‹ L'ApocalypseChapitre 49 sur 239 · LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CI · texte numérisé non relu

LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CI

de nature, mais qui s'affermira et s'étendra toujours davantage, jusqu'à ce que tout lui soit soumis. Dans le prolongement de la phase actuelle, où les adversaires résistent encore, où les fidèles ont encore à souffrir, il aperçoit l'éternité, où tout ennemi sera réduit à l'impuissance, où les saints verront toutes les larmes essuyées de leurs yeux. Les rayons du Grand Jour percent déjà de tous côtés les ombres actuelles. L'instant du Jugement, disons de la Parousie, séparera bien les deux phases de ce Règne de Dieu; mais on ne saurait trouver une vision intégrale qui se rapporte exclusivement à la phase ultime; partout, même aux chapitres χχὶ et xxnt, c'est la même vue synthétique, embrassant à la fois les débuts de Règne et sa consommation.

La terre est donc déjà le Royaume du Christ, bien que Satan et ses suppôts n’en soient. pas encore expulsés. Le chapitre xir détermine encore mieux Île moment où cet état de choses a commencé, le « tournant de l'histoire » de l’univers, l’arrivée de l'Éon définitif, C’est quand le Dragon et ses Anges ont été précipités sur la terre par les armées de Michel (xrr, 7-9), et cette bataille paraît être le résultat immédiat du ravissement du Messie au ciel {xrr, 5). Le cantique des habitants du ciel {xrr, 10) place à cet instant même de la chute de Satan l'entrée en exercice du gouvernement de Jésus (ἄρτι ἐγένετο... ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ ἡμῶν χαὶ ἡ ἐξουσία τοῦ χριστοῦ αὐτοῦ, ὅτι ἐδλήθη 6 χατήγωρ,, χτλ.) C'est le début des temps que, dans une perspective large, on peut appeler « eschatologiques ». Et en effet, {si χι, 19 doit se rattacher, comme nous le croyons après André de Césarée, avec H. Holtzmann et d’autres, aux chapitres x1r et suivants, auxquels il servirait d'introduction), l'apparition de l’arche d'alliance, qui est un signe eschatologique traditionnel, caractérise toutes les descriptions qui vont suivre, et qui partent de la naissance du Christ, comme se référant aux « derniers temps ».

Certes, le Prophète n’a pas perdu de vue, dans cette perspective synthétique, la Parousie ou plutôt le Jugement des morts, ‘qui séparera les deux phases du Règne de Dieu. Il en parle explicitement au chapitre xr, après la septième trompette, et au chapitre xx, après la défaite dernière de Satan. Mais cela n'empêche pas les deux phases de se fondre l’une dans l’autre en ses visions, sous les traits d'une même allégorie. Au chapitre vir, il contemple l'Église militante comme une procession analogue à celle du jour des Rameaux, comme un fleuve qui déverse continuellement au temple du ciel (ἐρχόμενοι, au présent, v. 14) des flots d’adorateurs (encore λατρεύουσιν au présent, v. 15) qui attendent, en servant Dieu, le jour où ils n'auront plus faim, plus soif, où les larmes sècheront dans leurs yeux, c'est-à-dire le jour de l’éternité bienheureuse, qui n’est encore qu'entrevu, quoiqu'ils soient déjà présents allégoriquement au ciel, mais entrevu comme une continuation de la vie spirituelle déjà connue sur terre. Par contre, aux chapitres xx1 et χχιι, il s’agit directement de la Jérusalem céleste, c'est-à-dire de l'Eglise glorifiée, ainsi du triomphe définitif; or la cité céleste a encore des traits épars qui ne conviennent qu’à l'Église militante : les nations marchent à sa lumière, les rois de la terre y apportent leur gloire, ses portes sont toujours ouvertes pour qu'on y entre (xxr, 24-27), elle est plantée d'une forêt d'arbres de vie « pour la guérison des nations » (xx, 3). Cette Jérusalem est donc l'Église vue sous des traits simultanément combinés, lesquels en réalité conviennent à deux états qui, chronologiquement, seront successifs : le

