Élu est monté à son trône; la « domination du Messie », la première période des temps du salut, a commencé (2). A la vérité, il y a encore le dernier combat, le décisif, contre les Dominations et les Puissances qui résistent à la domination universelle de Dieu; mais le Vainqueur omnipotent est là déjà (1 Cor. xv, 24suiv.) (3) ». L'exégète indépendant emploie là des termes entraînant la reconnaissance implicite d'une vérité que, nous catholiques, nous tenons pour essentielle dans la controverse eschatologique : l'Homme-Dieu règne déjà sur notre monde comme Messie, « oportet autem illum regnare donec ponat omnes inimicos sub pedibus ejus », comme dit saint Paul au passage indiqué. Sa domination n'étant pas différée jusqu'à la Parousie, on devrait en déduire logiquement ceci : c’est qu'il devient d'un intérêt assez secondaire pour ses disciples de savoir combien de temps dureront ces dernières luttes, qui doivent être nécessairement victorieuses. Par conséquent, le jour de la Parousie ellemême, quoique la venue en soit ardemment souhaitée, n’a pas aux yeux des premiers chrétiens cette valeur unique, cette importance absorbante, que beaucoup d’exégètes se figurent. Si le Deuxième Avènement doit mettre, pour. toute l'éternité, le sceau à la victoire, il n'amènera pas l'apparition de nouvelles forces divines, créant une économie nouvelle pour l'humanité. Non, l'univers est déjà entré, par la glorification du Fils de Dieu, dans son dernier état spécifique, dans cet Eon futur (Τ᾿ αἴων ὃ μέλλων) opposé à toutes les époques anté-

(1) Un catholique ne peut évidemment soutenir que les Apôtres aient enseigné comme révélée une pareille erreur dans leurs écrits inspirés; mais plusieurs prétendent qu'ils l'ont donnée comme leur propre opinion humaine. Voir TILLMANN, Die Wiederkunft Christi nach den paulinischen Briefen, passim.

(2) Sous la plume des exégètes indépendants, cette expression a quelque chose de suspect, en ce qu'ils peuvent vouloir ainsi distinguer la domination du Messie de celle de Dieu, à la façon des apocryphes juifs. Un catholique se souviendra toujours que la domination du Messie est celle de l'Homme-Dieu, donc celle de Dieu, qui ne finira jamais.

(3) J. Weiss, Das Problem der Entstehung des Christentums, ARW, sept. 1913, p. 478. Cfr. Das Urchristentum, 1917, pp. 24-25.

INTRODUCTION

peurs prises en bloc. Ce n'est pas que l’état actuel du Règne de Dieu, qui va

s’établissant, ne soit distinct de celui où il se révèlera à tous comme parfaiteses établi. Mais cette différence est de degré, non de nature. Les deux phases sont en parfaite continuité. Si solennellement triomphant que doive être le dernier acte, il n'amènera pas de changement radical, car il ne sera que la dernière conséquence du grand changement déjà produit par l’Incarnation. Aussi les deux phases peuvent-elles se confondre dans une même perspective, comme les « dies novissimi » des prophètes de l'Ancien Testament, comme l'aurore et le jour qui ne font qu'un dans leur opposition à la nuit qui les a précédés, ou

comme la croissance et l'épanouissement définitif du grand arbre semé par: 8 Ρ

Dieu. Reste à savoir toutefois si l’épanouissement certain est prochain ou éloigné encore.

Or, Joh. Weiss continue (1) : « Nulle part cette tournure des idées du christianisme primitif ne se reflète d’une manière plus significative que dans le xu chapitre de l’Apocalypse de Jean. Satan a été précipité sur la terre, et il -halète de fureur, car il sait qu'il n'a plus qu’un court répit. Mais, pour les chrétiens, c’est là une occasion d’allégresse jubilante.. Le nouvel Éon est déjà entamé, et la consommation est certaine ». Voilà donc signalée, par un commentateur de l'Apocalypse, l'importance de ce livre comme témoin de la continuité saisie par la pensée chrétienne entre les débuts de l’âge messianique et l'avenir éternel. L'idée est fort juste, et paraît toute naturelle; cependant on n’en a pas assez tiré parti pour résoudre les points les plus épineux du pro-

blème de la Parousie et de sa date. On a négligé l’Apocalypse. Pour déterminer.

l'idée exacte que se faisaient nos premiers pères sur la prétendue proximité de . la Parousie, on scrute les Re Dur saint Paul, les Épiîtres catholiques, qui ne traitent du problème qu’en passant, ou par allusions; et on fait à peine entrer dans la discussion l’exégèse du livre prophétique qui traite tout entier, ex professo, des fins dernières. Comment expliquer une méthode si fautive? On dira que l’Apocalypse, outre la difficulté d’en faire l’exégèse, est un écrit trop tardif, ne donnant que la doctrine personnelle d’un prophète? Mais, de fait, il est parfaitement d'accord, pour toute sa théologie, avec le reste du Nouveau Testament; il n’est postérieur que d’une trentaine d'années aux derniers écrits de saint Paul: il est adressé à des églises groupées autour d'Éphèse, et nourries de l’enseignement de l’Apôtre des gentils; et s’il a bien pour auteur ce même Jean fils de Zébédée, qui fut dès les premiers jours l’ami et le collaborateur de Pierre, comme il avait été le disciple bien-aimé du Maître?

J'ai déjà indiqué au chapitre précédent comment l’Apocalypse embrasse dans ane même perspective synthétique toute la durée des temps messianiques terrestres et l'éternité du siècle futur.

C'est une conception tout à fait biblique, celle même des Prophètes de l'Ancien Testament. Elle s'oppose à celle des Apocryphes judaïques tardifs qui distinguaient soigneusement « les Jours du Messie » du « Siècle à venir ». Seulement, ce que les Prophètes entrevoyaient dans l'avenir, Jean le contemple déja dans le présent. Il voit le Règne actualisé, comme les Jubilés, etc., mais dans un tout autre sens; c’ést un règne qui ne changera plus

(1) Zbidem, p. 478.

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