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INTRODUCTION

temps des conquêtes, et le temps de la gloire consommée. Ou bien on peut dire

que déjà l'Église est au ciel, par ceux de ses membres qui jouissent de la vue

de Dieu, tandis qu'elle reste sur la terre, par ceux qui luttent encore; le moment de la consommation, la Parousie, ne changera pas substantiellement son état, il l’élèvera seulement à la perfection d’un bonheur et d’une gloire que déjà elle possède en partie. En tout cas, on voit bien par ces deux exemples l'unité de la perspective dans laquelle Jean embrasse le Règne et la Cité de Dieu, sans distinction absolument nette de leurs phases initiale et finale.

Ainsi se trouve justifiée notre première thèse. Le moment où se fait la dis-

tinction essentielle entre les âges de l'univers, entre les deux Éons, ce n'est pas

la Parousie future, c'est un événement du passé, la glorification du Christ mort et ressuscité. Cet événement marque la fin des temps de préparation, le début de ceux qui ne changeront plus de nature. Comme le disait Paul (II Cor. v, 17) : τὰ ἀρχαῖα παρῆλθεν, ἰδοὺ γέγονεν καινά, Virtuellement l’ancien monde est déjà anéanti; c’est la fin des temps τὰ τέλη τῶν αἰώνων (1 Cor. x, 11); virtuellement aussi l’économie définitive est déjà établie : le Christ règne sur terre, quoique d'un règne non encore incontesté, et la Jérusalem céleste, quoique encore invisible aux yeux mortels, brille déjà dans sa splendeur. Les fidèles, s'ils ne possèdent pas encore le Christ comme un soleil dans son plein, le

voient poindre, ou même le possèdent dans leurs cœurs, comme l'étoile ἀπ...

matin (11, 28; οἷν. xxu, 16). La vie présente de l'Église, depuis l’Incarnation, est comme une aurore où les ténèbres qui reculent luttent contre le Jour qui s’avance en irrésistible conquérant.

Ainsi les époques que la tradition judaïque tardive avait nettement distinguées, ne sont plus tranchées de la même manière dans l’Apocalypse. Non seulement les Jours du Messie s'unissent dans une même perspective avec l'éternité bienheureuse qui n’en est que la prolongation, l'épanouissement complet, mais encore le siècle présent et le siècle futur, les deux « Éons » — si l’on continue à nous passer cette expression technique de l'Apocalyptique juive, bien qu'elle soit étrangère à mêlent et se compénètrent pour un certain temps après l'Incarnation. Les débuts du deuxième, qui est le Règne de Dieu, coïncident avec la fin du premier, qui était le Règne de Satan. Dès que le Christ glorieux a pris en main sa royauté, le monde profane et pécheur, condamné irrémissiblement, virtuellement anéanti, commence à s’écrouler au son des sept trompettes apocalyptiques, car celles-ci se meltent à retentir dès que le septième sceau du livre est rompu (c. vin); il ne faut donc pas rejeter toutes ces catastrophes à un avenir très éloigné. Le parallélisme de « récapitulation » qui existe entre les deux sections 1v-x1 et x1r-xx montre au contraire que les exécutions divines ont commencé dès la chute du Dragon sur la terre (6. xn); et cette chute qui, au moment où Jean écrit, a déjà eu ses effets dans l’histoire (2), paraît, d’après xu,

(Vae terrae et mari) n’être autre chose que le troisième « Vae », la troisième.

malédiction annoncée vu, 13, 1x, 12 et x1, 14, c’est-à-dire le dernier des sept

/ (1) Noter pourtant que l'emploi du mot κόσμος, dans l'Évangile et les Des de Jean, a quelque chose d’équivalent.

(2) Ainsi l’apparition de la Bête du ch. ΧΠΙ, dès le temps de Néron.

me, ἊΝ

à saint Jean (1), — les deux Éons, dis-je, se

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